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mardi 28 juin 2005

Epreuve sur dossier : fiche sur l'histoire economique en France


Je ne pense pas qu'il y ait des sujets d'ESD qui portent uniquement sur l'histoire économique, heureusement peut-être, mais avoir des bases en historiographie économique peut aider à tenir les 15 minutes imparties pour l'exposé. Tendre des perches au jury en histoire économique n'est pas une bonne idée, parce que a priori peu de membres des jurys d'ESD s'intéressent à ce domaine. Or, tout jury tend à éviter les questions sur des thèmes dont il ne maîtrise pas les réponses. Citer Ernest LABROUSSE est dans la plupart des cas largement suffisant.
En fait, cette synthèse se veut un ébauche du travail qui serait à généraliser à tous les courants de l'historiographie et de la géographie: le candidat disposerait ainsi d'une série de fiches par périodes (succession des écoles par exemple) et par thème (géographie sociale, géographie politique, histoire économique, histoire des mentalités, etc.).


I/ Le temps des pionniers: l'histoire économique au début du XXe siècle.
_Emile LEVASSEUR (1828-1911) est considéré comme le père fondateur de l'histoire économique en France. Il a notamment écrit une Histoire des classes ouvrières en France (1859, 2 volumes).
_La première chaire d'histoire économique à la Sorbonne a été créée en 1927 pour Henri HAUSER (1866-1946).


II/ Les années 1930: un tournant pour l'histoire économique.
Pourquoi cet intérêt nouveau porté à l'histoire économique?
_L'expérience de la Première Guerre mondiale, de la reconstruction, et de la dépression des années 1930: les élites prennent conscience de l'importance des politiques économiques.
_Le marxisme.
_Le combat mené par les Annales en faveur d'une histoire économique et sociale.
_En dehors des Annales, deux personnalités marquantes: Ernest LABROUSSE à la Sorbonne, et Pierre LEON à l'Université de Lyon.


III/ Les Trente Glorieuses: une période faste pour l'histoire économique aussi.

Les thèmes privilégiés en histoire moderne:
_l'histoire de l'agriculture et des paysans. Pierre GOUBERT soutient sa thèse sur Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730 (1960), Emmanuel LE ROY LADURIE soutient sa thèse sur Les paysans de Languedoc (1966).
_le commerce maritime. Pierre CHAUNU soutient sa thèse sur Séville et l'Atlantique: 1504-1650 (1955-60, 12 volumes), Paul BUTEL soutient sa thèse sur les négociants bordelais, l'Europe et les îles au XVIIIe siècle (1974).

Les thèmes privilégiés en histoire contemporaine:
_l'industrialisation. Exemple: Pierre LEON soutient en 1952 (sous la direction d'Ernest LABROUSSE) une thèse sur La naissance de la grande industrie en Dauphiné : fin du XVIIIe siècle- 1869 (publiée en 1953 aux PUF). Exemple avant l'heure d'histoire du temps long, elle mesure le poids respectif des divers facteurs (capital, ressources naturelles, hommes et groupes) favorisant l'éclosion de la grande industrie.
_les transports. Exemple: François CARON soutient en 1973 sa thèse sur l'Histoire de l'exploitation d'un grand réseau: la Compagnie des chemins de fer du Nord, 1846-1937 (1973).
_les banques. Exemple: Jean BOUVIER soutient sous la direction d'Ernest LABROUSSE sa thèse sur Naissance d'une banque: le Crédit lyonnais (1961).

Les oeuvres de synthèse:
_Fernand BRAUDEL et Ernest LABROUSSE, Histoire économique et sociale de la France, 1976-1980.
_Pierre LEON, Histoire économique et sociale du monde, 1977 à 1983.
_Fernand BRAUDEL, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, 1967-1980.

Les oeuvres collectives:
Il est possible d'opposer histoire quantitative (Jean MARCZEWSKI, sous la dir., Histoire quantitative de l'économie française, 1961-87, 15 volumes) et histoire sérielle (Joseph GOY et Emmanuel LE ROY LADURIE, Les fluctuations du produit de la dîme: conjoncture décimale et domaniale de la fin du Moyen Age au XVIIIe siècle, 1972): le but du travail de J. MARCZEWSKI était de reconstituer les comptes nationaux à une époque où ils n'existaient pas pour calculer la croissance du PNB depuis le XVIIIe siècle. Cette histoire quantitative a fait l'objet de nombreuses critiques: Pierre VILAR, spécialiste de la Catalogne, a ainsi dénoncé une comptabilité nationale "rétrospective" qui consisterait à plaquer une grille de lecture qui n'existait pas à l'époque où les données ont été collectées. En réaction contre cette histoire quantitative, certains proposent une histoire sérielle qui consiste à construire des séries homogènes de variables économiques (prix, mouvements de navires, etc.) à partir de sources d'archives. Mêmes si locales et fragmentées, ces dernières pourraient être considérés comme des indicateurs fiables de la croissance et des mouvements dans des secteurs plus larges. Aujourd'hui, les historiens non économistes confondent histoire quantitative et sérielle, mais ils font en général allusion à l'histoire sérielle.

Quel bilan tirer de cet âge d'or de l'histoire économique française?
Du côté positif, un nombre impressionnant de données ont été analysées.
Du côté négatif, les travaux sont plus descriptifs qu'analytiques. Et les recherches manquent de fondement théorique.

L'influence d'Ernest LABROUSSE s'est traduite par une focalisation sur les fluctuations à court terme et les cycles d'affaires. A partir des années 1960, l'intérêt des historiens en économie se porte sur les cycles longs. Il s'agit en effet de répondre à la problématique posée par les chercheurs étrangers (américains notamment): comment expliquer la croissance lente sinon le retard de l'économie française au XIXe siècle?


IV/ Depuis 1968, l'automne de l'histoire économique.

Les raisons:
_le manque de renouvellement des problématiques.
_l'attrait pour d'autres thèmes historiographiques: l'histoire des mentalités, l'anthropologie historique; l'histoire sociale s'autonomise de l'histoire économique; l'histoire politique, militaire et diplomatique retrouve une attractivité. De façon significative, la "Nouvelle Histoire" n'inclut pas l'histoire économique.
_l'éclatement de la Sorbonne en plusieurs universités suite à 1968: il n'est plus possible d'obtenir la même aura qu'un Ernest LABROUSSE du temps de la Sorbonne unifiée.

L'histoire économique et les revues:
_les Annales ne comprennent plus que quelques articles d'histoire économique. Le mot "économie" a en outre disparu du titre de la revue depuis 1994.
_la revue bisanuelle Histoire, Economie et Sociétés (qui a remplacé en 1982 la Revue d'Histoire Economique et Sociale, créée en 1908).
_la revue Entreprises et Histoire, spécialisée dans l'histoire des affaires, a été fondée en 1992.

Les oeuvres de synthèse:
_Maurice LEVY-LEBOYER et François BOURGUIGNON, L'économie française au XIXe siècle: analyse macro-économique (1985).
_François CARON, Histoire économique de la France, XIXe- XXe siècles (1995).

Les problématiques privilégiées:
_Le rôle joué par l'Etat dans l'économie française au cours des trois derniers siècles. Retenir qu'André STRAUS tire un bilan plutôt positif de l'action étatique, tandis que Maurice LEVY-LEBOYER adopte une approche plus libérale (donc plus critique quant au rôle de l'Etat).
_Le débat lancé par les Américains dans les années 1960 sur la croissance de l'économie française est toujours d'actualité. Des "révisionnistes" ont proposé de prendre en considération le PNB/ hab. plutôt que le PNB, ce qui permet de relativiser la faiblesse de la croissance française de 1815 à 1914. Plus récemment, des "anti-révisionnistes" ont proposé une vision à nouveau plus sombre de l'économie française au XIXe siècle.

Les thèmes privilégiés:
_Les travaux sur la France rurale sont moins nombreux que pendant les Trente Glorieuses.
_Par contre, les recherches sur l'industrie française attirent davantage les universitaires.
_Le même engouement se retrouve pour les transports. Jacques MARSEILLE a ouvert avec sa thèse (Empire colonial et capitalisme français: Histoire d'un divorce, 1984) un champ de recherche sur les liens économiques entre la France et ses colonies, en se focalisant sur l'attitude des chefs d'entreprises.
_La tendance la plus forte depuis les années 1980 est le développement de l'histoire des affaires, et plus particulièrement de l'histoire bancaire. Dans ce domaine, il faut notamment distinguer la recherche d'Eric BUSSIERE sur la banque Paribas (Paribas, l'Europe et le Monde: 1872-1992, Anvers, édité par le Fonds Mercator, 1992) et celle de Christophe LASTECOUERES sur Les feux de la banque: oligarchie et pouvoir financier dans le Sud-Ouest (1848-1941), version publiée (aux éditions du CTHS, mars 2006) de sa thèse soutenue en 2002.

