Resume: Paul Claval, Histoire de la geographie.
Paul CLAVAL, Histoire de la géographie, Paris, PUF, Que sais-je?, 2004 (1995), 128 pages.

Chaque résumé est personnel, et rien ne remplace la lecture d'un livre: ceci dit, si cette proposition de résumé du Que sais-je? de P. CLAVAL peut être utile à certains, notamment celles et ceux qui préparent l'ESD sans avoir accès à des bibliothèques universitaires, tant mieux. L'avantage des Que sais-je?, c'est qu'ils se lisent rapidement. Richard KLEINSCHMAGER racontait, pendant un séminaire sur la géographie politique à l'Institut d'Etudes Politiques de Strasbourg (année 1997-8), qu'un de ses anciens professeurs à l'IEP exigeait la lecture quotidienne d'un Que sais-je?. C'est en effet la meilleure façon, après la lecture quotidienne d'un journal conseillée déjà en son temps par Hegel, d'élargir sa culture générale, de tendre vers l'idéal montaignien de l'honnête homme.
Les peuples occidentaux n'ont pas le monopole de la géographie. L'ethnogéographie explore la manière dont les connaissances sont acquises et transmises selon les cultures. Se pencher sur l'histoire de la géographie comme discipline scientifique, c'est appliquer à une culture particulière, la civilisation occidentale, des démarches que l'on utilise généralement pour cerner les spécificités de sociétés étrangères. C'est accepter l'effort de décentrement qui relativise les certitudes.
Le travail du géographe est intimement lié à celui du cartographe puisque les deux partagent le souci de localiser ce dont ils rendent compte.
Les géographes observent et décrivent les réalités concrètes qu'ils voient dans le paysage.
La géographie doit être appréhendée comme une discipline scientifique, mais certains de ses aspects s'inscrivent plutôt dans la logique des genres littéraires.
Le propos de la géographie scientifique est de construire une image qui remplace les perceptions individuelles ou collectives et corrige leurs erreurs et leurs imperfections.
Ce qui intéresse alors les Grecs anciens, c'est la description de la Terre habitée, de l'oecoumène.
Les Romains ne retiennent guère de la géographie que son intérêt pratique. La réflexion théorique se poursuit cependant dans les milieux grecs de la moitié orientale de l'Empire.
L'évolution de la géographie grecque ne s'inscrit pas dans la logique d'accumulation des savoirs qui nous est familière -celle-ci ne s'affirme qu'avec la diffusion de l'écrit consécutive à l'invention de l'imprimerie. Durant l'Antiquité, des traditions peuvent se développer parallèlement durant des siècles sans interférer; les erreurs dénoncées ici continuent à être enseignées un peu plus loin.
En Chine, les fondements du savoir géographique sont élaborés presque au même moment que dans le monde méditerranéen: la cartographie repose sur la détermination de coordonnées depuis CHANG-HEN (78-139 AD); la première carte d'ensemble de la Chine est élaborée en 267. Il manque cependant à ce savoir le cadre théorique que les Grecs ont su imaginer.
Mythe biblique de la terre plate.
Au Moyen Age, le déclin du savoir géographique est profond.
La géographie arabe s'épanouit vraiment de 800 à 1050. Les instruments d'observation et de mesure progressent grâce au savoir-faire arabe, qu'enrichit celui tiré de l'Inde.
La boussole est transmise à l'Occident par les Arabes.
Conçus par et pour les marins, fondés sur l'utilisation du navire comme instrument de lever, les portulans améliorent la connaissance des littoraux. Ils ignorent l'intérieur des terres.
La théorie des climats prend sa forme moderne chez Jean BODIN (1530-1596).
Aux temps modernes, cartographie et géographie apparaissent indispensables au bagage des élites dirigeantes: leur enseignement est intégré dans le cursus des académies protestantes et dans celui des collèges jésuites.
La géographie du XVIIIe siècle milite pour la rationalisation de l'administration et cherche sur quels critères fonder les nécessaires découpages territoriaux. En un temps où les cours d'eau fournissent l'essentiel de l'énergie et des possibilités de transport lourd, Philippe BUACHE (1700-1773) souligne l'importance des bassins fluviaux et conseille de faire comprendre les limites des unités administratives avec les lignes d'interfluves. Sous son influence, la Constituante donne aux départements, qui remplacent les anciennes provinces, des noms de fleuves ou de montagnes.
La première carte topographique régulière est l'oeuvre de la dynastie des CASSINI: le lever de la carte se déroule de 1750 à la Révolution: l'échelle, 1/86400, la rend précieuse pour le tracé des routes ou la conduite d'opérations militaires.
