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mardi 31 mai 2005

Reussir l'ESD: Geographie active, applicable, appliquee?

Aujourd'hui, la distinction entre géographie appliquée, active ou applicable est considérée comme une "vaine querelle terminologique" (rapport de fin de mandat de la Commission de Géographie appliquée, mars 2000). Il n'en allait pas de même au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Le contexte est celui de la chute des empires coloniaux. La géographie, dont un des objectifs avait été jusque là de localiser les ressources exploitables des colonies, se cherche d'autres finalités: l'aménagement de l'espace en est une.

En 1960, Michel PHLIPONNEAU publie un ouvrage de synthèse, Géographie et action, introduction à la géographie appliquée. Auparavant ce géographe avait réfléchi sur les possibilités d'implantations industrielles en Bretagne (1956) et le programme d'action régionale (1957). L'idée d'une géographie appliquée rencontre alors des oppositions: d'aucuns soulèvent ainsi le risque d'une compromission avec le politique, d'un détachement de la recherche fondamentale, ou d'un éclatement de la discipline.

A une géographie appliquée qu'il dénonce comme au service du pouvoir, Pierre GEORGE oppose, en 1964, la Géographie active, une géographie pour tous. Une géographie que lui aussi veut ouvrir à d'autres horizons que le seul enseignement. Pour Antoine BAILLY (Les concepts de la géographie humaine, 1998), la géographie appliquée oriente ses recherches en vue d'applications pratiques, tandis que la géographie active se veut consciente des liens entre ses recherches et ses utilisateurs éventuels.
Les tenants de l'une ou l'autre appelation s'opposent en fait sur le rapport au pouvoir:
_pour les marxistes comme Pierre GEORGE, Bertrand KAYSER, Yves LACOSTE, la géographie active vise à donner des arguments contre le capitalisme et ses suppôts.
_pour les non-marxistes comme Michel PHLIPONNEAU ou Jacqueline BEAUJEU-GARNIER, géographie appliquée ne signifie pas soumission au politique. Ce faisant, ils négligent combien l'aménagement du territoire revêt des enjeux politiques.

Par ailleurs, quand Michel ROCHEFORT est nommé en 1964 à la Sorbonne, il transforme l'intitulé de sa chaire, de "géographie appliquée" elle devient "géographie applicable".

Aujourd'hui, seul le terme de géographie appliquée a survécu. Hors de France, la situation est diverse. Ainsi, l'aménagement de l'espace était une idée chère aux Soviétiques. En Allemagne, théoriciens et praticiens ont peu collaboré, alors qu'aux Pays-Bas, les universités se sont ouvertes aux gens du terrain.

Lors d'une reprise d'ESD, le jury pourrait demander:
_"Pouvez-vous citer des exemples de géographie appliquée?"
Le candidat peut proposer le POS (plan d'occupation des sols), le SDAU (schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme), puis "faire la guerre", ce qui permet d'avoir une relance sur le petit pamphlet d'Yves LACOSTE, La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre (1976), une bonne occasion de grapiller du temps et des points. Si la relance porte sur le POS ou le SDAU, je ne suis pas là ...

_"Quels sont les trois champs majeurs traditionnel de la géographie appliquée?", 1) la protection de l'environnement, qui fait appel aux SIG (systèmes d'information géographique);
2) l'aménagement urbain et du territoire, qui est proche de la planification;
3) la localisation d'activités économiques.
Il faut s'attendre alors à une relance sur les SIG (je ne suis pas là ...), ou sur la planification: ensemble de dispositions destinées à organiser une activité dans l'espace et dans le temps.

_"Citez-nous quelques champs nouveaux de la géographie appliquée."
Le candidat peut proposer la gestion des ressources, ou encore les études sur la conséquence des modifications de l'environnement.

_"Connaissez-vous une revue de géographie appliquée?"
The Professional Geographer et Applied Geography (une revue créée en 1996).

_"Outre Michel PHLIPONNEAU, connaissez-vous d'autres noms en géographie appliquée?"
Jacqueline BEAUJEU-GARNIER, Céline BROGGIO, Guy BAUDELLE.

_"Un exemple de politique urbaine sous la responsabilité de géographes?"
A Montpellier, le géographe François DOUMENGE était adjoint au maire François Delmas, chargé de l'urbanisme. Il a réalisé l'opération Polygone (urbanisme commercial). Le maire suivant, Georges Frêche, s'est adjoint le géographe Raymond DUGRAND pour réaliser Antigone (urbanisme de logement).


Références utilisées et liens internet:
_Antoine BAILLY, Les concepts de la géographie humaine, Paris, Armand Colin, Collection U, 1998. [Ouvrage facile à lire; un résumé qui porte uniquement sur le chapitre 24, "La géographie appliquée", est disponible parmi d'autres fiches sur le site d'Olivier Milhaud, par ailleurs premier à l'agrégation de géographie en 2002]
_Yves LACOSTE, La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre, Paris, Maspero, 1976. [Petit livre, qui se lit en deux heures. Une présentation intéressante est disponible sur ce site; un café géographique tenu à Paris avait pour thème en 2003: "la géographie sert-elle toujours à faire la guerre?"; en une page, on y a apprend notamment que cet opuscule entraîna une "rupture (provisoire) avec P. GEORGE".]

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lundi 30 mai 2005

Le paysage selon Alain Corbin

Pour les géographes, le paysage a longtemps été défini par sa matérialité (technique, milieux naturels, flore et faune ...).

Le paysage est une lecture, indissociable de la personne qui envisage l'espace considéré. Cette diversité de lectures peut susciter le conflit (exemple: écologistes, chasseurs, agriculteurs, touristes). Il n'existe pas de paysages naturels, il n'y a que des paysages culturels. Les grilles de lecture du paysagte sont en permanente évolution. Un espace considéré comme beau à un certain moment peut paraître laid à tel autre.

Pour Alain CORBIN, la notion de paysage ne concerne pas seulement la vue. il y a aussi la cénesthésie, sensation interne. Il y a une évolution de la façon d'écouter son corps dans la nature. Olivier BALAY, qui a consacré sa thèse au paysage sonore lyonnais du XIXe siècle, fait remarquer que chaque société, chaque culture possède le sien. De même Alain CORBIN s'est intéressé aux cloches rurales du XIXe siècle.

Il y a paysage à partir du moment où l'espace est offert à l'appréciation esthétique. Alors que le paysage s'apprécie, l'environnement se calcule selon Alain CORBIN: l'environnement constitue un ensemble de données que l'on peut analyser en dehors de toute appréciation esthétique; donc il n'équivaut pas au paysage.


Source:
_Alain CORBIN, entretien avec Jean Lebrun, L'homme dans le paysage, Paris, Edition Textuel, 2001.

Références:
_Olivier BALAY, Discours et savoir-faire sur l'aménagement de l'environnement sonore urbain au XIXe siècle. Recherches sur la sensibilité à l'environnement sonore. Les représentations sur le bruit et les dispositifs spatiaux, thèse soutenue en 1992, Université de Grenoble II, 457 pages.
_Alain CORBIN, Les cloches de la terre: paysage sonore et culture sensible dans les campagnes au XIXe siècle, Paris, Flammarion, Champs histoire, 2000, 356 pages.


