Epreuve sur dossier: fiche sur l'ecole methodique
Les historiens qualifiés de méthodiques appartiennent à une génération marquée par la défaite de 1870 et grandement influencée par la recherche historique allemande. C'est la première fois dans l'historiographie française que l'on peut parler d'école.
La naissance de l'école méthodique est souvent datée du "Manifeste" qu'écrit Gabriel MONOD en guise de premier éditorial de la Revue historique (1876). L'Introduction aux études historiques de Charles-Victor LANGLOIS et Charles SEIGNOBOS (1898) est aussi considérée comme un texte fondateur.
Toute génération cherche à se distinguer de la précédente. Les méthodiques s'opposent ainsi au courant romantique, à l'écriture catholique de l'histoire, et aux nombreux historiens "amateurs" qui proposent des monographies d'histoire locale. En réaction, l'école méthodique propose:
_la place centrale du document dans le travail d'historien;
_la recherche de l'objectivité, ce qui conduit les méthodiques à privilégier les faits;
_la mise au point d'une grille de lecture rigoureuse (critiques externe puis interne).
_une grande importance est accordée à la formation de l'historien; on ne peut se dire historien qu'après une thèse.
Cette école méthodique a été critiquée par une autre génération d'historiens, à l'origine de l'école des Annales. Les critiques émanent essentiellement d'un Lucien FEBVRE, pas tellement d'un Marc BLOCH. Quels sont les reproches adressés aux méthodiques?
_privilégier les documents écrits, au détriment notamment de l'archéologie.
_préférer le temps court et l'évènement au temps long et aux faits économiques et sociaux.
_l'objectivité est recherchée mais l'écriture méthodique est nationaliste et anticléricale.
_l'hésitation à formuler des interprétations et des synthèses.
_le temps présent est négligé. Cf. Ernest LAVISSE, "le présent appartient à la politique" (1867).
Certains de ces reproches peuvent être relativisés:
_l'importance du récit et du politique tient aux préoccupations pédagogiques des méthodiques. A la suite d'Ernest LAVISSE, ils écrivent avant tout l'histoire pour un public de professeurs du secondaire et pour les élèves du primaire et du secondaire. En découlent également les accents nationalistes et anticléricaux.
_il ne faut pas caricaturer les méthodiques comme naïfs: ils reconnaissent parfaitement les limites de la connaissance historique et le caractère subjectif des interprétations. Les méthodiques ne sont pas des positivistes comme certains manuels l'avancent encore trop souvent: "l'histoire n'est pas une science, elle n'est qu'un procédé de connaissance" écrivent ainsi Ch.-V. LANGLOIS et Ch. SEIGNOBOS dans leur Introduction aux études historiques (1898).
_le "culte" érigé aux documents écrits gagne à être contextualisé; le XIXe siècle voit la multiplication des archives et des bibliothèques.
A retenir aussi, la proximité (déjà) entre les historiens méthodiques et les maisons d'édition; et l'anticléricalisme de l'école méthodique peut être expliqué pour partie par les convictions protestantes (Camille JULLIAN notamment) et maçonnes (Ernest LAVISSE entre autres) de certains .
Quelques grands noms: Gabriel MONOD, Camille JULLIAN, Charles-Victor LANGLOIS, Charles SEIGNOBOS, Ernest LAVISSE.
Quelques grands titres: la Revue historique (ne pas l'enterrer: elle existe encore!), l'Introduction aux études historiques de Ch.-V. LANGLOIS et Ch. SEIGNOBOS, l'Histoire de France dirigée par E. LAVISSE (apparaît le mythe que l'Etat-nation "France" naît dès Clovis, périodisation en fonction des règnes, rôles principaux accordés aux "grand hommes" comme Sully, Richelieu et Colbert), "Petit Lavisse" (manuel destiné au cours élémentaire) et "Grand Lavisse" (pour le cours moyen).
Que retenir de Gabriel MONOD? Famille protestante, ENS, premier à l'agrégation d'histoire, suit des séminaires en Allemagne, professeur à l'EPHE et Ecole des Chartes, directeur jusqu'à sa mort de la Revue historique, dreyfusard, professeur au Collège de France.