Un lieu: le Centre Pierre Léon d'histoire économique et sociale, à Lyon.

Références utilisées:
_Christian AMALVI, sous la dir., Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, Paris, La Boutique de l'Histoire, 2004, article "Leon".
_Dominique BARJOT, sous la coord., "Où va l'histoire économique? (2e partie)", Historiens & Géographes, Paris, n°380, octobre 2002, pages 137 à 278.
_François CROUZET et Isabelle LESCENT-GILES, "French economic history in the past 20 years", Nederlandsch Economisch-History Archief, NEHA-bulletin, volume 12, pages 75 à 101, 8 novembre 2004. [cette fiche doit beaucoup à cet article; dommage qu'il y ait autant de fautes de frappes]
_Daniel LETOUZEY et alii, L'histoire économique sur internet, APHG Caen, 18/12/2002.

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lundi 27 juin 2005

Epreuve sur dossier: fiche sur l'ecole des Annales


La naissance de l''école des Annales peut être datée de la publication, en janvier 1929, du premier numéro des Annales d'Histoire Economique et Sociale, revue fondée par Lucien FEBVRE et Marc BLOCH. Les Annales réunissent une nouvelle génération d'historiens. Influencée par la Revue de synthèse historique dirigée par Henri BERR, les fondateurs des Annales entendent répondre aux critiques des autres sciences sociales et élaborer un discours scientifique irréfutable.

Pourquoi cette rupture? Dans quel contexte survient-elle?
_une nouvelle génération d'historiens (quinquagénaires toutefois);
_Strasbourg: le gouvernement français entend faire l'Université de Strasbourg une vitrine de la recherche française, donc de jeunes et brillants historiens y sont envoyés; ils y rencontrent lors des "réunions du samedi" d'autres jeunes et brillants professeurs, en sociologie et géographie notamment; éloignement de Paris, des lieux d'influence de l'école méthodique.
_d'autres sciences sociales comme la géographie, la sociologie et l'économie gagnent en reconnaissance et donc en visibilité et influence à partir des années 1920 en France.
_répondre aux critiques des économistes et des sociologues. L'économiste François SIMIAND dénonce en 1903 les trois "idoles de la tribu des historiens: l'idole politique [...], l'idole individuelle [...], l'idole chronologique".
_répondre aux critiques qui sont nées après la Première Guerre mondiale: curieusement, l'histoire a été présentée comme inutile au prétexte que les historiens n'ont pas anticipé le désastre.

Que propose l'école des Annales pour se distinguer de l'école méthodique?
_prendre en compte l'influence du social sur l'activité humaine;
_rapprocher l'histoire des autres sciences sociales (sociologie, psychologie et géographie dans un premier temps, ethnologie après la Seconde Guerre mondiale, psychanalyse à partir des années 1960);
_investir de nouveaux champs (économique, social, puis culturel) au détriment de l'histoire politique traditionnelle;
_"tout est source" disait Lucien FEBVRE: à la différence de l'école méthodique, l'école des Annales ne veut pas limiter la recherche historique aux documents écrits et archivés.
_la préférence va à l'histoire-problème plutôt qu'à la mise en avant des faits.

De nouveaux champs historiques sont abordés: démographie historique, géographie historique, histoire économique, histoire des mentalités, histoire culturelle.

Quelques critiques peuvent être formulées:
_le délaissement de l'histoire politique: les recherches dans ce domaine se poursuivent à la seule Ecole libre des Sciences Politiques (qui devient Institut d'Etudes Politiques (I.E.P.) de Paris, alias Sciences Po, après 1945). C'est seulement dans les années 1970 que l'EHESS s'intéresse à nouveau à l'histoire du politique.
_en fait d'interdisciplinarité, les Annales considèrent souvent les autres sciences sociales comme des sciences auxiliaires de l'histoire. L'histoire est première (cf. le titre de la revue en 1994).
_Lucien FEBVRE présentait les Annales comme un tournant et même une "révolution" méthodologique. Laurent MUCCHIELLI a en fait montré qu'il y avait plutôt "changement de vitesse dans une direction déjà marquée" (Mythes et histoire des sciences humaines, 2004). Marc BLOCH, plus modeste, reconnaissait sa dette envers Charles SEIGNOBOS.

Des lieux : Université de Strasbourg (jusqu'au milieu des années 1930), Sorbonne et Collège de France (depuis le milieu des années 1930), 6e section de l'EPHE (Ecole Pratique des Hautes Etudes) consacrée aux sciences économiques et sociales depuis 1946 devenue l'EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) en 1975, dans une moindre mesure l'Académie française (élection de Fernand BRAUDEL en 1984, de Georges DUBY en 1987, mais les Académiciens semblent préférer une histoire traditionnelle sinon conservatrice: Pierre GAXOTTE, Michel DECAUX, René REMOND).

Quelques grands noms: Lucien FEBVRE, Marc BLOCH, Fernand BRAUDEL, Robert MANDROU, Pierre GOUBERT, Marc FERRO, Jacques LE GOFF, Emmanuel LE ROY LADURIE, Jacques REVEL, André BURGUIERE, François FURET ...

L'évolution du titre de la revue:
_Annales d'Histoire Economique et Sociale (1929-1939) devenues Annales d'histoire sociale (1939-41), Mélanges d'histoire (1942-44), Annales d'histoire sociale (1945) puis Annales, Economies, Sociétés, Civilisations (1946-1994) et Annales, Histoire, Sciences Sociales (depuis 1994).

L'évolution du courant des Annales:
Il est désormais convenu de distinguer plusieurs générations des Annales: la première génération était réunie autour de Lucien FEBVRE et Marc BLOCH; la deuxième génération est dominée par la figure de Fernand BRAUDEL; à partir de 1969 la direction de la revue est collégiale (Jacques LE GOFF, Emmanuel LE ROY LADURIE, Marc FERRO secondés par Robert MANDROU, Jacques REVEL et André BURGUIERE): c'est cette troisième génération qui propose rien moins qu'une Nouvelle Histoire. Dans les années 1980, face aux questionnements épistémologiques soulevés par Paul VEYNE, Michel de CERTEAU, et surtout Paul RICOEUR, des historiens se détachent des Annales et émettent des critiques (François FURET, François DOSSE, Marcel GAUCHET): il n'y a plus d'école des Annales. En 1988, Bruno LEPETIT annonce un "tournant critique" (TC) qui reconnaît les limites d'une histoire sociale quantitative de longue durée et prône une histoire sociale plus pragmatique. Ce TC vise aussi à récupérer les nouvelles approches historiographiques : cf. Jacques REVEL qui s'intéresse à la micro-histoire. Une des conséquences du TC est le changement de titre de la revue en 1994 (Annales: Histoire, Sciences Sociales) qui peut être lu comme une réponse à la revue fondée en 1990 Genèses: Sciences Sociales et Histoire, laquelle propose également une histoire sociale moins déterministe, plus attentive aux pratiques et représentations des acteurs.

Il ne faudrait pas penser que, de 1929 à 1988, l'historiographie se résume aux seules Annales: l'école méthodique perdure jusqu'à la fin des années 1930, d'autres courants historiographiques suivent leurs propres chemins, ainsi de l'histoire diplomatique et de l'histoire politique (autour de Sciences Po essentiellement: cf. Pierre RENOUVIN, René REMOND), de l'histoire antiquisante (recours à l'archéologie, aux sciences auxiliaires, développement de l'anthropologie historique), de l'histoire économique d'inspiration labroussienne, de l'épistémologie de l'histoire (Raymond ARON dès les années 1930, Henri-Irénée MARROU dans les années 1950, Paul RICOEUR dès les années 1950), de l'histoire sociale anglo-saxonne (moins déterministe, plus attentive aux représentations collectives depuis Edward Palmer THOMPSON, The Making of the English Working Class, 1963, traduit en français en 1988), de l'histoire du temps présent qui naît en 1978 au sein du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), ou encore de la microstoria qui naît en Italie dans les années 1980 (Carlo GINZBURG, Giovanni LEVI).