Le paysage est l'objet de sujets orientés géographie en ESD. Sur le forum capes, on trouve ainsi "A quoi sert le paysage en géographie?" (Châlons, 2002), "la géographie et le paysage" (Châlons, 2002), "le paysage en géographie" (Châlons, 2002). Toutefois, une des premières questions posées en reprise par le membre du jury préposé aux questions d'histoire pourrait être: "Connaissez vous un ou des historiens qui ont envisagé le paysage?" D'où l'utilité de connaître Alain CORBIN, historien du sensible. Ne pas oublier que le paysage n'est donc pas qu'une perception visuelle, mais aussi sonore (cf. supra) et olfactive (citer alors du même Alain CORBIN, Le miasme et la jonquille: l'odorat et l'imaginaire social, XVIIIe-XIXe siècles, Paris, Flammarion, Champs, 1998, 336 pages).

dimanche 29 mai 2005

Reussir l'ESD: Histoire et Bible

Les sujets qui portent sur le religieux, même si peu nombreux, sont des classiques de l'Epreuve sur Dossier (ESD) au CAPES d'histoire et géographie. Un première explication peut être recherchée dans les relations régulièrement tumultueuses qu'entretiennent en France l'Etat et les religions monothéistes; un deuxième facteur tient certainement dans cet attachement envers la laïcité à la française qui caractérise bien des professeurs d'histoire et géographie dans l'enseignement secondaire et que manifeste, notamment, l'Association des Professeurs d'Histoire et Géographie (ou APHG, qui édite notamment l'excellente revue trimestrielle Historiens & Géographes).
L'épreuve d'ESD est avant tout l'occasion de vérifier la culture générale des candidats. En prévision de sujets sur le fait religieux, il faut donc connaître un minimum l'histoire de la laïcité, les arguments avancés pour ou contre la laïcité à la française, les dogmes des religions monothéistes, leurs livres références, leurs pratiques culturelles.
A ce propos, je viens de lire un excellent petit livre que je vous conseille: Histoire de la laïcité: genèse d'un idéal, écrit par Henri PENA-RUIZ. Plus clair et plus convaincant que l'ouvrage de Guy COQ, Laïcité et République: le lien nécessaire. Dans un autre genre, le Traité d'athéologie de Michel ONFRAY est une initiative intéressante mais malheureusement inégale, en faveur de l'athéisme, contre les religions monothéistes; au moins aussi instructif que le livre lui-même est le mauvais accueil reçu par les critiques "littéraires" dans les journaux quotidiens dominants, particulièrement Le Monde et Le Figaro.

La Bible hébraïque est le texte fondateur du judaïsme et, pour partie, du christianisme. Pour rappel, les chrétiens ne sont pas tous catholiques, n'en déplaise à la lecture unilatérale que propose régulièrement le Vatican. Les archéologues et les historiens proposent désormais une lecture des temps bibliques qui diffère assez radicalement du récit qu'en propose la Bible (hébraïque). Le livre d'Israel FINKELSTEIN, La Bible dévoilée, est très intéressant en la matière, et propose une mise au point sur les récentes découvertes et interprétations archéologiques. Dans la revue Annales: Histoire, Sciences Sociales, Nadav NA'AMAM proposait en 2003 une mise au point nuancée sur les récents travaux de relecture que font les historiens de la Bible à l'aune des autres sources disponibles. Voici les notes que j'ai prises à la lecture de cet article, "La Bible à la croisée des sources", que j'ai lu après le livre d'Israel FINKELSTEIN.

Les informations tirées des sources non bibliques sont peu détaillées et de portée réduite. Confrontées au récit biblique, elles autorisent à combler certaines lacunes et contribuent à évaluer l'authenticité des descriptions bibliques. Prises séparément, elles n'offrent qu'un apport limité: à elles seules, elles ne permettent pas d'esquisser une histoire ne serait-ce que schématique des royaumes d'Israël et de Juda. En outre, les sources épigraphiques et archéologiques ne font aucune allusion au développement original de la religion et de la culture israélite.

La Bible est-elle une source fiable?
_dans un premier temps, les historiens ont considéré les Ecritures comme une source valable. Ils ont présenté l'époque de la monarchie unifiée comme l'âge d'or de l'histoire d'Israël.
_Depuis les années 1970, l'historicité des récits des patriarches a été remise en question. Après une analyse systématique, les chercheurs ont montré que la réalité du IIe millénaire BC, telle qu'elle apparaît à travers les documents non bibliques et l'archéologie, ne correspond pas à ces récits. Notamment, les Israélites ne peuvent avoir errer pendant des années dans le désert sans le moindre contact avec les habitants de Canaan; et le dromadaire n'est utilisé dans la région qu'au Ier millénaire.
Enfin, les recherches archéologiques sur des sites mentionnés dans l'histoire de la conquête de Canaan par les Israélites indiquent un décalage considérable entre les récits des conquêtes et la réalité des XIIIe et XIIe siècles BC. De nombreux sites ne sont pas habités à cette époque (Jéricho, Hébron, notamment) ou ne sont que de simples villages et non des cités-Etats. Contrairement à ce qui est écrit dans la Bible, ces sites ne sont pas fortifiés. De plus, la destruction des villes cananéennes aux XIIIe et XIIe siècles BC, telle qu'elle apparaît à travers les documents historiques et archéologiques, s'est déroulé sur un mode très différent de celui décrit dans la Bible. Une cause tient notamment dans les migrations des "Peuples de la mer".
Etant donnée l'ampleur des décalages entre la description biblique des débuts d'Israël et la réalité historique, les chercheurs en sont venus à mettre en doute toute l'histoire biblique de la période pré-monarchique.
_Depuis les années 1990, les chercheurs ont émis des doutes quant à la validité des descriptions bibliques pour la période de la monarchie unifiée (Saül, David, Salomon). Le récit biblique, et en particulier l'histoire de Salomon, est en grande partie une construction théologico-littéraire qui s'emploie à décrire la période monarchique ancienne comme un âge d'or, une sorte d'idéal qu'il revient aux lecteurs de l'époque de restaurer.

La datation de la rédaction de l'histoire ancienne d'Israël est un sujet de discorde entre les chercheurs.
  • Ceux que l'on appelle les "minimalistes" optent pour la période d'après l'Exil, et considèrent que cette histoire n'a pas pu avoir été écrite avant la période perse. Selon eux, l'histoire de la période monarchique devrait se fonder essentiellement sur des preuves archéologiques et des sources non bibliques.
  • La plupart des chercheurs pensent que l'histoire complète d'Israël fut écrite, soit à la fin du VIIe siècle, soit au début de l'Exil.
  • Certains chercheurs (les "maximalistes") acceptent encore les idées selon lesquelles l'histoire d'Israël aurait été écrite au début de la période monarchique et le concept d'un Israël uni serait apparu pendant la période pré-monarchique.
Deux conclusions peuvent être tirées de la comparaison entre le Livre des Rois et les inscriptions royales du Proche-Orient aux Xe et IXe siècles B.C. :
_l'auteur du Livre des Rois avait de meilleures sources pour l'histoire de Juda aux Xe et IXe siècles B.C. que pour celle de son voisin du nord (Israël). L'auteur du Livre des Rois fit amplement usage des récits prophétiques, pour établir la chronologie du royaume d'Israël au IXe siècle B.C. Il les intégra à certains passages et s'appuya sur eux pour en écrire d'autres. ce qui lui permettait de pallier la pénurie de sources disponibles sur l'histoire du royaume d'Israël.
_les inscriptions royales confirment certains détails mentionnés dans les récits bibliques. Parfois, certains détails présents dans un récit prophétique peuvent être plus fiables que le texte d'une inscription royale. Les inscriptions royales sont elles aussi des documents hautement subjectifs et doivent faire l'objet d'une analyse critique.

Au final, les contradictions entre l'histoire biblique et la réalité du IXe siècle B.C. peuvent être expliquées par la date tardive de son écriture, le manque de sources précises et fiables sur l'histoire du royaume du Nord et les impératifs historiographiques et théologiques de l'auteur.

Dans le Proche-Orient antique, les archives ne remontent qu'à quelques générations. Sauf chez les Hittites, qui gardent leurs tablettes pendant de nombreuses générations. En outre, les historiens de la période pré-hellénistique n'utilisent pas les archives pour trouver des informations à partir de documents originaux. La critique des sources demeure inconnue en Orient jusqu'à la période hellénistique. Par conséquent, il est faux de penser que les auteurs de la Bible consultent des archives et retrouvent des informations sur la haute Antiquité dans des documents conservés pendant des siècles.


