Revue de presse: Gotz Aly, Comment Hitler a achete les Allemands
Outre les déambulations parmi les rayons de librairie, une autre façon de se tenir au courant de l'actualité historiographique est de lire régulièrement les suppléments que consacrent aux livres les quotidiens: ceux du Figaro et de Libération sortent le jeudi, celui du Monde sort le vendredi. Le mensuel Lire vaut aussi le détour. A la radio et sur internet, France Culture propose plusieurs émissions sur l'actualité des livres et de l'historiographie.
Bien évidemment, l'esprit critique doit continuer à s'exercer, car la profession journalistique adore les renvois d'ascenseur: par exemple, Hélène Carrère d'Encausse écrit épisodiquement dans Le Figaro; or, il se trouve que le compte-rendu que fait Hubert Védrine (excusez du peu, nous sommes entre bonnes gens, cela va sans dire) de son dernier livre (L'Empire d'Eurasie: Une histoire de l'Empire russe de 1552 à nos jours, Fayard, Paris, 2005, 600 pages) dans le Figaro littéraire du jeudi 13 octobre est des plus élogieux; tellement que sa première phrase est retenue par Fayard dans la publicité qu'il fait de l'ouvrage dans le Figaro littéraire de la semaine suivante (jeudi 20 octobre 2005). Libération est moins sujet à ces renvois d'ascenseur qu'affectionnent Le Monde et Le Figaro. Mais Libération est encore un journal fait par des journalistes à temps plein.
En outre, les compte-rendus d'ouvrages faisant preuve d'esprit critique deviennent rares désormais; par effet de contraste, il est alors intéressant de constater l'opprobre généralisée que suscitent certains ouvrages, et de lire ces derniers, comme le Manuel d'athéologie de Michel Onfray. Quand il y a consensus en effet, où est la démocratie? (sujet de Grand Oral; non, je plaisante; quoique ...).
Pour revenir au sujet qui nous intéresse, l'actualité historiographique du mois d'octobre a été marquée, notamment, par la sortie du dernier livre de Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands (Flammarion, Paris, 2005, 380 pages).
La problématique récurrente des ouvrages sur l'Allemagne nazie vise en effet à éclairer comment un pays moderne comme l'Allemagne, idéal-type du processus de civilisation décrit par Norbert Elias, a pu sombrer dans la barbarie.La thèse de G. Aly est simple: le soutien qu'a apporté la population allemande au nazisme s'expliquerait par les profits matériels qu'elle aurait tirés des agissements criminels de la politique nazie.
L'historien allemand relève ainsi que, contrairement à la Première Guerre mondiale, le second conflit mondial se traduit par une progression du niveau de vie global des Allemands. De même, l'effort de guerre a été volontairement réparti au détriment des classes les plus aisées et en faveur des couches populaires; en outre, cet effort de guerre aurait été financé aux deux tiers par l'exploitation de l'étranger et des juifs. Par sa volonté de "promotion sociale" et d' "égalité nationale", l'Allemagne nazie comporte selon Götz Aly une dimension "révolutionnaire".
Selon Edouard Husson, G. Aly a raison de s'intéresser au volet social du nazisme, qui expliquerait la longue adhésion des Allemands à cette dicature. Seulement, Götz Aly minore le rôle de l'idéologie: selon E. Husson, A. Hitler ne s'est pas attaqué aux juifs parce qu'il voulait maintenir le niveau de vie des Allemands (comme tend à le présenter G. Aly). Plutôt, c'est parce qu'il a décidé de s'acharner sur les juifs qu'il a pu maintenir le niveau de vie de son peuple.
L'auteur: Götz Aly, à la fois historien et journaliste, fait partie de cette génération d'historiens allemands nés après la guerre et qui ont participé au mai 68 allemand. Dans Endlösung, publiée en 1995 en Allemagne, G. Aly considère que les déportations de juifs ainsi que l'extermination systématique des malades mentaux (programme T4) sont liées aux décisions de "réintégrer" dans le territoire du Reich les "Allemands ethniques" dispersés à l'est de l'Europe. Déjà, l'historien allemand suscite la polémique en négligeant le côté idéologique de la politique exterminatrice des Juifs voulue par A. Hitler. Götz Aly a aussi coécrit avec Christian Gerlach Das Letzte Kapitel, une somme sur la déportation des Juifs de Hongrie en 1944, publiée en 2001 en Allemagne.
Référence:
_Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, traduit de l'allemand par Marie Gravey, Flammarion, Paris, 2005, 380 pages. [je précise que je n'ai pas lu cet ouvrage; seulement un compte-rendu de lecture de Patrice Bollon dans Le Figaro littéraire du jeudi 13 octobre 2005, article suivi d'un entretien de Jacques de Saint-Victor avec Edouard Husson, une analyse des recherches historiographiques allemandes sur la période nazie parue dans Le Monde des 28 janvier, 22 avril et 19 septembre 2005 (un même article légèrement modifié et publié trois fois!), un compte-rendu du livre par Edouard Husson dans le numéro 302 de L'histoire, et un article de Götz Aly paru dans Le Monde Diplomatique de mai 2005 dans lequel l'historien résume sa thèse.]
Libellés : Fiche de lecture

1 Comments:
Merci beaucoup pour ce site qui correspond parfaitement aux besoins de la préparation à l'ESD et qui est de + très agréable à consulter, surtout lors d'une overdose de manuels!
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