Que retenir de Lucien FEBVRE? ENS, agrégation d'histoire, thèse sur Philippe II et la France-Comté: Etude d'histoire politique, religieuse et sociale (1911; noter les deux derniers termes du sous-titre, originaux dans le contexte méthodique de l'époque).
Un historien qui est aussi un géographe: cf. La terre et l'évolution humaine: introduction géographique à l'histoire (1922; c'est là qu'il oppose le possibilisme vidalien au déterminisme ratzelien; cf. aussi le sous-titre qui vassalise la géographie à l'histoire).
Il participe à la Première Guerre mondiale.
Il fonde avec Marc BLOCH les Annales d'histoire éconmique et sociale (1929), est élu au Collège de France en 1933, et obtient la création d'une sixième section à l'EPHE en 1946.
Parmi ses ouvrages, Un destin: Martin Luther (1928) et Le problème de l'incroyance au XVIe siècle: la religion de Rabelais (1942). Parmi les publications posthumes: Combats pour l'histoire (1953).
Dans Un destin: Martin Luther (1928), Lucien FEBVRE replace le personnage dans les mentalités et les structures religieuses de la société allemande de son temps.
Dans Le problème de l'incroyance au XVIe siècle: la religion de Rabelais (1942), L. FEBVRE souhaite récuser les affirmations d'Abel LEFRANC qui fait de Rabelais un athée rationnaliste. Plutôt, l'historien conclut que Rabelais n'a pas été un libre penseur mais un chrétien humaniste et tolérant, comme Erasme. L'originalité de son approche tient en ce qu'il ne s'intéresse pas à l'athéisme supposé de Rabelais, mais plutôt se demande si un tel comportement est possible dans cette société pénétrée de religion qu'est la France du XVIe siècle. Dans l'Europe de la Renaissance, l'athéisme scientifique tel que le connaît le XIXe siècle n'est pas encore possible intellectuellement. Il reproche à A. LEFRANC un anachronisme qui ne tient pas compte du contexte historique et culturel.
Ces deux livres peuvent être cités en ESD comme autant d'exemples de biographies qui n'étudient pas le personnage isolément mais le resitue comme représentatif d'une époque, d'un lieu, d'une culture. Etudier la personnalité (Luther, Rabelais, Marguerite de Navarre) permet d'étudier les mentalités collectives d'une époque.

Que retenir de Marc BLOCH? ENS, agrégation d'histoire, séminaires en Allemagne.
Participe à la Première Guerre mondiale.
Thèse sur Rois et serfs: un chapitre d'histoire capétienne (1920).
Fonde avec Lucien FEBVRE les Annales d'histoire économique et sociale (1929).
1936, élu à la chaire d'histoire économique et sociale de la Sorbonne (il y succède à Henri HAUSER).
Il écrit Les rois thaumaturges (1924), Les caractères originaux de l'histoire rurale française (1931), la Société féodale (1939-40).
Il participe à la "drôle de guerre". Persécuté parce que d'origine juive, il entre dans la résistance (Francs-Tireurs), est arrêté par la Gestapo, et fusillé le 16 juin 1944. A titre posthume paraissent L'étrange défaite (1946) et Apologie pour l'histoire ou métier d'historien (1949, 1993).
Dans Les rois thaumaturges (1924), Marc BLOCH reprend un questionnement qui lui avait été suggéré pendant la Première Guerre mondiale, à savoir la naissance et le succès des fausses nouvelles, des rumeurs. Il propose une histoire comparée de la croyance populaire dans le miracle des écrouelles (pouvoir magique de guérison de certaines maladies reconnu aux rois de France et d'Angleterre après leur sacre). Il montre combien ce "don" est construit par les cours royales. En ESD, ce livre peut être cité pour illustrer combien les problématiques des historiens s'inscrivent dans un contexte (la Première Guerre mondiale et son cortège de fausses rumeurs incite le médiéviste à comprendre cette "erreur collective" qu'est la "foi au miracle royal"), mais aussi comme exemple précoce d'une histoire comparée, et d'une anthropologie historique.
Dans Les caractères originaux de l'histoire rurale française (1931), Marc BLOCH propose une méthode comparatiste pour retrouver la logique des différents régimes agraires qui ont modelé le paysage français depuis le Moyen Age. Les contraintes collectives expliquent selon lui la présence de campagnes ouvertes ou de bocage. En ESD, ce livre peut appuyer une argumentation à propos d'histoire comparée ou de géographie historique (cf. alors Roger DION et Jean-Robert PITTE).
L'oeuvre de synthèse qu'est la Société féodale de Marc BLOCH (1939-40) a été critiquée par les historiens du droit qui lui reproche de privilégier les liens d'homme à homme au détriment des liens politiques et institutionnels pour rendre compte de la féodalité, et par Lucien FEBVRE, qui lui reproche un durkheimisme trop systématique.
Dans L'étrange défaite (rédigée à l'été 1940), il réfléchit sur les raisons profondes de l'effondrement français au printemps 1940 et pointe avant les autres les responsabilités de l'état-major, du gouvernement et de la classe politique. Ce livre peut être cité en ESD comme une illustration d'histoire du temps présent sinon d'histoire immédiate.

Que retenir de Fernand BRAUDEL? agrégation d'histoire, thèse sur La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II (1947).
Il écrit aussi la trilogie Civilisation matérielle, économie et capitalisme: Les structures du quotidien (I), Les jeux de l'échange (II), Le temps du monde (III) en 1967 (réédition en 1979).
Il codirige puis dirige les Annales de 1946 à 1969, préside l'EHESS de 1956 à 1972.
Sa Grammaire des civilisations (1963, 1987) se voulait un manuel pour le programme de Terminale.
Inachevée: L'identité de la France (3 volumes sur les 12 prévus).

Que retenir de Robert MANDROU? agrégation d'histoire, disciple de Lucien FEBVRE, participe aux Annales jusqu'à sa rupture avec Fernand BRAUDEL en 1962.
Il a écrit une Introduction à la France moderne: Essai de psychologie historique, 1500-1640 (1961). Il est alors un des pionniers de l'histoire des mentalités (ou des sensibilités) avec Philippe ARIES.
Thèse sur les Magistrats et sorciers en France au XVIIe siècle: Une analyse de psychologie historique (1968).
Parmi ses autres ouvrages, une histoire comparative des monarchies européennes dans l'Europe "absolutiste": Raison et raison d'Etat, 1649-1755 (1977).


Références utilisées:
_Christian AMALVI, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges DUBY, Paris, La Boutique de l'Histoire, 2004, 366 pages, articles "Bloch", "Braudel", "Febvre", et "Mandrou".
_François AUDIGIER et alii, L'épreuve sur dossier au CAPES d'histoire-géographie: Théorie et sujets corrigés, Paris, Seli Arslan, pages 42 à 64 [intéressant pour le résumé des livres et des carrières]
_Guy BOURDE et Hervé MARTIN, Les écoles historiques, Paris, Le Seuil, Points Histoire, 1997 (1983), pages 215 à 270.
_François CADIOU et alii, Comment se fait l'histoire: Pratiques et enjeux, La Découverte, Collection Guides Repères, 2005, pages 82 à 91.
_Marie-Paule CAIRE-JABINET, Introduction à l'historiographie, Paris, Armand Colin, Collection 128, 2004 (1994), pages 88 à 106.
_Muriel MONTERO, L'histoire, Paris, Ellipses, Collection culture générale, 2001, pages 31 à 37.

Cette fiche ne détaille pas l'orientation des Annales à partir de la Nouvelle Histoire. Ce pourrait être l'objet d'une nouvelle fiche.

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mardi 14 juin 2005

Epreuve sur dossier: fiche sur l'ecole methodique

L'Epreuve Sur Dossier (ESD) au CAPES d'histoire et géographie recquiert que le candidat maîtrise l'historiographie française à partir du tournant méthodique. Tout un chacun peut faire des fiches sur cette école à partir des manuels de base, ma synthèse n'apporte évidemment rien d'original, d'aucuns la trouveront lacunaire et imparfaite; ces quelques notes sont avant tout destinées aux candidats qui n'ont pas accès aux bibliothèques universitaires, qui ne peuvent pas investir dans un grand nombre de manuels, ou qui désirent réviser leurs connaissances. Toute critique ou suggestion est bien sûr la bienvenue par le biais des commentaires.