Références:
_Guy COQ, Laïcité et République: le lien nécessaire, Paris, Edition du Félin, 2003 (1995), 335 pages.
_Israël FINKELSTEIN et Neil Asher SILBERMAN, La Bible dévoilée, Paris, Editions Gallimard, collection Folio histoire, 2004, 554 pages.
_Michel ONFRAY, Traité d'athéologie, Paris, Grasset, 2005, 281 pages [il faudrait que je revienne sur les critiques qui ont été massivement adressées contre ce livre et son auteur, pourtant intéressants et pertinents à l'occasion, ce qui n'a pas été assez relevé, sinon sur France Culture et quelques sites internet]
_Nadav NA'AMAN, "La Bible à la croisée des sources", Annales: Histoire, Sciences Sociales, 58e année, n°6, novembre décembre 2003, article traduit par Emilie SOUYRI.
_Henri PENA-RUIZ, Histoire de la laïcité: Genèse d'un idéal, Paris, Editions Gallimard, Collection "Découvertes",2005, 144 pages. [Une très bonne collection, au passage. Par ailleurs, Le Monde des livres évoque ce livre dans son édition du vendredi 27 mai 2005, mais l'article fait un résumé chronologique inintéressant de l'histoire de la laïcité plutôt qu'un compte-rendu critique pour ce petit ouvrage au demeurant fort bien fait ... et rien sur l'auteur, qui exprime pourtant des convictions laïques "à la française", de combat, qui irritent certains et en tout cas ne sont pas celles du "journal de référence"; les autres revues de livres que le journal consacre à la laïcité sont intéressantes]

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samedi 28 mai 2005

Historiographie: les animaux, objet d'histoire

Soit une question (imaginaire) lors d'une reprise d'ESD:

_"Pourriez-vous nous citer quelques historiens qui ont travaillé sur les relations hommes animaux durant le Moyen Age?"
_Robert DELORT (Les animaux ont une histoire, 1993), Michel PASTOUREAU (Une histoire symbolique du Moyen Age occidental, 2004), ou encore Jacques VOISENET (Bêtes et hommes dans le monde médiéval: le bestaire des clercs du Ve au XIIe siècles, 2000) sont autant d'historiens qui ont étudié les relations entre les animaux et les hommes au Moyen Age.

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vendredi 27 mai 2005

Fiche de lecture pour l'ESD: Fernand Braudel, Civilisation materielle,economie et capitalisme, 1967


L'ouvrage de Fernand BRAUDEL, Civilisation matérielle, économie et capitalisme (XVe-XVIIIe siècle) comprend 3 tomes: les Structures du Quotidien, les Jeux de l'échange, le Temps du monde.
C'est un ouvrage dans la lignée classique de l'école des Annales: une histoire du monde, sur quatre siècles, privilégiant les aspects économiques et sociaux plutôt que les évènements politiques.

Dans cet ouvrage, F. BRAUDEL propose trois affirmations originales: l'histoire domine les autres sciences sociales; relativement aux fondements du capitalisme, il s'oppose à Max WEBER qui inssite sur l'idéologie protestante et lui préfère Karl MARX et Werner SOMBART; il considère l'échelle mondiale comme toujours nécessaire, même pour comprendre les éléments les plus localisés de l'histoire.

Pour ce qui est des fondements du capitalisme, F. BRAUDEL considère que le marché (échanges équilibrés et transparents) et le capitalisme ne sont pas de même nature. Seule l'Europe développe aussi fortement un capitalisme fondé sur la circulation et sur la volonté de sortir des règles du marché. L'objectif des marchands est de créer des situations d'oligopole, voire de monopole. Cette forme de capitalisme s'appuie sur un contrôle inégal de l'information, qui permet la spéculation. Ce capitalisme va permettre à l'Europe de bâtir sa suprématie mondiale à partir du XVe siècle et de transformer son économie-monde restreinte en économie mondiale.

Dans le troisième tome Le Temps du monde, Fernand BRAUDEL propose, en lien avec Immanuel WALLERSTEIN, de voir dans le monde du XVe siècle non pas une simple juxtaposition d'aires civilisationnelles, mais un ensemble d'économies-mondes.

Qu'est-ce qui caractérise une économie-monde?
_elle occupe un espace géographique donné, qui ne varie que sur la très longue durée.
_elle a toujours un centre qui est une ville dominante.
_elle se partage en zones succcessives (centre, coeur, zones intermédiaires, marges subordonées).

Entre les XVe et XVIIIe siècle, l'économie-monde européenne va très rapidement être capable de changer d'échelle et de se projeter à l'échelle mondiale. Cette réussite tient dans la dynamique du capitalisme européen, sa capacité à créer des échanges inégaux.

Quelques critiques peuvent être adressées à cet ouvrage:
_la conception de l'espace géographique est proche du déterminisme.
_les mentalités et le politique sont pratiquement absents.
_l'auteur apparaît incapable de réfléchir en termes de rupture.
_l'économiste américain Angus MADDISON a montré dans l'Economie mondiale: une perspective millénaire (2001) que le décollage économique de l'Europe commence au XIe siècle.

Référence: Sciences Humaines, n°153, octobre 2004, article de René-Eric DAGORN, un historien-géographe qui prépare une thèse sur les différentes conceptions de la mondialisation dans les sciences sociales.

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jeudi 26 mai 2005

Fiche de lecture pour l'ESD: Emmanuel Le Roy Ladurie, Montaillou village occitan, 1975

Cette présentation du livre renommé et pourtant bien indigeste d'Emmanuel LE ROY LADURIE résulte d'une prise de notes d'un article de Martine Fournier dans Sciences Humaines d'avril 2004.

Il convient d'abord de rappeler le succès éditorial: + de 2 millions de ventes (de 1975 à 2004?). Ce livre a été lancé par une présentation à une émission d'Apostrophes de Bernard Pivot consacrée à la vie des paysans, en 1975. Egalement présenté sur le plateau ce soir-là, le Cheval d'orgueil de Pierre JAKEZ HELIAS (édité chez Terres Humaines, Plon) a été de la même manière un grand succès de librairie. On peut dater de cette émission et de ces succès d'édition l'engouement pour le patrimoine que Pierre NORA entend remettre à sa place, comme objet d'histoire, avec Les lieux de mémoire (1984-1992).

Montaillou, village occitan de 1294 à 1324 s'inscrit dans l'histoire des mentalités.

Emmanuel LE ROY LADURIE met en scène les retranscriptions en latin des interrogatoires de l'évêque de Pamiers, Jacques Fournier, futur pape d'Avignon sous le nom de Benoît XII.
Au XIIIe siècle, le comté de Foix est un foyer principal de l'hérésie cathare ou albigeoise. Au début du XIVe siècle, cette hérésie s'est repliée en haute Ariège vers le peuple montagnard des paysans. Montaillou, où la croyance hérétique concerne alors la majeure partie des villageois, constitue un cas exceptionnel.

Dans Montaillou, village occitan de 1294 à 1324, E. LE ROY LADURIE adopte une démarche d'anthropologie historique, id est d'ethnologie du passé. Il s'agit d'étudier les hommes du passé dans leur environnement matériel et symbolique, à la manière dont les ethnologues étudient les sociétés dites "traditionnelles". L'intérêt pour l'anthropologie historique apparaît dans les années 1960 chez les historiens des Annales, confrontés aux limites de l'histoire quantitative. Un des initiateurs de l'anthropologie historique est Philippe ARIES, avec son Histoire des populations françaises et de leur attitude devant la vie depuis le XVIIIe siècle (1948). Aujourd'hui, l'anthropologie historique appartient au champ de l'histoire culturelle, qui s'attache aux représentations des groupes sociaux et des individus ordinaires.

Qui est Emmanuel LE ROY LADURIE?
Normalien, agrégé en histoire, il est directeur d'études à l'EHESS à partir de 1965, entre au Collège de France en 1973 à la chaire d'histoire de civilisation moderne: dans sa leçon inaugurale, il fait référence à une "histoire immobile". De 1987 à 1994, il est administrateur de la bibliothèque nationale. E. LE ROY LADURIE est un des chefs de file de la "nouvelle histoire", laquelle propose de s'intéresser au banal, au quotidien. Apôtre de l'ordinateur dans l'Histoire du climat depuis l'an mil (1967), il se fait observateur des mentalités avec Le carnaval de Romans (1979). En 2001, il a publié une Histoire de France des régions.

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mercredi 25 mai 2005

Compte-rendu de lecture: Jean-Francois Bayart, Le gouvernement du monde, 2004

Voici mes notes prises à la lecture d'un article de Xavier De La Vega dans Sciences Humaines, à propos du dernier livre de Jean-François BAYART, Le gouvernement du monde: une critique politique de la globalisation, paru chez Fayard en 2004.

La problématique de l'ouvrage est: la globalisation est-elle synonyme de délitement de l'autorité publique?

