Aujourd'hui, la distinction entre géographie appliquée, active ou applicable est considérée comme une "vaine querelle terminologique" (rapport de fin de mandat de la Commission de Géographie appliquée, mars 2000). Il n'en allait pas de même au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Le contexte est celui de la chute des empires coloniaux. La géographie, dont un des objectifs avait été jusque là de localiser les ressources exploitables des colonies, se cherche d'autres finalités: l'aménagement de l'espace en est une.
En 1960, Michel PHLIPONNEAU publie un ouvrage de synthèse, Géographie et action, introduction à la géographie appliquée. Auparavant ce géographe avait réfléchi sur les possibilités d'implantations industrielles en Bretagne (1956) et le programme d'action régionale (1957). L'idée d'une géographie appliquée rencontre alors des oppositions: d'aucuns soulèvent ainsi le risque d'une compromission avec le politique, d'un détachement de la recherche fondamentale, ou d'un éclatement de la discipline.
A une géographie appliquée qu'il dénonce comme au service du pouvoir, Pierre GEORGE oppose, en 1964, la Géographie active, une géographie pour tous. Une géographie que lui aussi veut ouvrir à d'autres horizons que le seul enseignement. Pour Antoine BAILLY (Les concepts de la géographie humaine, 1998), la géographie appliquée oriente ses recherches en vue d'applications pratiques, tandis que la géographie active se veut consciente des liens entre ses recherches et ses utilisateurs éventuels.
Les tenants de l'une ou l'autre appelation s'opposent en fait sur le rapport au pouvoir:
_pour les marxistes comme Pierre GEORGE, Bertrand KAYSER, Yves LACOSTE, la géographie active vise à donner des arguments contre le capitalisme et ses suppôts.
_pour les non-marxistes comme Michel PHLIPONNEAU ou Jacqueline BEAUJEU-GARNIER, géographie appliquée ne signifie pas soumission au politique. Ce faisant, ils négligent combien l'aménagement du territoire revêt des enjeux politiques.
Par ailleurs, quand Michel ROCHEFORT est nommé en 1964 à la Sorbonne, il transforme l'intitulé de sa chaire, de "géographie appliquée" elle devient "géographie applicable".
Aujourd'hui, seul le terme de géographie appliquée a survécu. Hors de France, la situation est diverse. Ainsi, l'aménagement de l'espace était une idée chère aux Soviétiques. En Allemagne, théoriciens et praticiens ont peu collaboré, alors qu'aux Pays-Bas, les universités se sont ouvertes aux gens du terrain.
Lors d'une reprise d'ESD, le jury pourrait demander:
_"Pouvez-vous citer des exemples de géographie appliquée?"
Le candidat peut proposer le POS (plan d'occupation des sols), le SDAU (schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme), puis "faire la guerre", ce qui permet d'avoir une relance sur le petit pamphlet d'Yves LACOSTE, La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre (1976), une bonne occasion de grapiller du temps et des points. Si la relance porte sur le POS ou le SDAU, je ne suis pas là ...
_"Quels sont les trois champs majeurs traditionnel de la géographie appliquée?", 1) la protection de l'environnement, qui fait appel aux SIG (systèmes d'information géographique);
2) l'aménagement urbain et du territoire, qui est proche de la planification;
3) la localisation d'activités économiques.
Il faut s'attendre alors à une relance sur les SIG (je ne suis pas là ...), ou sur la planification: ensemble de dispositions destinées à organiser une activité dans l'espace et dans le temps.
_"Citez-nous quelques champs nouveaux de la géographie appliquée."
Le candidat peut proposer la gestion des ressources, ou encore les études sur la conséquence des modifications de l'environnement.
_"Outre Michel PHLIPONNEAU, connaissez-vous d'autres noms en géographie appliquée?"
Jacqueline BEAUJEU-GARNIER, Céline BROGGIO, Guy BAUDELLE.
_"Un exemple de politique urbaine sous la responsabilité de géographes?"
A Montpellier, le géographe François DOUMENGE était adjoint au maire François Delmas, chargé de l'urbanisme. Il a réalisé l'opération Polygone (urbanisme commercial). Le maire suivant, Georges Frêche, s'est adjoint le géographe Raymond DUGRAND pour réaliser Antigone (urbanisme de logement).
Références utilisées et liens internet:
_
Antoine BAILLY,
Les concepts de la géographie humaine, Paris, Armand Colin, Collection U, 1998. [Ouvrage facile à lire; un résumé qui porte uniquement sur le chapitre 24, "La géographie appliquée", est disponible parmi d'autres fiches sur
le site d'Olivier Milhaud, par ailleurs premier à l'agrégation de géographie en 2002]
_
Yves LACOSTE,
La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre, Paris, Maspero, 1976. [Petit livre, qui se lit en deux heures. Une présentation intéressante est disponible sur
ce site;
un café géographique tenu à Paris avait pour thème en 2003: "
la géographie sert-elle toujours à faire la guerre?"; en une page, on y a apprend notamment que cet opuscule entraîna une "
rupture (provisoire) avec P. GEORGE".]
Libellés : Fiche de revision
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