
Au sein de la théorie des relations internationales, l'auteur peut être rattaché au réalisme néo-classique et Paul Grosser en fait l'«étoile montante du réalisme aux États-Unis» pour mieux le critiquer (Comment écrire l'histoire des relations internationales aujourd'hui? Quelques réflexions à partir de l'Empire britannique).
Le concept-clé que développe dans cet essai l'universitaire américain est l'underbalancing, ce que l'on peut essayer de traduire de l'américain comme «l'insuffisante opposition» ou encore la «sous-réaction».
"Les relations internationales abondent d'exemples où des pays menacés n'ont pas su identifier un danger réel et immédiat ou, de façon plus caractéristique, n'ont tout simplement pas réagi à ce danger ou, de façon plus symptomatique encore, ont réagi de façon dérisoire et imprudente. Cette attitude, que je nomme la sous-réaction, va à l'encontre de l'hypothèse qui est au cœur du structuro-réalisme (ou néoréalisme), à savoir que les états menacés vont réagir face aux dangereuses accumulations de pouvoir par la formation d'alliances ou la course aux armements.":
« International politics [...] has seen many instances [...] where threatened countries have failed to recognize a clear and present danger or, more typically, have simply not reacted to it or, more typically still, have responded in paltry and imprudent ways. This behavior, which I shall call underbalancing, runs directly contrary to the core prediction of structural realist theory, namely, that threatened states will balance against dangerous accumulations of power by forming alliances and/ or building arms.» (page 1)
"Il y a sous-réaction quand un Etat ne réagit pas, ou alors réagit de façon trop maladroite pour faire face à un ennemi dangereux et déterminé alors que les efforts de l'Etat seraient essentiels pour décourager ou vaincre cet adversaire":
«[...] underbalancing, which occurs when the state does not balance or does so inefficiently in response to a dangereous and unappeasable aggressor, and the state's efforts are essential to deter or defeat it.» (page 10)
Pour appuyer sa critique du néoréalisme, Randall Schweller considère que, depuis la fin de la Guerre froide, aucun pays n'est à même de contester l'hyperpuissance américaine, laquelle n'a pas provoqué, comme le supposait l'approche réaliste, de contestation généralisée en vue d'établir un nouveau rapport de force:
«[...] no peer competitor has yet emerged more than a decade after bipolarity to balance against the United States. Contrary to realist predictions, unipolarity has not provoked global alarm to restore a balance of power.» (page 2)
Dans cet ouvrage, l'auteur propose d'expliquer la sous-réaction par le biais de la politique intérieure:
«[...] this book focuses on the question of underbalancing and presents a domestic-politics explanation.» (page 4)
Randall Schweller se réclame ainsi de la nouvelle vague réaliste néoclassique qui a émergé depuis les années 1990, laquelle postule que les positionnements diplomatiques des Etats résultent du filtre apposé aux questions internationales par les préoccupations nationales:
«The theme of this book fits squarely within the new wave of neoclassical realist research, which emerged in the early 1990s and posits that systemic pressures are filtered through intervening domestic variables to produce foreign policy behaviors». (page 6)
Pour Randall Schweller, le réalisme en tant que théorie des relations internationales est valable dans un Etat où le processus de décision est sanctuarisé et les relations sociales apaisées. Inversement, les Etats qui font face à des lignes de fracture au sein de leur élite et plus largement de leur société sont moins susceptibles de rechercher le rapport de force:
«The closer the policymaking process and actual state-society relations approximate a unitary actor, the more accurate realism's predictions. Conversely, when states are divided at the elite and societal levels, they are less likely to behave in accordance with balance-of-power predictions. [...] Leaders of incoherent states are less willing and able to undertake high political and policy risks to mobilize national resources for balancing purposes than are leaders of coherent states». (page 11)
Randall Schweller considère qu'à l'échelle nationale quatre facteurs explicatifs peuvent remettre en cause la recherche du rapport de force -et donc expliquer la sous-réaction. Premièrement, le désaccord au sein des élites sur la nature et la dimension de la menace. Deuxièmement, la fragmentation de ces mêmes élites. Troisièmement, l'absence de cohésion sociale au sein de l'Etat. Quatrièmement, la vulnérabilité du régime ou du gouvernement.
« [...] I argue that four factors at the domestic-political level of analysis thwart balancing behavior [...] The first is elite consensus (disagreement) about the nature and extent of the threat [...] In other words, do elites agree or disagree about the external environment and the type of strategic adjustement [...] that is required to meet the threat and protect the state's strategic interests?
The second variable is elite cohesion (fragmentation). [...]
The third variable is social cohesion (fragmentation). [...]
Finally, the degree of regime or government vulnerability is an important factor in determining whether a state will be able to balance effectively.»
Pour aller plus loin:
Randall L. Schweller, Unanswered Threats: Political Constraints on the Balance of Power, Princeton University Press, Princeton studies in international history and politics, 2006, 182 pages.
Il n'y a pas beaucoup de pages internet en langue française consacrées au réalisme néo-classique et à R. L. Schweller. Il faut plutôt fréquenter des moteurs de recherche anglophones.
Pierre Grosser, «Comment écrire l’histoire des relations internationales aujourd’hui ? Quelques réflexions à partir de l’Empire britannique», Histoire@Politique. Politique, culture, société, N°10, janvier-avril 2010, www.histoire-politique.fr


