Pour Jean-François BAYART, la globalisation émerge au XIXe siècle avec la colonisation, les migrations internationales et les premières mobilisations humanitaires. Toutefois, les conquêtes ibériques du XVIe siècle ont préparé le terain.
Selon Jean-François BAYART, la formation de l'Etat obéit à une logique d'extraversion. La formation de l'Etat se joue à ses frontières, au contact entre le local et le gobal. Les diasporas contribuent souvent au renforcement des Etats dont elles sont issues, en favorisant son insertion dans le système international.
L'essor du transnational renforce les Etats plus qu'il n'annonce l'ère du "postnational". Selon J.-F. BAYART, les institutions supranationales, la société civile globale, les réseaux criminels transnationaux ne signifient pas la fin de l'Etat mais témoignent de sa force quand ils ne participent pas de son renforcement. En cela il se distingue des discours néolibéraux ou altermondialistes.
Il y a édification d'un ethos global du fait des "institutions sociales globales" (ONG, entreprises transnationales ...). Pour autant, la marchandisation du monde ne véhicule pas une homogénéisation, mais s'accompagne plutôt d'une "réinvention de la différence".

Qui est Jean-François BAYART?
Spécialiste de politique comparée, il travaille sur la sociologie historique de l'Etat, en particulier en Afrique sub-saharienne, et sur les imaginaires politiques. Il s'intéresse aussi à la politique étrangère de la France, en Afrique tout particulièrement. Professeur à Sciences Po, sa signature apparaît dans de nombreux journaux, de Libération à La Croix en passant par Le Monde et Le Figaro. Il est connu des étudiants africanistes pour l'Etat en Afrique: la politique du ventre (2000), où il analyse l'approche africaine du pouvoir sur la longue durée.


Références:
_Jean-François BAYART, Le gouvernement du monde: une critique politique de la globalisation, Paris, Fayard, 21 avril 2004, 436 pages.
_Xavier De La Vega, "Livre du mois", Sciences Humaines, n°152, août-septembre 2004.

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mardi 24 mai 2005

Fiche de lecture pour l'ESD: Pierre Nora, Les lieux de memoire (sous la dir.), 1984-92

Voici mes notes prises à la lecture d'un article de Thomas LEPELTIER qui, dans Sciences Humaines, n°152 d'août-septembre 2004 propose un compte-rendu intéressant de l'oeuvre dirigée par Pierre NORA, Les lieux de mémoire, publiée de 1984 à 1992.

Pierre NORA part du constat que la mémoire a une histoire; il en fait donc un objet d'histoire. Le but n'est pas de faire une histoire "du passé tel qu'il s'est passé" mais l'histoire de "ses réemplois permanents, [de] ses usages et ses mésusages".
Les auteurs de cette grande oeuvre collective cherchent à comprendre comment les Français réinventent leur passé au cours des siècles, et comment certains mythes ont fusionné avec l'histoire pour créer un héritage collectif. Les lieux de mémoire sont donc une "archéologie" des symboles nationaux et de la mythologie nationale, qui vise à déconstruire les récits historiques dans lesquels les Français apprenaient à célébrer leurs héros nationaux et à communier ensemble autour de l'image d'une nation forte et éternelle. Exemple: le Petit Lavisse, ce "catéchisme de la République" selon Pierre NORA.
La réalisation de l'ouvrage a coïncidé avec un développement inédit de la pratique commémorative en France. Au devoir de mémoire, Pierre NORA oppose le devoir d'histoire. Du fait que cet ouvrage étudie une mémoire nécessairement sélective et arbitraire, il peut être lu comme perpétuant l'image de la France sur laquelle il prétendait porter un regard critique.
Cette "ère commémorative" (P. NORA) se produit alors que la France est sortie de la "grande histoire" en ce sens que plus aucun destin de lui est attribué. Le "nationalisme flamboyant" s'est effacé au profit d'un "attachement à une singularité française". On est passé "du national au patrimonial".
Thomas LEPELTIER constate qu'il n'est pas question des "lieux d'oubli": les violences d'Etat ne sont en effet pas abordées. Cette critique me paraît infondée, vu l'objet de l'ouvrage.

Qui est Pierre NORA?
Normalien, agrégé d'histoire (1958), il se fait connaître de ses pairs en 1961 par son essai de psychologie collective Les Français d'Algérie, résultat de deux années d'enseignement à Oran. Enseignant à Sciences Po, il est directeur d'études à l'EHESS à partir de 1972 avec pour spécialité l'étude de l'historiographie et du sentiment national. En fait, il s'oriente vers l'histoire du temps présent et réfléchit à la problématique de la mémoire historique contemporaine.
Pierre NORA n'est pas seulement un historien, il a également mené une carrière d'éditeur; il est en effet directeur littéraire chez Gallimard dès 1965, au sein de laquelle il a notamment fondé la collection "Bibliothèque des histoires" (1970). Coiffé de cette double casquette, il a participé de la notoriété éditoriale d'un Georges DUBY, Georges DUMEZIL, Michel FOUCAULT, François FURET, Jacques LE GOFF, Emmanuel LE ROY LADURIE.
Il dirige Faire de l'histoire (1974), Essais d'ego-histoire (1987), et les Lieux de mémoire (1984-92). Il cofonde en 1980 la revue Le Débat, avec Marcel GAUCHET.
Il entre à l'Académie française en 2001.

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lundi 23 mai 2005

Epreuve sur Dossier: Les programmes de cinquieme

Les programmes de cinquième datent de 1997 (Journal Officiel, 13/02/1997) et sont entrés en vigueur à la rentrée de septembre 1997. De nouveaux programmes devraient entrer en vigueur en septembre 2009.

En histoire:
_De l'empire romain au Moyen Age: l'empire byzantin, le monde musulman, l'empire carolingien.
_La chrétienté occidentale: l'Eglise, les cadres politiques et la société, le royaume de France (Xe-XVe siècles): l'affirmation de l'Etat.
_La naissance des temps modernes: Humanisme, Renaissance, Réformes; l'Europe à la découverte du monde; le royaume de France au XVIe siècle: la difficile affirmation de l'autorité royale.

En géographie:
_L'Afrique: la diversité, le Maghreb.
_L'Asie: la diversité, l'Inde ou la Chine.
_L'Amérique: différenciation des espaces nord et sud-américains, le Brésil.

En éducation civique:
_L'égalité: devant la loi, le refus des discriminations, la dignité de la personne.
_La solidarité.
_La sécurité: au collège et dans la vie quotidienne; face aux risques majeurs.

Source:
-Collectif, Enseigner au collège: Histoire, géographie, éducation civique. Programmes et accompagnements, Paris, SCEREN-CNDP, Ministère de l'Education Nationale, réédition de 2004 (2002).
-Collectif, la liste de diffusion H-Français de l'association Les Clionautes.

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dimanche 22 mai 2005

Reussir l'ESD: Geographie politique ou geopolitique?

Géographie politique et géopolitique sont apparues avec le XXe siècle. Dans les premiers temps, il n'est pas aisé de les distinguer. La géographie politique a l'avantage de l'antériorité, puisque il est de coutume de dater son apparition de la Politische Geographie écrite par Friedrich RATZEL, en 1897. La géopolitique apparaît après le Première Guerre mondiale.

La géographie politique étudie les facteurs qui influencent les équilibres politiques sur le long terme, quand la géopolitique étudie les rapports de force, et comment ils sont vécus par les acteurs.

La géographie politique s'est d'abord focalisée sur la thématique des frontières; puis sur l'organisation de la vie politique dans un pays donné. A ce titre, la grande oeuvre d'André SIEGFRIED, le Tableau politique de la France de l'Ouest (1913), bien connu des étudiants en IEP, relève de la géographie politique. La géographie politique étudie également les déséquilibres entre les nations. Quelques noms dominent alors la production universitaire française: André SIEGFRIED, Albert DEMANGEON (qui étudie notamment les fondements de la puissance britannique) et Jacques ANCEL (qui retrace la genèse des Etats balkaniques). Depuis cette période faste de l'entre-deux-guerres, la géographie politique n'est plus étudiée que dans quelques universités américaines, même si on peut retenir pour la France les noms de Jean GOTTMANN (pour les années 1950) et Paul CLAVAL (pour les années 1970). Parmi les thématiques actuelles de la géographie politique ressortent notamment les représentations qu'un pays se fait de l'étranger, ou encore les champs de force qu'un Etat tente de créer au-delà de ses frontières.