Jean-Jacques ROUSSEAU rappelle que le regard géographique, c'est-à-dire l'aptitude à détecter des configurations qui n'apparaissent qu'en changeant d'échelles, ne prend tout son sens que s'il s'appuie sur l'expérience directe du terrain.
Emmanuel KANT attribue à l'histoire et à la géographie des finalités différentes de celles des autres disciplines: leur rôle est de saisir les structures temporelles et spatiales que révèle notre expérience. La géographie a pour mission première de saisir la différenciation régionale de la Terre. Cela ne l'enferme pourtant pas dans la description. Elle doit expliquer à la fois la spécificité de chaque partie de la Terre et la récurrence de certains thèmes.
La première société de géographie est fondée à Paris en 1820.
Alexandre de HUMBOLDT introduit la notion de milieu.
Carl RITTER.
C'est aussi grâce à RITTER et HUMBOLDT que les géographes apprennent à jouer systématiquement, dans leurs explications, sur la dialectique des échelles. La géographie qu'ils pratiquent systématise l'étude des rapports que les hommes tissent avec leur environnement.
Johann-Heinrich von THÜNEN.
Au lendemain de la défaite de 1870, Emile LEVASSEUR se voit confier une étude sur les causes de l'infériorité des officiers français face aux Prussiens. il incrimine l'enseignement des langues et celui de la géographie.
Dans l'optique darwinienne, la manière dont l'environnement façonne les groupes humains doit retenir particulièrement l'attention. Friedrich RATZEL franchit le pas en publiant l'Anthropogeographie, ou géographie humaine. Ainsi apparaît la distinction entre une géographie physique et une géographie humaine.
La géographie politique apparaît à F. RATZEL comme la part la plus originale dela géographie humaine des sociétés évoluées. Il lui consacre en 1897 sa Politische Geographie.
La géographie humaine se répand en France à partir de 1895, dans le groupe qui gravite autour de P. VIDAL DE LA BLACHE.
Pour certains, la prise en considération des formations végétales suffit à caractériser le milieu: c'est l'idée qui guide en France Henri GAUSSEN (1891-1981) et l'école toulousaine.
DE MARTONNE (1873-1955).
Theodore FISCHER (1846-1910) définit la spécificité des climats méditerranéens par la sécheresse de leurs étés.
Sous le nazisme, la géographie politique allemande emprunte au Suédois Rudolf KJELLEN (1846-1922) le terme de géopolitique.
Elisée RECLUS (1830-1905). L'Histoire d'un ruisseau (1869). Il lance, pour Hachette, la collection qui le rend célèbre: la Géographie universelle. De 1876 à 1890, il produit tous les ans un fort volume (800 pages environ).
Elisée RECLUS excelle dans la description. Il n'a jamais fait l'effort de systématiser la notion de région, et utilise selon les cas le cadre des bassins versants ou celui des circonscriptions administratives, mais il a une conscience nette des contrastes majeurs à l'intérieur des espaces qu'il décrit, donne aux villes une place importante dans son analyse, et se montre très sensible à la diversité du peuplement.
Dans les dernières années de son existence, E. RECLUS compose, à partir de son enseignement, les 5 volumes de L'Homme et la Terre.
Paul VIDAL DE LA BLACHE (1845-1918).
La défaite de 1870 suscite en France, à la suite du rapport Pierre LEVASSEUR, la politique de promotion de la géographie.
P. VIDAL DE LA BLACHE retient des travaux de P. LEVASSEUR et des cartographes de la population une idée simple: la géographie a pour but d'expliquer l'inégale répartition des hommes à la surface de la Terre, et de rendre compte, pou reprendre l'expression de P. LEVASSEUR qu'il fait sienne, des formations de densité. Les densités expriment les rapports que les hommes nouent avec leur environnement, et la place qu'ils accordent à la vie de relation et à la circulation..
Les groupes réagissent aux contraintes par les genres de vie qu'ils développent: voilà le second élément clef de la pensée vidalienne. Il permet de mesurer la pesée de l'environnement, mais aussi de montrer qu'elle n'est pas immuable: de nouveaux genres de vie rendent parfois féconds des environnements qu'on ne savait pas exploiter. Face au déterminisme qu'affichait parfois F. RATZEL, P. VIDAL DE LA BLACHE se veut possibiliste comme le montre Lucien FEBVRE (1876-1956) dans le commentaire qu'il fait de l'oeuvre du maître dans La Terre et l'évolution humaine, en 1922.