Les historiens qualifiés de méthodiques appartiennent à une génération marquée par la défaite de 1870 et grandement influencée par la recherche historique allemande. C'est la première fois dans l'historiographie française que l'on peut parler d'école.

La naissance de l'école méthodique est souvent datée du "Manifeste" qu'écrit Gabriel MONOD en guise de premier éditorial de la Revue historique (1876). L'Introduction aux études historiques de Charles-Victor LANGLOIS et Charles SEIGNOBOS (1898) est aussi considérée comme un texte fondateur.

Toute génération cherche à se distinguer de la précédente. Les méthodiques s'opposent ainsi au courant romantique, à l'écriture catholique de l'histoire, et aux nombreux historiens "amateurs" qui proposent des monographies d'histoire locale. En réaction, l'école méthodique propose:
_la place centrale du document dans le travail d'historien;
_la recherche de l'objectivité, ce qui conduit les méthodiques à privilégier les faits;
_la mise au point d'une grille de lecture rigoureuse (critiques externe puis interne).
_une grande importance est accordée à la formation de l'historien; on ne peut se dire historien qu'après une thèse.

Cette école méthodique a été critiquée par une autre génération d'historiens, à l'origine de l'école des Annales. Les critiques émanent essentiellement d'un Lucien FEBVRE, pas tellement d'un Marc BLOCH. Quels sont les reproches adressés aux méthodiques?
_privilégier les documents écrits, au détriment notamment de l'archéologie.
_préférer le temps court et l'évènement au temps long et aux faits économiques et sociaux.
_l'objectivité est recherchée mais l'écriture méthodique est nationaliste et anticléricale.
_l'hésitation à formuler des interprétations et des synthèses.
_le temps présent est négligé. Cf. Ernest LAVISSE, "le présent appartient à la politique" (1867).

Certains de ces reproches peuvent être relativisés:
_l'importance du récit et du politique tient aux préoccupations pédagogiques des méthodiques. A la suite d'Ernest LAVISSE, ils écrivent avant tout l'histoire pour un public de professeurs du secondaire et pour les élèves du primaire et du secondaire. En découlent également les accents nationalistes et anticléricaux.
_il ne faut pas caricaturer les méthodiques comme naïfs: ils reconnaissent parfaitement les limites de la connaissance historique et le caractère subjectif des interprétations. Les méthodiques ne sont pas des positivistes comme certains manuels l'avancent encore trop souvent: "l'histoire n'est pas une science, elle n'est qu'un procédé de connaissance" écrivent ainsi Ch.-V. LANGLOIS et Ch. SEIGNOBOS dans leur Introduction aux études historiques (1898).
_le "culte" érigé aux documents écrits gagne à être contextualisé; le XIXe siècle voit la multiplication des archives et des bibliothèques.

A retenir aussi, la proximité (déjà) entre les historiens méthodiques et les maisons d'édition; et l'anticléricalisme de l'école méthodique peut être expliqué pour partie par les convictions protestantes (Camille JULLIAN notamment) et maçonnes (Ernest LAVISSE entre autres) de certains .

Quelques grands noms: Gabriel MONOD, Camille JULLIAN, Charles-Victor LANGLOIS, Charles SEIGNOBOS, Ernest LAVISSE.

Quelques grands titres: la Revue historique (ne pas l'enterrer: elle existe encore!), l'Introduction aux études historiques de Ch.-V. LANGLOIS et Ch. SEIGNOBOS, l'Histoire de France dirigée par E. LAVISSE (apparaît le mythe que l'Etat-nation "France" naît dès Clovis, périodisation en fonction des règnes, rôles principaux accordés aux "grand hommes" comme Sully, Richelieu et Colbert), "Petit Lavisse" (manuel destiné au cours élémentaire) et "Grand Lavisse" (pour le cours moyen).

Que retenir de Gabriel MONOD? Famille protestante, ENS, premier à l'agrégation d'histoire, suit des séminaires en Allemagne, professeur à l'EPHE et Ecole des Chartes, directeur jusqu'à sa mort de la Revue historique, dreyfusard, professeur au Collège de France.

Que retenir de Camille JULLIAN? Famille protestante, ENS, agrégé d'histoire, séminaires en Allemagne, spécialiste de la Gaule romaine, professeur au Collège de France.

Que retenir de Charles-Victor LANGLOIS? Chartiste, premier à l'agrégation d'histoire, médiéviste, directeur des Archives nationales.

Que retenir de Charles SEIGNOBOS? Famille protestante, ENS, premier à l'agrégation d'histoire, suit des séminaires en Allemagne, contemporanéiste, cible des milieux nationalistes (son Histoire sincère de la nation française, 1933, est une réponse à l'Histoire de France du maurrassien Pierre GAXOTTE).

Que retenir d'Ernest LAVISSE? agrégé d'histoire, spécialiste réputé du passé germanique, "instituteur national"(selon la formule de Pierre NORA dans Les lieux de mémoire) parce qu'il édite pendant près de 40 ans des manuels scolaires chez Armand Colin.

Comment situer le Malet-Isaac? D'un point de vue chronologique, ce manuel participe du moment méthodique. D'un point de vue thématique aussi, avec l'accent mis sur le politique et le diplomatique Le Malet se distinguait avant la Première Guerre mondiale des autres manuels scolaires par le parti pris d'illustration et la place importante faite à l'histoire militaire (Albert MALET, agrégé d'histoire, mort au front en 1915 était un républicain catholique frustré par son échec à Saint-Cyr); après la Grande Guerre, Jules ISAAC (agrégé d'histoire, victime du premier statut antijuif de 1940, militant d'un rapprochement franco-allemand et aussi judéo-chrétien), a adouci le Malet-Isaac par un style plus neutre et un esprit internationaliste; l'importance des illustrations demeure une caractéristique.


Ouvrages fréquentés:
_Christian AMALVI, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, Paris, Boutique de l'Histoire, 2004, articles "Isaac", "Jullian", "Langlois", "Lavisse", "Malet", "Monod", "Seignobos". [cette idée d'un dictionnaire des historiens est intéressante, même si les auteurs se sont sagement cantonnés aux historiens morts, histoire de ne pas froisser trop de susceptibilités quant aux absents; l'équivalent en géographie serait le bienvenu]
_F. AUDIGIER et alii, L'épreuve sur dossier au CAPES d'histoire-géographie: Théorie et sujets corrigés, Paris, Seli Arslan, édition de 2001, pages 40 à 42. [correct sur la présentation de l'école méthodique]
_Guy BOURDE et Hervé MARTIN, Les écoles historiques, Paris, Le Seuil, Points Histoire, 1997, pages 181 à 214. [la référence pour l'historiographie française du XIXe siècle à 1989, mais je le déconseille en première approche car ce manuel entre trop dans les détails; le titre est en outre mal choisi pour un livre qui se propose d'étudier l'historiographie de l'Antiquité à 1989, puisqu'il n'y a eu que deux écoles, la méthodique et celle des Annales; pour qu'il y ait école il faut en effet des manifestes fondateurs, des maîtres à penser, des élèves, des revues, et des textes théoriques.]
_François CADIOU et alii, Comment se fait l'histoire: Pratiques et enjeux, Paris, La Découverte, Guides Repères, 2005, pages 78 à 80. [approche sous un angle intéressant de ce qui est quand même un poncif de l'historiographie, mais l'ouvrage dans son ensemble est "stimulant pour la pensée" selon l'expression d'un de mes professeurs à l'IEP de Strasbourg]
_Marie-Paule CAIRE-JABINET, Introduction à l'historiographie, Paris, Armand Colin, Collection histoire 128, 2004, pages 78 à 82. [présentation correcte, mais il faudrait spécifier (page 81) que c'est à tort que l'école méthodique a été désignée "la génération positiviste"]
_Muriel MONTERO, L'histoire, Paris, Ellipses, Culture générale, 2001, pages 28 à 30. [l'essentiel est dit en deux pages et demi]

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lundi 13 juin 2005

ESD et Europe: le traite de Nice

Question posée à Pau en reprise du sujet "Histoire, nation, nationalisme". Au vu de l'actualité de l'année 2005 et, plus largement, de la place que prend l'Europe dans notre vie quotidienne et dans nos représentations, il convient de maîtriser un minimum le thème européen pour les oraux à Châlons.