La géopolitique connaît un grand succès dans l'Allemagne de l'après Première Guerre mondiale. Elle s'interroge sur les actions à mener pour que le peuple allemand accomplisse son destin. En France, la géopolitique cherche à comprendre comment un pays aussi divers par son peuplement peut néanmoins être un. La géopolitique française essaie également de fournir aux gouvernements des pistes en faveur de la coopération internationale et de la création d'unions entre Etats. Après une période d'éclipse, la géopolitique connaît un renouveau certain en France à partir de 1975. Deux tendances se dégagent alors:
_autour de Marie-France GARRAUD et de sa revue Géopolitique, l'étude porte principalement sur la sécurité internationale.
_autour de Yves LACOSTE et de sa revue Hérodote, l'intérêt se focalise plutôt sur les confrontations Nord/ Sud et sur les problèmes de développement.

La géopolitique se veut plus concrète que la géographie politique; ceci explique peut-être pourquoi elle intéresse le grand public, quand la géographie politique reste essentiellement académique.

Référence:
_Paul CLAVAL, "Géographie politique, géopolitique et géostratégie: quelques réflexions", article disponible sur stratisc.org. Une synthèse intéressante, et plus claire que celle proposée par André-Louis SANGUIN sur le même site, "Géographie politique, géopolitique, géostratégie: domaines, pratiques, friches". Manque tout de même une bibliographie.

Les revues Hérodote et Géopolitique sont disponibles en kiosque, signe de leur longévité.

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samedi 21 mai 2005

Sujet d'Epreuve sur Dossier: Dessin satirique et geographie

Soit le sujet d'ESD: "L'utilisation du dessin satirique dans l'enseignement de la géographie" (Pau, 2004).
Le sujet est accompagné de 6 dessins satiriques repris dans des manuels du secondaire.

En introduction, il convient de définir le dessin satirique. C'est une des deux formes de la caricature (qui peut être aussi représentée sous forme de peinture). C'est donc une représentation graphique qui met en exergue un trait, qui accentue ou révèle certains aspects (ridicules, déplaisants) par les détails mis en valeur.
L'introduction peut aussi comprendre une définition de ce qu'est la géographie mais, encore une fois, il y en a tellement ... Pour moi, la géographie se propose d'étudier les relations entre les hommes et leur espace ou environnement.
L'enseignement répond à des finalités, parmi lesquelles exercer un jugement critique et former un citoyen. 2 finalités qui peuvent entrer en conflit.
A partir de là, il est possible de proposer plusieurs questions:
_si le dessin satirique satisfait la fonction critique de la géographie enseignée, qu'en est-il de la fonction civique?
_la géographie se veut une science; or le dessin satirique est associé à la presse, au divertissement; les deux sont-ils compatibles?
_en histoire, depuis Lucien FEBVRE, tout est potentiellement source; en est-il de même en géographie?

Plan adopté:
1) L'utilisation du dessin satirique participe de la formation d'un esprit critique.
a)Portée.
_le dessin satirique permet de questionner le vocabulaire employé: est-il toujours approprié?
_le dessin satirique est l'occasion de questionner nos préférences, nos choix de vie, nos rythmes de vie. Sous une présentation très simple, il ouvre à la complexité du monde contemporain, à l'Autre, à l'Ailleurs.
b)Limites.
_le dessin satirique simplifie. Une schématisation entre l'ici et l'ailleurs, entre nous et l'autre qui, sans être fausse, n'est pas complètement vraie, ne rend pas compte de la complexité du réel. C'est un axe de lecture, qui ne se suffit pas à lui seul.
_comprendre le dessin satirique suppose une culture, des connaissances préalables pour en apprécier les buts, éventuellement les nuances, plus certainement les limites. 5 des 6 dessins satiriques joints au sujet étaient issus du quotidien du soir Le Monde. Le ton des dessins de Plantu est beaucoup plus satirique, incisif que les articles de fonds de ce quotidien, qui se veulent consensuels. Le Monde se veut et est "le quotidien de référence" des décideurs politiques et économiques, des personnes à même de comprendre le trait satirique.

2) Le dessin satirique, ou la question du document dans l'enseignement de la géographie.
a) Portée.
_pas de géo sans carte; pas de géo avec les seules images que propose une carte. Recours à la littérature (exemple: Le Clézio pour le désert), à la peinture (exemple: Canaletto pour une représentation de Venise), au SIG (système d'information géographique); emprunts aux autres sciences sociales, comme l'enquête.
_le dessin satirique, un document parmi d'autres, qui a l'avantage de remédier à "l'ennui à l'école", thème suffisamment préoccupant pour avoir fait l'objet d'un colloque tenu à la Sorbonne en 2003.
Le dessin satirique permet aussi d'approcher la presse. F. HEGEL disait que "la lecture de la presse est la prière quotidienne du philosophe"; cela est valable pour toutes les sciences sociales, qui placent l'humain au centre de leurs études. Pourquoi fait-on une caricature? Parce qu'à un moment donné ce pose un problème.
Le dessin satirique permet également d'illustrer un propos. Le statut du document évolue parallèlement à l'ouverture et à la multiplication des documents utilisés en géographie: au début du XXe siècle, le document était une simple illustration; aujourd'hui, il est au centre de la démarche pédagogique. Pourquoi se sert-on de la caricature dans un cours de géographie? Parce que c'est une introduction pratique, qui accroche.
b) Limites.
_Le dessin satirique peut être utilisé comme exemple; or l'étude de cas est aujourd'hui au coeur de la nouvelle démarche didactique, proposée notamment pour le programme de géographie de Seconde. L'étude de cas est le croisement d'un lieu et d'une interrogation. Elle débute l'étude et induit une pratique, à la différence de l'exemple, qui illustre a posteriori un corpus théorique. En géographie, l'étude de cas est d'abord spatiale. Autant de caractéristiques que ne remplit pas le dessin satirique.
_tout dessin satirique est-il utilisable en géographie? Tout dépend du thème traité. Le but de la caricature n'est pas d'instruire, mais plutôt de faire rire (jaune, éventuellement) en insistant sur un trait.
_la caricature peut présenter des dangers. Elle peut amener des fausses idées, parce qu'elle est simplification.


Tout au cours de l'exposé étaient utilisés en exemple les 6 dessins satiriques joints au sujet, qui n'apparaissent pas dans le plan détaillé proposé ici.
Le principal défaut qui m'a été reproché sur ce sujet est la mauvaise gestion du temps. Je pense avoir tenu 11 minutes seulement.
En cause aussi mon comportement à l'oral; le sujet ne m'avait pas inspiré, et je le laissais voir; je mettais la main devant la bouche, ce qui rendait mes propos peu compréhensibles; j'étais affalé sur ma chaise quand il faut avoir une posture dynamique, soit en restant debout, soit à la limite en étant assis, mais le buste en avant.
Le plan n'est pas formidable, mais c'est le seul qui m'est venu pendant les deux heures de préparation; aucun reproche ne m'a été fait quant au plan, ce qui confirme son peu d'importance; les arguments de mon exposé étaient justes, semble-t-il, du moins je n'ai rien oublié, et pourtant je n'ai pas réussi à tenir les fameuses 15 minutes.
Les questions de reprise s'étaient bien passées.

C'était mon dernier oral d'ESD passé à Pau avant de partir pour Châlons; comme quoi, un dernier entraînement raté n'est pas rédhibitoire.

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vendredi 20 mai 2005

Epreuve sur Dossier: Les programmes de sixième

Les programmes d'histoire, géographie et éducation civique pour les classes de sixième datent de 1995 (Journal Officiel, 22/11/1995) et sont entrés en vigueur à la rentrée de septembre 1996. Les documents sont au centre du programme d'histoire (parce qu'ils sont considérés de nature patrimoniale), la carte et l'image au centre du programme de géographie. Un renouvellement est prévu pour la rentrée 2008.

En histoire:
_La naissance de l'agriculture et de l'écriture.
_L'Egypte: le pharaon, les dieux et les hommes.
_Le peuple de la Bible: les Hébreux.
_La Grèce.
_Rome: de la république à l'empire.
_Les débuts du chritianisme.
_Conclusion: la fin de l'empire romain en Occident et les héritages de l'Antiquité.