P. VIDAL DE LA BLACHE lance en 1892 la revue Annales de géographie.
Elie de BEAUMONT (1798-1874).
C'est à travers le Tableau de la géographie de la France, publié en 1903, que la géographie régionale vidalienne achève de se constituer: elle repose sur l'analyse des aptitudes naturelles et sur la description des genres de vie conduites à l'échelle des unités territoriales homogènes de base, mais ne se laisse jamais enfermer dans des limites strictes. P. VIDAL DE LA BLACHE est très sensible à la dialectique des échelles. C'est elle qui le conduit, à la fin des années 1900 et dans les années 1910, à prolonger son analyse pour l'adapter aux régions industrielles et urbaines qui sont en train de naître (cf. La France de l'est, 1917, notamment). Les échanges y tiennent une place plus importante que dans le monde traditionnel. Ils sont commandés par les grandes villes: P. VIDAL en vient à privilégier les faits de nodalité, et à lier région économique et métropole régionale.
Albert DEMANGEON (1872-1940); Jules SION (1880-1940).
L'école française de géographie prend corps au cours de la première décennie du XXe siècle. Elle néglige curieusement certaines des orientations les plus originales de la pensée vidalienne, les développements relatifs aux régions urbaines ou industrielles, et la géographie politique en particulier. La dialectique des échelles est vite négligée par des auteurs qui ont tendance à s'enfermer dans l'espace qu'ils ont choisi.
Lucien GALLOIS (1857-1941); Jean BRUNHES (1869-1930).
L'économie économique, considérée comme un genre mineur ignore l'économie spatiale, même en Allemagne. La première brèche dans cette barrière est ouverte par Walter CHRISTALLER (1893-1969), dont la théorie des lieux centraux (1933) éclaire la localisation des activités de service. L'ouvrage n'a guère d'écho immédiat en Allemagne, et il est ignoré durant plus de vingt ans à l'étranger à cause du nazisme, de la guerre et des compromissions successives de W. CHRISTALLER avec le régime hitlérien et les occupants soviétiques.
Géographie politique: amiral américain A. MAHAN (1841-1914); l'Anglais MACKINDER (1861-1947); la géopolitique allemande avec Karl HAUSHOFER (1869-1946).
Géographie rurale: Marc BLOCH (1886-1940); Roger DION (1896-1981).
Une autre spécialisation s'esquisse entre les deux guerres mondiales: la géographie tropicale. Son but est de souligner les contraintes qui naissent du rythme des saisons, des précipitations et des températures dans les pays chauds. Pierre GOUROU (1900-2000). Surtout en Allemagne et en France.
A partir des années 1950, le renouvellement de la géographie provient de plus en plus des programmes développés dans les universités des Etats-Unis, de Grande Bretagne et, dans une moindre mesure, de l'Europe du Nord. Cela tient évidemment au rôle accru du monde anglo-saxon dans tous les domaines de la vie internationale, sciences comprises. Cela témoigne aussi des conditions qui prévalent sur les campus anglais ou américains: les idées nouvelles y trouvent un écho immédiat parmi les groupes de jeunes chercheurs qui préparent leurs thèses.
Ce changement de style trouve un théoricien, Thomas KUHN: pour lui, la science voit se succéder des périodes de "science normale" et des "révolutions scientifiques". Durant la première moitié du siècle, un accord quasi général avait fait accepter par les différentes écoles nationales une famille de paradigmes voisins. Ils ne répondent plus aux problèmes auxquels se heurte la recherche. De nouvelles voies sont explorées. Dans les années 1970 le tableau se brouille, car les crises et les révolutions se multiplient au point de perdre leur sens.
Ce que les hommes d'action demandent, ce sont des outils efficaces de planification économique et spatiale.
Depuis le début du XIXe siècle, la géographie se veut explicative, mais en mettant l'accent sur les relations hommes/ milieux, elle s'est condamnée à ne pas déboucher sur des lois générales, celles qui permettent la prévision. telle est la cause du malaise qui taraude la discipline dans les années 1950, et de l'écho qu'y trouve brusquement l'économie spatiale.
La Seconde Guerre mondiale conduit à transposer au monde social des procédures développées par les ingénieurs. Les progrès dans la connaissance des systèmes oscillants fait comprendre le jeu des boucles de rétroaction (ou feed-backs) qui assurent souvent leur régulation. Cf. les expressions de cercles vertueux ou vicieux.