Que retenir de Camille JULLIAN? Famille protestante, ENS, agrégé d'histoire, séminaires en Allemagne, spécialiste de la Gaule romaine, professeur au Collège de France.
Que retenir de Charles-Victor LANGLOIS? Chartiste, premier à l'agrégation d'histoire, médiéviste, directeur des Archives nationales.
Que retenir de Charles SEIGNOBOS? Famille protestante, ENS, premier à l'agrégation d'histoire, suit des séminaires en Allemagne, contemporanéiste, cible des milieux nationalistes (son Histoire sincère de la nation française, 1933, est une réponse à l'Histoire de France du maurrassien Pierre GAXOTTE).
Que retenir d'Ernest LAVISSE? agrégé d'histoire, spécialiste réputé du passé germanique, "instituteur national"(selon la formule de Pierre NORA dans Les lieux de mémoire) parce qu'il édite pendant près de 40 ans des manuels scolaires chez Armand Colin.
Comment situer le Malet-Isaac? D'un point de vue chronologique, ce manuel participe du moment méthodique. D'un point de vue thématique aussi, avec l'accent mis sur le politique et le diplomatique Le Malet se distinguait avant la Première Guerre mondiale des autres manuels scolaires par le parti pris d'illustration et la place importante faite à l'histoire militaire (Albert MALET, agrégé d'histoire, mort au front en 1915 était un républicain catholique frustré par son échec à Saint-Cyr); après la Grande Guerre, Jules ISAAC (agrégé d'histoire, victime du premier statut antijuif de 1940, militant d'un rapprochement franco-allemand et aussi judéo-chrétien), a adouci le Malet-Isaac par un style plus neutre et un esprit internationaliste; l'importance des illustrations demeure une caractéristique.
Ouvrages fréquentés:
_Christian AMALVI, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, Paris, Boutique de l'Histoire, 2004, articles "Isaac", "Jullian", "Langlois", "Lavisse", "Malet", "Monod", "Seignobos". [cette idée d'un dictionnaire des historiens est intéressante, même si les auteurs se sont sagement cantonnés aux historiens morts, histoire de ne pas froisser trop de susceptibilités quant aux absents; l'équivalent en géographie serait le bienvenu]
_F. AUDIGIER et alii, L'épreuve sur dossier au CAPES d'histoire-géographie: Théorie et sujets corrigés, Paris, Seli Arslan, édition de 2001, pages 40 à 42. [correct sur la présentation de l'école méthodique]
_Guy BOURDE et Hervé MARTIN, Les écoles historiques, Paris, Le Seuil, Points Histoire, 1997, pages 181 à 214. [la référence pour l'historiographie française du XIXe siècle à 1989, mais je le déconseille en première approche car ce manuel entre trop dans les détails; le titre est en outre mal choisi pour un livre qui se propose d'étudier l'historiographie de l'Antiquité à 1989, puisqu'il n'y a eu que deux écoles, la méthodique et celle des Annales; pour qu'il y ait école il faut en effet des manifestes fondateurs, des maîtres à penser, des élèves, des revues, et des textes théoriques.]
_François CADIOU et alii, Comment se fait l'histoire: Pratiques et enjeux, Paris, La Découverte, Guides Repères, 2005, pages 78 à 80. [approche sous un angle intéressant de ce qui est quand même un poncif de l'historiographie, mais l'ouvrage dans son ensemble est "stimulant pour la pensée" selon l'expression d'un de mes professeurs à l'IEP de Strasbourg]
_Marie-Paule CAIRE-JABINET, Introduction à l'historiographie, Paris, Armand Colin, Collection histoire 128, 2004, pages 78 à 82. [présentation correcte, mais il faudrait spécifier (page 81) que c'est à tort que l'école méthodique a été désignée "la génération positiviste"]
_Muriel MONTERO, L'histoire, Paris, Ellipses, Culture générale, 2001, pages 28 à 30. [l'essentiel est dit en deux pages et demi]
Libellés : Fiche de revision

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