Reussir l'ESD: Geographie coloniale, geographie tropicale, geographie zonale
L'économiste Paul LEROY-BEAULIEU distinguait les colonies de peuplement de celles d'exploitation (De la colonisation chez les peuples modernes, 1874). Idée reprise par les autorités coloniales et par le géographe Georges HARDY pour sa Géographie de la colonisation (1933).
Les géographes qui étudient l'Afrique du Nord française (Augustin BERNARD par exemple) ne font pas de la géographie coloniale appliquée. Plutôt, ils axent leurs recherches sur les aspects ethniques et culturels. C'est la deuxième orientation de la géographie coloniale.
La troisième tendance consiste à aborder la colonisation comme un problème d'organisation de l'espace. Ainsi Albert DEMANGEON qui étudie l'Empire britannique (1923). Le succès des colonisateurs tient au développement de mentalités spécifiques, à l'utilisation de moyens scientifiques de représentation et de découpage de l'espace, ) la mise en oeuvre de techniques modernes de communication, et dans l'allégement des coûts de contrôle (indirect rule, self-administration). Albert DEMANGEON étudie le succès des empires coloniaux mais perçoit aussi l'inéluctabilité de leur fin. La phase coloniale n'est que transitoire.
A compter du Voyage au Congo d'André Gide (1927), un mouvement d'opinion contre la colonisation apparait. En géographie, cette critique du colonialisme se retrouve dans Noirs et Blancs en Afrique de Jacques WEULERSSE (1931, réédition 1993) qui dénonce les convoitises européennes face à un milieu physique et humain que l'on n'essaie même pas de comprendre. Dès lors, le géographe qui part aux colonies ne le fait plus pour justifier l'entreprise coloniale mais pour comprendre ces sociétés et leur altérité. L'évolution est plus précoce en Afrique du Nord (années 1890), puis Indochine (années 1930), puis Afrique "noire".
C'est donc dans les années 1930 qu'on peut situer la transition entre géographie coloniale et géographie tropicale.
Pierre GOUROU soutient en 1936 sa thèse sur Les Paysans du delta tonkinois: Etude de géographie humaine. Pour ce géographe, il s'agit de comprendre un milieu radicalement différent de ceux d'Europe, et les moyens imaginés par les populations vietnamiennes pour le mettre en valeur: outillages, techniques, et surtout la structure d'encadrement. Il s'agit d'étudier la spécificité des celles habitées des pays chauds. Le postulat est le suivant: les environnements tropicaux sont si prégnants qu'ils impliquent des réponses originales, non imaginées ailleurs.
Suite aux progrès de la recherche médicale coloniale, les géographes ont tendance à envisager l'originalité des milieux tropicaux par leurs pathologies.
La guerre d'Indochine explique le désengagement des géographes française en Asie et leur redéploiement sur l'Afrique noire.
En 1947, Pierre GOUROU publie les Pays tropicaux. Grande influence. L'idée principale est que toutes les régions intertropicales sont confrontées à la médiocrité de leurs sols. Le lessivage des pluies trop abondantes les prive de leurs éléments fertilisants, donc ces sols ne peuvent être cultivés que quelques années d'affilée. Il montre que dans tout le monde tropical (Amérique, Afrique, Indes, Asie du Sud-Est, Indonésie, Océanie) se retrouvent des modes de culture itinérante sur des terrains nettoyés au préalable par le feu, parce que les sols y sont vite épuisés, parce qu'il n'est pas possible d'en tirer parti autrement. Certains sols tropicaux ne sont pas frappés de cette malédiction: terrains volcaniques et sols alluviaux. Un portrait pessimiste du monde tropical.
Il serait tentant de faire du sous-développement un trait de la géographie tropicale: pourtant les travaux, de Pierre GOUROU notamment, sont plus nuancés. ce qui handicape les pays étudiés, c'est la très faible productivité de l'ensemble de leur secteur agricole, qui fixe la quasi-totalité de la population active. C'est cela qui freine la croissance, bien plus que la médiocrité des sols.
Sous l'influence de la géographie physique, où la géomorphologie climatique a imposé une vision zonale des processus, de nombreux géographes français se proposent de souligner le rôle des répartitions zonales à la surface de la Terre. A partir grosso modo de 1955, on passe ainsi de la géographie tropicale à la géographie zonale.
La géographie zonale tend à minorer le rôle de la vie de relation et de la circulation, qui tient une place centrale dans les conceptions vidaliennes. Elle oublie qu'il n'y a pas d'approche fécondes des réalités spatiales sans pratiques de la dialectique des échelles.
Autre problème: personne n'arrive à démontrer ce qu'ont de spécifiquement zonales les agricultures et les sociétés du monde tempéré.
A partir des années 1970, un regard critique est porté sur la recherche tropicale. Pierre GOUROU lui-même évolue: au message pessimiste des Pays tropicaux, il substitue la lecture plus optimiste de Terres de bonne espérance (1982; les problèmes urbains et industriels n'y sont pas abordés). P. GOUROU oriente sa recherche du côté de l'histoire et des techniques, du côté du social. Le milieu et l'insalubrité sont bien des handicaps, mais n'expliquent pas tout. Le morcellement des continents a constitué une entrave aux progrès techniques, mais ce n'est pas non plus une explication suffisante. Il faut prendre en compte la complexité des évolutions particulières.
Pour P. GOUROU, l'accent doit être porté sur la modernisation de l'agriculture.
Les chercheurs radicaux (marxistes) reprochent à Pierre GOUROU et ses diadoques puis épigones des années 1950 et 60 d'avoir privilégié le monde rural. Certains abandonnent alors à partir des années 1970 la conception zonale pour mettre l'accent sur les problèmes de développement, à l'instar d'un Samir AMIN.
Jean GALLAIS (1926-1998) fait partie de ces tropicalistes qui soulignent la diversité de l'Afrique noire. Aussi Paul PELISSIER (Les Paysans du Sénégal: les Civlisations agraires du Cayor à la Casamance, 1966); Gilles SAUTER (De l'Atlantique au fleuve Congo: une géographie du sous-peuplement, 1966); la thèse de Jean GALLAIS porte sur le Delta intérieur du Niger: étude de géographie régionale, 1967. Avec les Tropiques: Terres de risques et de violences (1994), Jean GALLAIS propose une voie médiane entre le pessimisme des Pays tropicaux et l'optimisme trop appuyé de Terres de bonne espérance: il trouve dans la notion de risque un nouveau facteur d'unité. Sont pris en compte les problèmes politiques et sociaux des campagnes et des villes du monde tropical. C'est la fin de la géographie tropicale classique.
Ces notes résultent de la lecture de Paul CLAVAL, Histoire de la Géographie française de 1870 à nos jours, Paris, Nathan Université, Collection réf., 1998, pages 197 à 200, 254 à 259, 374 à 376, et 415-416. [A noter que Paul CLAVAL n'aborde pas la géographie du développement, la question du Tiers-Monde, du Sud, puis des Suds sinon à la marge, autant dans le petit Claval (Histoire de la géographie, PUF, QSJ?, 2001) que dans le grand Claval (supra)]
Libellés : Fiche de revision

0 Comments:
Enregistrer un commentaire
Links to this post:
Créer un lien
<< Home