En géographie:
_Les grands repères géographiques du monde: population, domaines climatiques et biogéographiques, les grands ensembles de relief.
_Les grands types de paysages: urbains, ruraux, de faible occupation humaine.

En éducation civique:
_Le sens de l'école: la vie au collège, l'éducation: un droit pour tous.
_Les droits et les devoirs de la personne: l'élève, l'identité, la citoyenneté.
_La responsabilité de chacun vis-à-vis du cadre de vie et de l'environnement: environnement et patrimoine.

Depuis 1814, le programme d'histoire de sixième a toujours porté sur l'Antiquité.
Depuis 1865, le programme de géographie a toujours comporté des éléments de géographie physique. Et il n'a jamais porté sur la France.

Pourquoi étudier l'Egypte en sixième? Le SNES-FSU s'est interrogé sur le maintien d'une étude de la civilisation égyptienne alors que nos trois disciplines sont sensées désormais former un "citoyen européen".
Précisément, il s'agit de donner un exemple différent de la civilisation européenne, que les élèves sachent qu'il n'y a pas que l'Europe.
Une autre réponse, plus classique, consiste à rappeler l'égyptomanie française, qui date de la fin du XVIIIe siècle (expédition de N. Bonaparte) et qu'entretiennent régulièrement des médias grand public (chaînes de télévision et notamment le service public, quotidiens, mensuels comme Sciences et Avenir, L'histoire et plus généralement toutes les revues abordant l'histoire, succès des romans égyptomaniaques de Christian Jacq). Cette égyptomanie se retrouve chez les enfants, qui demandent souvent plus qu'il n'est prévu par les programmes.
L'étude de l'Egypte présente aussi un intérêt didactique: elle permet d'enchaîner sur les Hébreux, et donc de passer du polythéisme au monothéisme. D'où l'accent porté sur le mythe d'Osiris.
Enfin, elle permet d'étudier comme le précise les accompagnements les "permanences d'une civilisation" : territoire, société, pouvoir, croyances.

Sources:
_Collectif, Enseigner au collège: Histoire, géographie, éducation civique. Programmes et accompagnements, Paris, SCEREN-CNDP, Ministère de l'Education Nationale, réédition de 2004 (2002).
_Collectif, liste de diffusion H-Français de l'association Les Clionautes.
_F. AUDIGIER, F. GUILLOTEAU, G. LION, et alii, L'épreuve sur dossier au CAPES d'histoire-géographie, Paris, Editions Seli Arslan, 2001, 351 pages [aucune bibliographie fournie]
_P. GARCIA et J. LEDUC, L'enseignement de l'histoire en France: de l'Ancien Régime à nos jours, Paris, Armand Colin, Collection U, 320 pages.

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jeudi 19 mai 2005

Notes de lecture: Suzanne Citron, Le mythe national.

Le livre de Suzanne CITRON, Le mythe national: l'histoire de France en question (1989), fait partie des lectures recommandées par le CNED dans l'optique de préparer à l'épreuve sur dossier. Il fait partie aussi des "classiques" recensés par Christian DELACROIX, François DOSSE et Patrick GARCIA sur le site EspacesTemps.net.

La thèse de l'auteure se résume aisément: l'histoire de France telle qu'elle est enseignée repose sur un mythe, celui d'une France éternelle, éternellement une et indivisible. Ce qui est appelé "histoire de France" est en fait une reconstruction historiographique a posteriori et téléologique autour de la figure de l'Etat-nation, qui nie comme sujets d'Histoire les opposants, les vaincus, et les immigrés.

Voici les notes que j'ai prise à la lecture de cet essai:

L'histoire, inventée pour l'école, est le catéchisme d'une religion de la France.
Les "histoires de France" en plusieurs volumes se sont multipliées depuis les années 1970 et la Nouvelle Histoire. Dans ces grandes séries, l'histoire de la France "des origines à nos jours" reste programmée selon la périodisation traditionnelle. L'ensemble reste bâti autour du noyau, autour du pouvoir d'Etat: l'Etat-nation comme logique, les découpages chronologiques comme exclusive armature. Le développement historique reste empêtré dans une pensée d'ensemble qui rend compte du passé d'une France une et indivisible, et de l'universalité supposée de la société "française", démarche qui évacue les racines et le passé des Français dans leur diversité anthropologique, culturelle, politique. Or cette diversité, dans la France d'aujourd'hui, est une donnée incontournable. L'invention de la France (1981) d'Hervé LE BRAS et Emmanuel TODD pose avec éclat le problème de la diversité française et, corrélativement, celui d'une réinterprétation de l'identité française telle que l'histoire républicaine nous l'a faite intérioriser.

L'enfant, la famille, la mort, la folie, l'enfermement, la sorcellerie sont situés dans le temps, jamais dans l'espace. Ils n'ont pas droit à une géographie. L'histoire n'admet jamais l'existence simultanée de deux modes de vie distincts et indépendants. C'est une histoire irréelle.

Pierre CHAUNU a qualifié la guerre de Vendée de "génocide franco-français".

Le finalisme qui projette la France dans des périodes où elle n'existe pas, notamment par des cartes "historiques", où le mot "France" est anachronique ou ambivalent et le dessin de l'hexagone mystificateur, ce finalisme est inséparable du nationalisme français du XIXe siècle.

Un travail de démystification des clichés qui hantent notre conscience collective s'impose donc.

Si l'on veut que l'histoire ait une fonction éducative, celle-ci ne peut plus être la prédication de la religion patriotique et républicaine. A l'histoire-célébration de l'Etat doit succéder une histoire "dreyfusarde", éprise de vérité.

Gérard NOIRIEL a parlé des "non lieux de mémoire" à propos de l'immigration.

La Révolution française a créé le concept d'Etat-nation "un et indivisible" et la IIIe République l'a inculqué par l'enseignement de l'histoire. Nous continuons de vivre sur l'image d'une France sans commencement, prédestinée au Droit et à la Justice. Ce schéma mythique et apologétique, mis en forme par Ernest LAVISSE dans ses célèbres manuels, est largement inspiré par Jules MICHELET pour qui "la France est une religion".

L'absence, en France, de l'idée que l'histoire a une histoire est flagrante. Nous croyons à ue histoire avec un grand H.

En fait, la lecture de ce livre me paraît relativement accessoire aujourd'hui dans une perspective d'ESD. Cette thèse aurait pu être formulée dans un article plutôt que dans un livre de 334 pages. D'un autre côté, cela a permis de toucher un plus large public.
"Vigoureuse critique" estiment C. DELACROIX, F. DOSSE et P. GARCIA; pour moi l'adjectif est de trop, c'est une critique intéressante, mais délayée par le trop grand nombre de pages consacrées. Je reconnais cependant une certaine actualité à la thèse de Suzanne CITRON devant le vote le 10 février 2005 d'une loi qui comprend notamment ce passage (article 4): "Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit". Cette phrase me semble représentatrice de l'évolution actuelle du parlementarisme français: une influence grandissante aux groupes de pression, une méconnaisance de l'évolution historiographique, et une loi écrite non plus pour indiquer les grandes lignes directrices mais pour traiter tel aspect particulier susceptible de plaire à des électeurs jamais rencontrés.
Aujourd'hui, l'enseignement de l'histoire ne me semble plus donner une vision aussi téléologique de l'histoire de France qu'en 1989; plutôt, l'accent est mis sur la dimension européenne, sur les liens noués entre Européens depuis longtemps au mépris des frontières fluctuantes. Enseigner, c'est toujours choisir. Des clichés nationalistes ont cédé la place à d'autres pro-européens. Est-ce mieux?

Suzanne CITRON est née dans l'entre-deux guerre. D'origine juive, elle se tourne vers le protestantisme réformé en 1942, séduite par le barthisme. Elle est arrêtée à Lyon en 1944, puis internée à Drancy. Elle échappe au dernier convoi parce que "demi-juive", grâce à des papiers d'identité falsifiés. Après 1945, elle est engagée à gauche, proche par moments du PCF puis de Michel Rocard. Elle appartient à cette deuxième gauche, anticolonialiste, autogestionnaire. Cette agrégée d'histoire a proposé dès avant 1983 de changer l'école et l'enseignement de l'histoire.