L'Union européenne est sous présidence française quand est conclu, en décembre 2000, le traité de Nice après ce qui est encore le sommet le plus long de l'histoire de la communauté européenne.
Le but: adapter les institutions de l'UE et les prises de décision en vue de l'arrivée de 10 nouveaux membres en 2004.
Le traité de Nice est entré en vigueur le 1er février 2003. A noter, seule l'Irlande a proposé une ratification par référendum; le non a été majoritaire à la première consultation (32% de votants seulement), d'où une deuxième, où le oui l'a emporté.
La raison d'être du traité de Nice est donc de permettre aux institutions européennes de continuer à fonctionner dans une Europe élargie. Ainsi, le nombre maximal de députés a été augmenté, passant de 626 à 732. En outre, le régime de la majorité qualifiée au sein du Conseil européen a été étendu à 27 nouveaux domaines (en lieu et place de l'unanimité). Egalement, une nouvelle pondération des voix est introduite pour les votes du Conseil, moins favorable aux grands Etats et source de complication pour l'avenir. Le traité de Nice prévoit aussi qu'à partir de 2005, chaque Etat ne dispose plus que d'un commissaire; ce qui avantage les petits pays: jusqu'alors 5 grands pays dont la France disposaient de 2 commissaires. Il est également prévu que le nombre de commissaires ne peut excéder 26, ce qui suppose une redéfinition de l'attribution des commissaires par pays à partir du moment où l'UE compterait 27 membres. La coopération renforcée a été facilitée dans quelques domaines: la coopération renforcée permet à un groupe de pays (8 minimum) d'avancer dans un domaine, sans ceux qui ne veulent pas ou ne sont pas prêts. Le traité de Nice prévoit enfin, comme tous les traités européens précédents, que toute réforme institutionnelle nécessite l'unanimité.

Le traité de Nice a été jugé libéral en France, notamment parce qu'il établit le principe 1 Etat= 1 voix. Or, les nouveaux Etats membres seraient davantage favorables à une approche libérale de l'économie que la vieille Europe et notamment la France. Seulement ce principe est faux: ce n'est pas 1 Etat= 1 voix, mais 1 Etat= 1 commissaire (jusqu'à 26 membres), et il n'est pas écrit à l'avance qu'un commissaire suive les desiderata des dirigeants (ou de l'opinion publique) de son pays.
Une autre critique avancée en France porte sur le poids politique des Etats membres résultant d'un nouveau mode de calcul. Jacques Chirac voulait maintenir à tout prix la parité entre la France et l'Allemagne dans la prise de décision (alors que la population allemande est 1/3 plus importante que la population française). Le prix a été élevé: les nouveaux modes de calcul favorisent nettement l'Espagne et la Pologne qui ont pratiquement autant de voix au Conseil des ministres (27) que l'Allemagne (29) alors que leur population est deux fois moindre.

Une tentative de réformer ce biais du traité de Nice a échoué au sommet de Bruxelles en décembre 2003.

Dès 2003, deux économistes (Richard Baldwin et Mika Widgrén) estiment que ce traité de Nice diminue fortement l'efficacité de la prise de décision. La probabilité qu'une décision soit adoptée tombe à 2,1% dans une Europe à 25 régie par le traité de Nice, contre 8,2% dans l'Europe à 15 organisée par ce même traité.

Il est prévu une renégociation du traité de Nice en 2009. Le fonctionnement de l'UE dépend jusqu'en 2009 (voire plus si aucun autre traité n'est ratifié) du traité de Nice. Quand bien même le traité instituant une Constitution pour l'Europe eût été ratifié par les 25 Etats membres en 2005, il ne serait pas entré en vigueur avant 2009.

Certains dirigeants (dont J. Chirac, G. Schröder et T. Blair) voyaient dans le traité établissant une Constitution pour l'Europe un moyen de régler discrètement les problèmes nés à Nice en décembre 2000.


Les calculs de Richard Baldwin et Mika Widgrén sont accessibles ici pour ceux qui lisent un minimum l'anglais. Pour les autres, il suffit de lire le tableau n° 1 ("figure 1") qui rappelle une évidence, à savoir que la capacité à faire passer des décisions communes diminue avec le nombre de pays. Ce qui renouvelle l'intérêt pour la coopération renforcée. Ce qui limite l'intérêt de l'élargissement.

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dimanche 12 juin 2005

Reviser l'Epreuve Sur Dossier par theme: l'historiographie


Les réponses sont données par ordre d'importance décroissante du point de vue de la notoriété. Par exemple, en histoire politique, il est attendu de tous les candidats de connaître le nom de René REMOND et sa thèse. Si le candidat connaît, en plus, d'autres noms, thèses, travaux, instituts, ce n'en est que mieux. Dans un concours, la tentation est grande de chercher à se distinguer des autres candidats, particulièrement du précédent et du suivant, mais il faut d'abord maîtriser les gammes avant de chercher l'originalité.