Référence:
_Suzanne CITRON, Le mythe national: l'histoire de France en question, Paris, Les éditions ouvrières, 1989, 334 pages.

Des articles de Suzanne CITRON plus récents mais axés sur la même thématique sont disponibles sur la section de Toulon de la Ligue des droits de l'Homme.

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mercredi 18 mai 2005

Reussir l'ESD: Geographie coloniale, geographie tropicale, geographie zonale

La géographie coloniale s'est développée à la fin du XIXe siècle comme une discipline appliquée, destinée à faciliter le travail des administrateurs, des militaires, et à susciter l'initiative des colons. Cf. Marcel DUBOIS, qui définit la géographie coloniale comme la science auxiliaire de la colonisation (1893). C'est la première orientation de la géographie coloniale.
L'économiste Paul LEROY-BEAULIEU distinguait les colonies de peuplement de celles d'exploitation (De la colonisation chez les peuples modernes, 1874). Idée reprise par les autorités coloniales et par le géographe Georges HARDY pour sa Géographie de la colonisation (1933).
Les géographes qui étudient l'Afrique du Nord française (Augustin BERNARD par exemple) ne font pas de la géographie coloniale appliquée. Plutôt, ils axent leurs recherches sur les aspects ethniques et culturels. C'est la deuxième orientation de la géographie coloniale.
La troisième tendance consiste à aborder la colonisation comme un problème d'organisation de l'espace. Ainsi Albert DEMANGEON qui étudie l'Empire britannique (1923). Le succès des colonisateurs tient au développement de mentalités spécifiques, à l'utilisation de moyens scientifiques de représentation et de découpage de l'espace, ) la mise en oeuvre de techniques modernes de communication, et dans l'allégement des coûts de contrôle (indirect rule, self-administration). Albert DEMANGEON étudie le succès des empires coloniaux mais perçoit aussi l'inéluctabilité de leur fin. La phase coloniale n'est que transitoire.

A compter du Voyage au Congo d'André Gide (1927), un mouvement d'opinion contre la colonisation apparait. En géographie, cette critique du colonialisme se retrouve dans Noirs et Blancs en Afrique de Jacques WEULERSSE (1931, réédition 1993) qui dénonce les convoitises européennes face à un milieu physique et humain que l'on n'essaie même pas de comprendre. Dès lors, le géographe qui part aux colonies ne le fait plus pour justifier l'entreprise coloniale mais pour comprendre ces sociétés et leur altérité. L'évolution est plus précoce en Afrique du Nord (années 1890), puis Indochine (années 1930), puis Afrique "noire".

C'est donc dans les années 1930 qu'on peut situer la transition entre géographie coloniale et géographie tropicale.

Pierre GOUROU soutient en 1936 sa thèse sur Les Paysans du delta tonkinois: Etude de géographie humaine. Pour ce géographe, il s'agit de comprendre un milieu radicalement différent de ceux d'Europe, et les moyens imaginés par les populations vietnamiennes pour le mettre en valeur: outillages, techniques, et surtout la structure d'encadrement. Il s'agit d'étudier la spécificité des celles habitées des pays chauds. Le postulat est le suivant: les environnements tropicaux sont si prégnants qu'ils impliquent des réponses originales, non imaginées ailleurs.

Suite aux progrès de la recherche médicale coloniale, les géographes ont tendance à envisager l'originalité des milieux tropicaux par leurs pathologies.

La guerre d'Indochine explique le désengagement des géographes française en Asie et leur redéploiement sur l'Afrique noire.

En 1947, Pierre GOUROU publie les Pays tropicaux. Grande influence. L'idée principale est que toutes les régions intertropicales sont confrontées à la médiocrité de leurs sols. Le lessivage des pluies trop abondantes les prive de leurs éléments fertilisants, donc ces sols ne peuvent être cultivés que quelques années d'affilée. Il montre que dans tout le monde tropical (Amérique, Afrique, Indes, Asie du Sud-Est, Indonésie, Océanie) se retrouvent des modes de culture itinérante sur des terrains nettoyés au préalable par le feu, parce que les sols y sont vite épuisés, parce qu'il n'est pas possible d'en tirer parti autrement. Certains sols tropicaux ne sont pas frappés de cette malédiction: terrains volcaniques et sols alluviaux. Un portrait pessimiste du monde tropical.
Il serait tentant de faire du sous-développement un trait de la géographie tropicale: pourtant les travaux, de Pierre GOUROU notamment, sont plus nuancés. ce qui handicape les pays étudiés, c'est la très faible productivité de l'ensemble de leur secteur agricole, qui fixe la quasi-totalité de la population active. C'est cela qui freine la croissance, bien plus que la médiocrité des sols.

Sous l'influence de la géographie physique, où la géomorphologie climatique a imposé une vision zonale des processus, de nombreux géographes français se proposent de souligner le rôle des répartitions zonales à la surface de la Terre. A partir grosso modo de 1955, on passe ainsi de la géographie tropicale à la géographie zonale.
La géographie zonale tend à minorer le rôle de la vie de relation et de la circulation, qui tient une place centrale dans les conceptions vidaliennes. Elle oublie qu'il n'y a pas d'approche fécondes des réalités spatiales sans pratiques de la dialectique des échelles.
Autre problème: personne n'arrive à démontrer ce qu'ont de spécifiquement zonales les agricultures et les sociétés du monde tempéré.

A partir des années 1970, un regard critique est porté sur la recherche tropicale. Pierre GOUROU lui-même évolue: au message pessimiste des Pays tropicaux, il substitue la lecture plus optimiste de Terres de bonne espérance (1982; les problèmes urbains et industriels n'y sont pas abordés). P. GOUROU oriente sa recherche du côté de l'histoire et des techniques, du côté du social. Le milieu et l'insalubrité sont bien des handicaps, mais n'expliquent pas tout. Le morcellement des continents a constitué une entrave aux progrès techniques, mais ce n'est pas non plus une explication suffisante. Il faut prendre en compte la complexité des évolutions particulières.
Pour P. GOUROU, l'accent doit être porté sur la modernisation de l'agriculture.
Les chercheurs radicaux (marxistes) reprochent à Pierre GOUROU et ses diadoques puis épigones des années 1950 et 60 d'avoir privilégié le monde rural. Certains abandonnent alors à partir des années 1970 la conception zonale pour mettre l'accent sur les problèmes de développement, à l'instar d'un Samir AMIN.

Jean GALLAIS (1926-1998) fait partie de ces tropicalistes qui soulignent la diversité de l'Afrique noire. Aussi Paul PELISSIER (Les Paysans du Sénégal: les Civlisations agraires du Cayor à la Casamance, 1966); Gilles SAUTER (De l'Atlantique au fleuve Congo: une géographie du sous-peuplement, 1966); la thèse de Jean GALLAIS porte sur le Delta intérieur du Niger: étude de géographie régionale, 1967. Avec les Tropiques: Terres de risques et de violences (1994), Jean GALLAIS propose une voie médiane entre le pessimisme des Pays tropicaux et l'optimisme trop appuyé de Terres de bonne espérance: il trouve dans la notion de risque un nouveau facteur d'unité. Sont pris en compte les problèmes politiques et sociaux des campagnes et des villes du monde tropical. C'est la fin de la géographie tropicale classique.


Ces notes résultent de la lecture de Paul CLAVAL, Histoire de la Géographie française de 1870 à nos jours, Paris, Nathan Université, Collection réf., 1998, pages 197 à 200, 254 à 259, 374 à 376, et 415-416. [A noter que Paul CLAVAL n'aborde pas la géographie du développement, la question du Tiers-Monde, du Sud, puis des Suds sinon à la marge, autant dans le petit Claval (Histoire de la géographie, PUF, QSJ?, 2001) que dans le grand Claval (supra)]

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mardi 17 mai 2005

Fiche pour l'ESD: L'histoire du temps present

En France, "l'histoire du temps présent" apparaît avec la création de l'Institut d'histoire du temps présent (IHTP) en 1978. Le fondateur de cette unité du CNRS est François BEDARIDA. Un mouvement créé à l'écart de l'école des Annales, sans doute car l'IHTP s'est d'abord intéressé à l'histoire de l'évènement et à l'histoire politique, domaines snobés par les Annales.

Comment définir l'histoire du temps présent? Elle suppose la présence d'acteurs vivants, donc porteurs d'une mémoire qui peut aider à la connaissance du passé. Vu l'espérance de vie actuelle dans les pays occidentaux, elle couvre presque tout le XXe siècle. Il est donc imaginable qu'un chercheur qui a commencé à enquêter comme historien du temps présent se retrouve, vingt ans plus tard (les témoins ayant disparu), sans avoir changé de thème d'études, dans la catégorie historiographique de l'histoire contemporaine.

Qu'est-ce que l'histoire contemporaine? C'est l'étude d'une période à laquelle appartiennent l'historien et son public. Sauf en France: depuis le derniers tiers du XIXe siècle, il est en effet convenu de faire commencer l'histoire contemporaine à 1789, pour rappeler les racines révolutionnaires de la IIIe République. C'est donc une définition politique et idéologique de l'histoire contemporaine qui prévaut en France.

Dans ce contexte, les historiens qui ont proposé le terme d' "histoire du temps présent" sont en fait revenu au sens strict du mot "histoire contemporaine".

Parce qu'elle est histoire d'acteurs vivants, l'histoire du temps présent rencontre certains problèmes:
_abondance de sources; en même temps, restrictions légales quant à l'accès avant un certain délai;
_le manque apparent de "recul". Mais c'est là adopter une conception historiciste, id est qui considère que le passé ne peut être compris qu'a posteriori. Toutes les autres sciences sociales interprètent déjà le temps présent selon une démarche visant à la vérité. Il serait paradoxal de comprendre davantage le passé que notre monde.
_le risque d'être englué dans des passions encore vives. Mais cela est vrai pour l'histoire en général. Cf. les débats autour de la commémoration de la Révolution française ou du baptême de Clovis. L'éloignement dans le temps n'est en rien un facteur d'apaisement.

Qu'apporte l'histoire du temps présent par rapport aux autres sciences sociales qui étudient l'actuel? Elle réintroduit les explications temporelles, id est la nécéssité de prendre en compte les évolutions, les rythmes, les causes, les effets.

L'histoire du temps présent innove moins par son objet que par ses méthodes et ses problématiques:
_une utilisation historienne des sources orales.
_le problématique des liens entre histoire et mémoire. L'historien du temps présent travaille sur "un passé qui n'est pas passé" (cf. Eric CONAN et Henri ROUSSO, Vichy: un passé qui ne passe pas, 1996); il est de ce fait placé en première ligne dans les débats sur la "mise en histoire" d'évènements qui ont laissé des blessures toujours ouvertes: génocides, déplacements massifs de population, colonialisme, totalitarismes.

L'histoire du temps présent connaît un certain succès auprès du grand public, sans doute parce qu'elle est apparue en même temps que l'engouement pour le patrimoine.

Champs privilégiés de l'histoire du temps présent:
_l'histoire politique, entendue comme l'histoire des cultures politiques ou l'histoire sociale du fait politique;
_l'histoire de l'évènement (guerres, crises);
_l'histoire culturelle, entendue comme l'histoire des pratiques et des politiques culturelles, qui croissent en importance depuis les années 1950;
_l'histoire de l'imaginaire social, des représentations, de l'opinion.

Référence: Henri ROUSSO, "L'histoire du temps présent", Encyclopédie Universalis, 2005.

Lien intéressant: un dossier de l'IHTP sur "L'histoire du temps présent, hier et aujourd'hui", publié originellement dans le Bulletin de l'IHTP de juin 2000, n°75, est disponible en ligne. [merci Félix pour cette info!]

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lundi 16 mai 2005

Biographie: Paul Veyne

Paul VEYNE est né en 1930. ENS, EFR. Il soutient en 1974 sa thèse sur la pratique du don dans l'empire romain, publiée en 1976, Le pain et le cirque.


Paul VEYNE est un historien philosophe qui se revendique de NIETZSCHE et de FOUCAULT. Il s'est intéressé à l'épistémologie des sciences historiques, ce dont témoigne Comment on écrit l'histoire: essai d'épistémologie (1972). Il y défend un certain scepticisme en histoire, voire un relativisme. Selon lui, l'histoire n'est qu'un récit qui se veut véridique et qui, comme le roman, "trie, simplifie, organise, fait tenir un siècle en une page". En histoire, "l'explication n'est guère que la manière qu'a le récit de s'organiser en une intrigue compréhensible". Cette thèse a été souvent mal reçue à l'époque (Emmanuel LE ROY LADURIE l'a notamment critiquée). Raymond ARON fait partie des rares universitaires à l'avoir apprécié. Désormais, cette thèse est globalement acceptée: les historiens reconnaissent l'importance de la dimension narrative en histoire.


Dans Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes? Essai sur l'imagination constituante (1983), Paul VEYNE propose de revenir sur l'idée-reçue comme quoi les Anciens vivaient dans le mythe tandis que nous, Modernes, avons le privilège d'être dans le vrai.

Paul VEYNE montre principalement que la critique que les Grecs font de leurs mythes n'est pas celle des Modernes. Leurs critères de vérité sont différents. Il en vient à souligner la dimension historique de ce qui permet de croire à une histoire.


Paul VEYNE commence par revenir sur l'idée que les Grecs se font de l'histoire. Pour eux, la vérité historique "est une vulgate que consacre l'accord des esprits au long des siècles". En Grèce, l'histoire est une enquête qui relate ce qui est dit à propos de tel ou tel évènement.

La différence à cette époque entre histoire et mythe, c'est que le mythe est une histoire qui se rapporte à un monde "autre", l'espace et le temps y sont hétérogènes à ceux de la vie quotidienne. Le mythe se passe dans un passé et dans un endroit à la fois précis et indéfinis: "un Grec plaçait les dieux "au ciel", mais il aurait été stupéfait de les apercevoir dans le ciel".

Si les Grecs avaient tendance à croire à leurs récits historiques (comme nous croyons aux nôtres), leurs relations aux mythes ont pu parfois être conflictuelles. D'une personne à l'autre, d'une époque à l'autre, les comportements ont varié, allant de la naïveté au scepticisme. Les mythes pouvaient être perçus comme au-delà du vrai et du faux. Toute l'attitude critique des Grecs envers les mythes consiste uniquement à expurger de ceux-ci tout ce qui est invraisemblable au regard de leur monde quotidien.

Le mythe, comme le récit historique, est une source d'information sur le passé, qui peut être critiquée, mais n'est jamais jugée complètement fausse puisque tout n'y est pas invraisemblable. Si certains sceptiques vont jusqu'à remettre en cause l'existence des dieux, ils ne doutent jamais de celle des héros. Ainsi, quand un Grec critique un mythe, ce n'est pas pour en démontrer la fausseté, mais pour en retrouver le fond de vérité.

Paul VEYNE montre que le rationnalisme des Grecs n'est pas le nôtre. Il n'y voit pas pour autant un progrès de la raison. Il défend une certaine forme de relativisme: les critères de vérité ont évolué au cours des temps. Selon lui, il n'y a pas une vérité, mais plusieurs vérités. Dans l'Antiquité, un mythe pouvait être à la fois vrai (comme récit véhiculé par la tradition) et critiquable (truffé d'histoires invraisemblables). Les critères de vérité sont multiples et évoluent.

Paul VEYNE souligne que son relativisme ne consiste pas à nier la réalité de certains évènements. Exemple: l'existence des chambres à gaz durant la Seconde Guerre mondiale.

Il y a donc ambiguïté: quand il parle des Grecs, il met en avant le relativisme, quand il parle des chambres à gaz, il le dénonce.

En 1995, Paul VEYNE a participé à un livre d'entretiens avec Catherine DARBO-PESCHANSKI, dans lequel il revient sur son parcours: Le Quotidien et l'Intéressant, Paris, Les Belles Lettres, 319 pages.

Article consulté:

_Thomas LEPELTIER, Sciences humaines, mensuel n°160, mai 2005.

Thomas LEPELTIER, docteur en astrophysique, enseigne actuellement à l'Université de Newcastle. Il s'intéresse à l'histoire et écrit régulièrement des articles sur l'historiographie. Voici sa page personnelle: <http://www.lepeltier.fsnet.co.uk/>

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