_Citez un historien des relations internationales.
Jean-Baptiste DUROSELLE, Histoire diplomatique de 1919 à nos jours (1993, complet). Sa thèse porte sur La Décadence: la politique étrangère de la France de 1932 à 1939 (1979). Elève du suivant.
Pierre RENOUVIN (1893-1974), La Crise européenne et la Première Guerre mondiale (1969). Il a renouvelé l'histoire diplomatique en introduisant la notion de "mouvements profonds", ce qui suppose de prendre en compte les logiques de moyen et long terme qui guident les actions des Etats, plutôt que de se contenter d'écrire le récit de l'action des chancelleries.
Charles ZORGBIBE, Les relations internationales (1993, bof), Histoire des relations internationales: du système de Bismarck au premier conflit mondial, 1871-1914 (1994)
Maurice VAÏSSE, Les relations internationales depuis 1945 (1990, facile).
Samuel HUNTINGTON, Le choc des civilisations. Son article "The Clash of Civilizations", paru en 1993 dans Foreign Affairs, se voulait une réponse à celui de Francis FUKUYAMA, "The End of History", paru en 1989 dans la même revue. Les deux auteurs ont développé leurs articles en des livres à succès par la suite. Les deux thèses ont été mal reçues en France, pour des raison différentes, mais elles ont toutes deux été critiquées pour leur "simplisme". En fait, les deux auteurs recherchent la polémique et la médiatisation plus que l'esquisse d'une théorie pertinente.
Paul KENNEDY, Naissance et déclin des grandes puissances: transformations économiques et conflits militaires de 1500 à 2000 (1991). La thèse est simple: il existe un lien entre le poids économique d'un Etat et sa place dans l'ordre mondial; en même temps, l'apogée de la puissance militaire exige de tels efforts financiers et plus largement économiques que l'Etat tend à terme vers le déclin. Ce livre est un classique, qui s'inscrit dans le courant "déclin" des spécialistes américains en relations internationales, c'est-à-dire que ces chercheurs ne croient pas en la pérénnité de la domination américaine. Selon les chercheurs, le déclin menace à plus ou moins brève échéance (2010 à 2050), et la menace vient d'un pays ou d'un autre. La Chine est à la mode en ce moment, comme l'illustre le mauvais et pitoyable thriller de Tom Clancy, L'Ours et le Dragon (2001).
Un lieu: l'Institut Pierre Renouvin de recherches en histoire des relations internationales.
Une revue:
Relations Internationales, créée en 1974.
_Un historien qui n'a jamais eu l'agrégation?
Marc FERRO, spécialiste successivement de la Grande Guerre (La Grande Guerre, 1914-1918, 1968, rééd. 1990), de l'URSS (Des Soviets au communisme bureaucratique, 1980, La révolution de 1917, 1970-1976, rééd. 1997, ...), du cinéma (chaire Cinéma et Histoire à l'EHESS, Histoire parallèle sur La Sept puis Arte de 1989 à 2001, Cinéma et histoire, 1984, rééd. 1993), puis de la colonisation (Histoire des colonisations, 1996, Le livre noir du colonialisme, 2003) entre autres domaines abordés. Ne pas avoir l'agrégation ne l'a pas empêché d'être directeur d'étude à l'EHESS.
Philippe ARIES (1914-1984) a échoué deux fois à l'agrégation d'histoire.
_Quel historien a réfléchi sur l'Europe?
Jacques LE GOFF notamment (L'Europe est-elle née au Moyen-Age?, 2003).
Avec
Jean-Noël JEANNENEY, Philippe JOUTARD a écrit Du bon usage des grands hommes en Europe (2003). Ph. JOUTARD est un historien spécialiste de l'histoire orale (Ces voix qui nous viennent du passé, 1983). Recteur de l'académie de Besançon dans les années 1980, il a présidé en 1988-9 une mission sur l'enseignement de l'histoire et de la géographie: dans ce cadre, il a publié un rapport sur l'enseignement de l'histoire des religions à l'école.
_Citez un historien du fascisme.
Pierre MILZA.
Zeev STERNHELL (La droite révolutionnaire, 1997, Maurice Barrès et le nationalisme français, 2000, Ni droite, Ni gauche: l'idéologie fasciste en France, 2000): en opposition à la "chapelle Saint-Guillaume" (Sciences Po) et plus particulièrement René REMOND qui considère que le fascisme français n'est pas né en France mais a été importé d'Allemagne à partir des années 1930 (La droite en France, 1954, rééd. en 1982 Les droites en France), Z. STERNHELL considère que les racines idéologiques du fascisme apparaissent en France dans les années 1885-1914.
_Citez un historien des mentalités.
Philippe ARIES
_Citez un historien du politique.
René REMOND: sa thèse, intitulée en 1954 La droite en France, est devenue un classique de l'historiographie politique. Aujourd'hui, on perçoit difficilement son originalité: il faut pourtant comprendre qu'après 1945 aucun intellectuel (et donc historien) n'ose se réclamer de droite, la droite a disparu des représentations, soit discréditée (pétainisme), soit en proie à des vagues à l'âme ("traversée du désert" du gaullisme). Il y avait donc une certaine audace, sinon une audace certaine à faire de la droite un objet d'histoire. R. REMOND a réécrit ce livre en 1982 pour l'intituler Les droites en France: il rend alors compte de l'évolution politique jusqu'en 1981. R. REMOND a dirigé en 1988 Pour une histoire politique: l'attention renouvelée portée à l'évènement vise à rappeler le poids de la contingence et de l'imprévisible en histoire. Dans le recueil d'articles La politique est-elle intelligible? (1999), il revient notamment sur le sens de la distinction droite-gauche. Dans La politique n'est plus ce qu'elle était (2001), il propose une analyse de la crise politique qu'il fait commencer à la perte de l'idéal révolutionnaire par la gauche (1981-1983).
Jean-François SIRINELLI a dirigé une Histoire de la droite en France (1992, 3 volumes).
Ces deux synthèses marquent la renaissance de l'historiographie politique dans les années 1980. René REMOND a été professeur à Sciences Po, Jean-François SIRINELLI l'est, R. REMOND a été directeur de la FNSP (Fondation nationale des Sciences Politiques), J.-F. SIRINELLI l'est. Ce-dernier a soutenu sa thèse (primée, publiée) sur Génération intellectuelle: khâgneux et normaliens dans l'entre-deux-guerres (1988); il a aussi écrit Intellectuels et passions françaises: Manifestes et pétitions au XXe siècle (1990, réé. 1996).
J.-F. SIRINELLI se distingue par une approche plus culturelle de l'histoire du politique. Cf. son article "Pour une histoire culturelle du politique", in Serge BERSTEIN et Pierre MILZA, sous la dir., Axes et méthodes de l'histoire politique (1998).
La revue Vingtième Siècle est représentatrice de ce courant (histoire politique selon une approche culturelle).

Un lieu: Sciences Po.
_Citez un historien révisionniste.
François FURET est un historien "révisionniste" par rapport à la vision marxiste (ou jacobine) de la Révolution française. Il critique notamment la notion de "révolution bourgeoise". Son interprétation repose sur une autonomie du politique par rapport au social.
_Donnez le nom d'un négationniste.
Robert Faurisson, maître de conférences en littérature française du XXe siècle, distribue le 25 mai 1978 un polycopié comprenant notamment ce passage: "
Cette prétendue tentative de génocide et ces prétendues chambres à gaz ne sont qu'une seule et même invention de propagande de guerre. Cette invention est d'origine essentiellement sioniste". Pierre VIDAL-NAQUET a participé à la réfutation de ce discours (avec Nadine FRESCO et Alain FINKELKRAUT, L'avenir d'une négation, 1982). Je renvoie au site de Michel Fingerhut et à celui de la PHDN pour les mises au point nécessaires. R. Faurisson avait aussi remis en cause l'authenticité du Journal d'Anne Franck, qui a été rétablie par l'Institut national néerlandais pour la documentation de guerre, appuyé par le laboratoire néerlandais de sciences médico-légal, en 1981.
_Qui a dirigé Les lieux de mémoire?
Pierre NORA a dirigé Les lieux de mémoire, 3 tomes, 7 volumes, édités de 1984 à 1992. Il est aussi le cofondateur et l'actuel directeur de la très bonne revue Le Débat. Il est immortel depuis 2001.
_Citez un historien spécialiste des animaux.
Michel PASTOUREAU, Les animaux célèbres (2002).
Eric BARATAY, Et l'homme créa l'animal, Paris, Odile Jacob, 2003, 384 pages.
_Citez un historien des couleurs.
Michel PASTOUREAU, Bleu: histoire d'une couleur (2000).
_Un historien du temps présent?
François BEDARIDA, fondateur de l'IHTP (Institut d'Histoire du Temps Présent).
_Citez un historien spécialiste de Saint Augustin.
Henri-Irénée MARROU a soutenu en 1938 une thèse sur Saint Augustin et la fin de la culture antique; en 1950, il a écrit L'ambivalence du temps de l'histoire chez Saint Augustin.
_Citez un historien du culturel.
Michel VOVELLE, qui est aussi un historien spécialiste de la révolution, ainsi que de la mort: La mort et l'Occident, de 1300 à nos jours (1983, rééd. 2000), Mourir autrefois (1990), L'heure du grand passage: Chronique de la mort (1993), Les âmes du purgatoire (1996).
_Qui a écrit L'histoire en miettes?
François DOSSE a écrit L'histoire en miettes: des Annales à la Nouvelle Histoire (1987, rééd. 2005).
_Quel historien considère la guerre de Vendée comme un "génocide franco-français"?
Pierre CHAUNU écrit dans le quotidien catholique La Croix, le 29 juin 1986: "nous n'avons jamais eu l'ordre écrit de Hitler concernant le génocide juif, nous possédons ceux de Carrère et de Carnot relatifs à la Vendée". A l'origine, P. CHAUNU recherchait principalement la provocation. Mais il semble avoir été pris au mot par certains. Emmanuel LE ROY LADURIE reprend ce terme dans un article du Figaro littéraire en juin 1999, ce qui ne m'étonne pas de lui. Je persiste à penser qu'on ne peut pas parler de génocide avant le XXe siècle, notamment parce qu'un génocide suppose un stade de développement de l'Etat qui n'est pas atteint auparavant. D'autres termes existent, sont utilisables, ont leur pertinence au regard de l'époque et de son contexte, tel massacre de masse.
_Qui a écrit Apologie pour l'histoire?
Marc BLOCH, en 1941-2; le texte a été publié à titre posthume en 1959 par Lucien FEBVRE.
_Qui a écrit Le goût pour l'archive?
Arlette FARGE, en 1989.
_Qui a dirigé l'Histoire de la France rurale?
George DUBY (1919-1996), en 1975. Il a soutenu en 1953 une thèse sur la société aux XIe et XIIe siècles dans la région mâconnaise. Il a aussi publié L'économie rurale et la vie des campagnes dans l'Occident médiéval (1962), Guerriers et paysans (1973), Le dimanche de Bouvines (1973), Le temps des cathédrales (1976), etc.
_Citez un historien démographe?
Philippe ARIES, qui a lancé aussi l'histoire des mentalités (L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime, 1960), et qui a été considéré comme le "Darwin de la mort" parce qu'il a retracé l'évolution de la mort dans les mentalités comme Charles Darwin a retracé l'évolution des espèces: Essais sur l'histoire de la mort en Occident du Moyen Age à nos jours (1975), L'homme devant la mort (1977).
Emmanuel TODD bien sûr, qui a coécrit avec Hervé LE BRAS L'invention de la France, en 1981.
_Quel historien a écrit sur Le siècle de Louis XV?
Pierre GAXOTTE, en 1933 (il a écrit un Louis XV en 1982). Cet académicien (1895-1982) était un historien conservateur (sinon plus ...) qui, dans La Révolution française (1928) propose un rapprochement accusateur entre la Révolution française et la Révolution bolchevique. Ce maurrassien (il fut un temps le secrétaire de Ch. Maurras) écrivait en 1938 dans Je suis partout: "il n'y a plus, à nos yeux, que deux partis: ceux qui sont pour la France, et ceux qui sont pour la guerre".
_Citez un historien de l'économie.
Ernest LABROUSSE (1895-1988), qui est connu pour ses deux livres majeurs, Esquisse du mouvement des prix et des revenus au XVIIIe siècle (1933) et La Crise de l'économie française à la veille de la Révolution (1944).
Citer un historien de l'économie vivant est un peu plus difficile aujourd'hui que cette orientation a perdu de sa visibilité.
Hubert BONIN est un spécialiste de l'histoire bancaire, financière et de l'histoire des entreprises, notamment outre-mer. Sa thèse porte sur la Banque nationale de crédit: évolution et rôle économique de 1913 à 1932 (soutenue en 1978, publiée en 2002).
Christophe LASTECOUERES s'est spécialisé dans l'histoire bancaire et des entreprises. Sa thèse, primée, porte sur l'Apogée et déclin d'un territoire bancaire: les banques locales et la Banque de France face aux mutations du système du crédit dans la région bayonnaise (1848-1930), soutenue en 2002, a été publiée en mars 2006 aux éditions du CTHS.
_Connaissez-vous une revue d'histoire immédiate?
Les Cahiers d'histoire immédiate sont une revue bisanuelle créée en 1991 par le Groupement de Recherche en Histoire Immédiate (GRHI) de Toulouse. Pour l'histoire immédiate, penser à Jean-François SOULET.
_Quel livre a écrit Ernst NOLTE?
Ce professeur d'histoire moderne (né en 1923; donc il a connu la Seconde Guerre mondiale) est connu pour son livre La guerre civile européenne, 1917-1945 (1987 en Allemagne, 2000 seulement en France).
La "querelle des historiens" (die Historikerstreit) est née un an plus tôt d'un article qu'écrit E. NOLTE dans la FAZ (die Frankfurter Allgemeine Zeitung, grand quotidien conservateur et libéral de référence) du 6 juin 1986, intitulé "Un passé qui ne veut pas passer". Le 11 juillet 1986, le philosophe allemand Jürgen HABERMAS (une grande figure intellectuelle en Allemagne) réplique: pour qu'il y ait travail de deuil, encore faudrait-il que les Allemands reconnaissent leur culpabilité. Dès lors, la polémique est lancée.
Ernst NOLTE est critiquable en ce qu'il place les crimes nazis comme une réponse, imitation, émulation des crimes soviétiques, qu'il juge antérieurs (au passage, Pierre Drieu la Rochelle écrivait sensiblement la même chose dès 1940). Pour E. NOLTE, Auschwitz est une imitation du goulag (comme il l'écrit en 1986). Il présente les Juifs comme les ennemis organisés d'A. Hitler. Enfin, il considère qu'il y a un "noyau rationnel" dans le génocide nazi. Autant d'arguments qui peuvent être lus comme une tentative de banalisation du nazisme.
La querelle des historiens oppose grosso modo des générations (ceux nés avant la guerre, ceux nés après) et des schémas partisans (historiens de droite contre ceux de gauche).
Cette même dimension partisane se retrouve dans la "querelle française" qui fait suite à l'introduction de Stéphane COURTOIS dans Le livre noir du communisme: crimes, terreur, répression (1998, pendant le procès Papon): cet auteur envisage le communisme comme criminel par nature. Il a été désavoué par Nicolas WERTH notamment, ce qui est en soi une indication.
_Citez un livre écrit par Carlo GINZBURG?
Carlo GINZBURG a notamment écrit Le fromage et les vers: l'univers d'un meunier du XVIe siècle (1980). Il est l'un des représentants de la micro-histoire avec Giovanni LEVI et Jacques REVEL.
_Citez un historien des médias.
Marc FERRO.
_Citez un historien de l'Autriche.
Jean-Paul BLED, historien conservateur (souverainiste), captivant lors de ses cours au défunt Centre d'Etudes Germaniques de Strasbourg. Désormais professeur à Paris IV, il dirige aussi la revue Etudes danubiennes. Le grand public connaît de lui une Histoire de Vienne (1998) et une biographie de Marie-Thérèse d'Autriche (2001).
_Quel historien a soutenu une thèse sur Philippe II et la Franche-Comté?
Lucien FEBVRE, en 1911.
_Citez un historien des Etats-Unis.
André KASPI.
_Un historien spécialiste du gaullisme?
Jean TOUCHARD, Le gaullisme, 1940-1969 (1970). Cet historien des idées politiques considère à juste titre que le gaullisme s'arrête en 1969, avec la démission de Charles De Gaulle. N'en déplaise à René REMOND qui considère le RPR de Jacques Chirac comme gaulliste.
_Connaissez-vous un historien du Burundi?
Jean-Pierre CHRETIEN est un historien spécialiste du Rwanda et du Burundi. Il a notamment écrit Le défi de l'ethnisme: Rwanda et Burundi, 1990-1996 (1997), l'Afrique des Grands lacs: 2000 ans d'histoire (2000), Burundi, la fracture identitaire: logiques de violences et certitudes (2002).
Christian THIBON est un historien démographe qui s'est d'abord spécialisé sur les populations pyrénéennes (Les Pyrénées audoises au XIXe siècle: les villages et l'Etat, version publiée de sa thèse, 1988) puis sur la population burundaise (Histoire démographique du Burundi, 2004).
_Qui se considérait comme un "historien du dimanche"?
Philippe ARIES.
_Citez un historien des anciens combattants.
Antoine PROST a soutenu une thèse sur Les anciens combattants et la société française, 1914-1939 (1977).
_Citez un historien des prostituées.
Alain CORBIN, Les filles de noce: misère sexuelle et prostitution aux XIXe et XXe siècles (1978).
_Citez un historien de l'armée française.
Philippe MASSON, Histoire de l'armée française de 1914 à nos jours (1999).
_Citez un historien du monde rural.
Marc BLOCH, Les caractères originaux de l'histoire rurale française (1931).
Maurice AGULHON, La République au village: les populations du Var de la Révolution à la Seconde République (thèse, 1969).
Alain CORBIN, Archaïsme et modernité en Limousin au XIXe siècle, 1845-1880 (thèse, 1975).
_Citez un historien du religieux.
Gérard CHOLVY, Christianisme et société en France au XIXe siècle, 1790-1914 (2001).
_Un spécialiste de l'histoire du goût?
Jean-Paul ARON a analysé Le mangeur du XIXe siècle (1990).
_Citez un historien de l'Algérie.
Benjamin STORA.
_Qui a écrit Le pain et le cirque?
Paul VEYNE.
_Citez un historien spécialiste du Second Empire.
Jean-Claude YON.
_Citez un historien spécialiste de Jean Jaurès.
Madeleine REBERIOUX.
_Citez un historien de l'éducation.
Antoine PROST.
_Quel historien a proposé une Esquisse des prix et des revenus en France au XVIIIe siècle?
Ernest LABROUSSE (1895-1988), en 1933.
_Citez un historien de la famille.
Philippe ARIES.
Catherine KLAPISCH-ZUBER.
_Citez un historien des femmes et du genre.
Michelle PERROT: Les femmes ont-elles une histoire? (1973), Une histoire des femmes est-elle possible? (1977), Une histoire sans les femmes est-elle possible? (1998, sous sa dir.). L'histoire des femmes a d'abord été une histoire sociale avant de s'orienter vers une histoire des représentations.
Françoise THEBAUD a dirigé le tome 5 de l'Histoire des femmes en Occident, le XXe siècle (sous la direction générale de Georges DUBY et Michelle PERROT).
Florence ROCHEFORT est spécialiste de l'histoire des féminismes.
La revue Clio: Histoire, femmes et sociétés se propose de diffuser les recherches récentes en France et à l'étranger sur l'histoire des femmes et du genre. Cette revue est dirigée par Françoise THEBAUD et Michelle ZANCARINI-FOURNEL.
_Qui a écrit Les Trois ordres, ou l'imaginaire du féodalisme?
Georges DUBY, en 1978.
_Qui a dirigé l'Histoire de la population française?
Jacques DUPAQUIER, en 1988. Cet historien démographe a aussi collaboré à l'Histoire des populations de l'Europe, tome 3: de 1919 à 1999 (1999).
_Qui a écrit Une histoire de la sexualité?
Michel FOUCAULT, en 1976.
_Quel historien a étudié le diable?
Robert MUCHEMBLED est spécialiste de la sorcellerie (La sorcière au village, XVe-XVIIIe siècle, 1991) et du/ des diables (Une histoire du Diable, XIIe-XXe siècle, 2000).
_Un historien de l'immigration en France?
Gérard NOIRIEL, Le creuset français: histoire de l'immigration en France, XIXe et XXe siècles, 1988.
Ralph SCHOR, L'opinion française et les étrangers: 1919-1939 (1985), Histoire de l'immigration en France de la fin du XIXe siècle à nos jours (1996).



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mardi 7 juin 2005

Reviser l'ESD: Qui a dit ... ? Qui a ecrit ...?

_Quel géographe parle du paysage comme d'un palimpseste?
Roger BRUNET, dans Mondes nouveaux, Géographie Universelle, 1990. L'expression a été critiquée par Guy DI MEO (Géographie sociale et territoire, 1998): selon lui, les temporalités passées ne doivent pas être considérées seulement comme un héritage. Plutôt, il convient d'envisager les rapports des différents temps du passé dans la construction du territoire d'aujourd'hui.

_Qui a dit "la nature propose, l'homme dispose"?
Charles DARWIN. L'expression a été reprise par les géographes pour synthétiser une phrase de Lucien FEBVRE. Dans La Terre et l'évolution humaine: introduction géographique à l'histoire, 1922, il entreprend de systématiser la pensée de Paul VIDAL DE LA BLACHE en un "possibilisme" qu'il oppose au déterminisme étroit entre le politique et le sol qu'il découvre à la lecture de Friedrich RATZEL.

_Qui a écrit l'Impossible Tableau géographique de la France?
Georges BERTRAND. Dans ce qui se veut un clin d'oeil au Tableau géographique de la France que Paul VIDAL DE LA BLACHE écrit en 1905 pour l'Histoire de France d'Ernest LAVISSE, Georges BERTRAND écrit en 1975 cette introduction à l'Histoire de la France rurale dirigée par Georges DUBY.

_Qui a inventé le concept de "lutte des classes"?
François GUIZOT, dans son Histoire de la civilisation en Europe depuis la chute de l'empire romain jusqu'à la Révolution française (1828). Ce sont d'abord les historiens libéraux (Augustin THIERRY, François-Auguste MIGNET, F. GUIZOT donc, et Adolphe THIERS) qui ont utilisé ce concept comme d'une clé permettant de comprendre l'histoire de France et, plus généralement, des pays européens. L'originalité de Karl MARX tient donc plutôt dans ce qu'il fait des "changements du mode matériel de production" la cause des "changements dans les rapports sociaux".

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dimanche 5 juin 2005

Epreuve sur dossier : la foire aux 70 questions de reprise

NB: les réponses ne sont que des propositions, en aucun cas des modèles.

1_Quelle(s) différence(s) faites-vous entre ethnie et nation?
Deux réponses sont envisageables.
~Pour l'africaniste (marxiste) Michel CAHEN, il n'y a pas de différence conceptuelle entre nation et ethnie, malgré l'évidente et fréquente hiérarchisation sémantique entre les deux. Les deux peuvent donc être définies comme un ensemble de personnes ayant une histoire, une langue, une culture, des traditions communes et le désir de vivre ensemble.
L'ethnie revêt en France une mauvaise connotation pour deux raisons: à un extrême, les Européens ont longtemps envisagé le tribalisme et l'ethnisme comme des stades arriérés de l'évolution communautaire (absence d'Etat) alors que la nation symboliserait la modernité indépassable et la communauté idéale. D'un autre côté, les marxistes, en France en particulier, ont contribué à diaboliser l'emploi du référent ethnique, parce qu'il a été manipulé par le colonialisme puis l'impérialisme. Selon ce point de vue marxiste, l'ethnie est un carcan oppressif. Le problème, c'est que sur le terrain, de nombreux Africains se revendiquent de telle ou telle ethnie, que l'ethnisme peut être un facteur de libération. Les historiens ont bien montré qu'il n'existe pas d'ethnie primordiale. D'un point de vue historique, l'identité est donc une trajectoire et non un état; mais d'un point de vue politique et culturel, l'identité est un état. L'historien a beau jeu de rappeler par exemple que les différentiations entre Hutus et Tutsis ont été largement fabriqués par le colonisateur afin d'asseoir sa domination; il n'en reste pas moins que les populations se sont appropriées ces identités ethniques, qu'elle fait sens à leurs yeux, qu'elles en jouent.
~Pour Dominique SCHNAPPER (sociologue, membre du Conseil Constitutionnel, par ailleurs la fille de Raymond ARON), l'ethnie est un concept différent de celui de nation. L'ethnie correspond à une formation communautaire pré-nationale. Elle réserve le terme de nation aux sociétés dans lesquelles les particularismes (culturels, ethniques, historiques, religieux ...) sont transcendés par la politique. La nation suppose un territoire (= un espace délimité) et une communauté de citoyens (titre d'un de ses livres, excelllent au demeurant). La nation suppose la transcendance que permet la citoyenneté. L'auteure cherche ainsi à revaloriser la nation civique, rapidement jugée après 1945 responsable de la montée aux extrêmes.

2_La Suisse est-elle une nation?
Quatre langues sont parlées en Suisse, donc ce n'est pas une nation dans son acception ethno-culturelle (conception allemande, droit du sang, même langue, cf. Theodor MOMMSEN); par contre, la Suisse est une nation dans son acception civique (conception française, droit du sol, volonté de vivre ensemble, cf. Ernest RENAN et D. SCHNAPPER).

3_Du nationalisme au colonialisme: évolution logique ou accidentelle?
Dans le cas français, le colonialisme du XIXe siècle peut être considéré comme un exutoire du nationalisme: pour Jules FERRY et Léon GAMBETTA, la colonisation est une "oeuvre civilisatrice", qui relève du devoir d'une grande nation, qui correspond au génie de la France. L. GAMBETTA y voit un moyen pour la France de retrouver sa grandeur après l'humiliation de 1870.
Pour autant, un républicain attaché à l'idée nationale comme Georges CLEMENCEAU est opposé à la colonisation.
D'autres nationalistes privilégient la revanche, sur le continent européen, contre l'Allemagne, et voient dans l'empire colonial une entreprise de diversion.

4_Quel regard porte aujourd'hui l'histoire sur le nationalisme?
Les historiens s'accordent pour faire du nationalisme une construction identitaire. Cf. Benedict ANDERSON: il considère les nations comme des "communautés imaginaires" (titre d'un de ses ouvrages, convaincant, perspective wébérienne), où le lien entre les individus passe par l'abstraction. Exemple: Bretons et Corses ont accepté de se battre en 1914 sur la base d'un lien imaginaire, quand bien même ils ne se connaissaient pas et ne parlaient pas la même langue.

5_Distinguez nationalisme, patriotisme et citoyenneté.
Il y a une différence de connotations entre nationalisme et patriotisme: le nationalisme, parce qu'il revendique une indépendance, un Etat-nation, peut manifester un sentiment de supériorité, de repli sur soi, de xénophobie. Le patriotisme est connoté positivement: c'est l'amour de la patrie. Charles De Gaulle ne disait pas autre chose: "Le patriotisme, c'est aimer son pays. Le nationalisme, c'est détester celui des autres".
La citoyenneté n'est pas un sentiment, c'est d'abord un statut juridique (droits, devoirs, libertés), éventuellement une attitude (participation à la vie de la société).

6_Distinguez civilité, civisme et citoyenneté.
La citoyenneté consiste en l'exercice de droits, devoirs et libertés; le civisme, c'est accomplir ses devoirs de citoyen; la civilité consiste à respecter autrui pour favoriser des rapports harmonieux entre citoyens. En somme, avoir un comportement citoyen suppose de faire preuve de civisme et de civilité.

7_Le nationalisme a-t-il disparu des programmes du secondaire?
L'enseignement