Les géographes s'attendent à trouver un ordre dans le réezl. pour le découvrir, ils sont prêts à faire confiance aux mathématiques.
Les moyens d'acquisition des données s'enrichissent aussi. la Première Guerre mondiale avait vu se développer l'utilisation des photographies aériennes. Leur emploi se systématise à l'occasion du second conflit. Les planches en infrarouge complètent les séries normales. Les images radar percent les couverts nuageux. La mise au point de satellites d'observation conduit à une couverture de plus en plus régulière de la Terre avec une résolution sans cesse améliorée, de l'ordre du mètre à peine pour les appareils les plus performants.
Le cercle de Vienne jette, dans le courant des années 1920, les bases d'une nouvelle conception de la connaissance -on parle à son propos de néo-positivisme, ou de positivisme logique. L'idée que la science se contente d'obéir aux faits est abandonnée, et le jeu de l'hypothèse et de l'imagination dans la construction des objets scientifiques est souligné. Le savant met au point un raisonnement pour rendre compte du réel: cette construction théorique est tenue pour vraie tant qu'elle n'a pas été mise en défaut par l'expérience. Une hypothèse scientifique n'est donc recevable que si elle peut être mise à l'épreuve, que si elle est falsifiable (Karl POPPER).
Dans les années 1950, le département de géographie de l'Université du Washington, à Seattle, devient le grand foyer de l'innovation géographique.
Intérêt pour les modèles classiques de localisation: celui de von THÜNEN pour les activités agricoles, celui d'Alfred WEBER pour l'industrie, ceux d'August LÖSCH et de Walter CHRISTALLER pour les activités tertiaires. La théorie de la localisation fascine d'autant plus les géographes qu'elle répond exactement à ce qui leur est désormais demandé: elle autorise la prévision.
Au début des années 1960, le centre des nouvelles recherches se déplace vers les Universités du Middle West. Sous l'influence de Brian BERRY, progresse la connaissance des réseaux urbains, de la structure des villes et des oppositions sociales qui s'y développent. L'impact de la révolution automobile sur la forme des cités modernes est souligné.
L'expression de nouvelle géographie est popularisée par un article que Peter GOULD (1932-1998) rédige pour Harper's Magazine en 1968.
En France, les orientations nouvelles sont présentes dès le début des années 1960, mais elles restent minoritaires jusqu''en 1968. Contexte d'un plaidoyer pour la géographie appliquée (PHLIPPONEAU, né en 1921), d'une attention portée aux conflits villes-campagnes autour de Pierre GEORGE (né en 1909). L'apport original de la nouvelle géographie se situe dans le domaine de l'organisation de l'espace (Paul CLAVAL).
Le bilan de la nouvelle géographie est positif à bien des points de vue. La géographie cesse d'être considérée comme une science naturelle même lorsqu'elle traite de réalités sociales, culturelles ou économiques. Elle se rapproche des sciences sociales. Les recherches progressent rapidement dans le domaine urbain et industriel, jusque là négligé; les géographes sont capables de rendre compte de l'élargissement des aires suburbaines, de l'apparition de villes multipolaires et de la tendance à la rurbanisation au moment même où ces tendances s'affirment; le recours aux méthodes statistiques et au traitement mathématique des données devient systématique.
Cependant: on oublie la dimension symbolique de la ville, on se prive des moyens de rendre compte de ses paysages et de son aspect monumental. La géographie reste incapable de proposer des schémas alternatifs à ceux dominants, à dire comment les distributions socio-spatiales peuvent être modifiée.
Certains chapitres de la géographie sont laissés à l'abandon: il en va ainsi des structures agraires et de la géographie historique, jugées trop passéistes, ou de la géographie culturelle, qui paraît condamnée à l'heure où la diffusion de types de comportement inspirés du modèle américain se généralise. La géographie physique n'a plus le vent en poupe. Elle avait attiré beaucoup de jeunes chercheurs au début des années 1950, grâce à la géomorphologie climatique, mais les ambitions de celle-ci apparaissent vite exagérées. La nouvelle géographie physique se caractérise par le recours systématique aux simulations de laboratoire, à l'expérimentation et aux méthodes mathématiques: ceci favorise la géomorphologie et la climatologie dynamique. La biogéographie prospère aussi.
Avec les années 1970 apparaissent les contestations, en l'espèce la géographie radicale et la géographie humaniste.
Le courant radical travaille surtout sur la ville.
Se développe aussi l'idée d'appliquer la théorie des systèmes à la géographie (géographie systémique). Ce mouvement se développe en URSS et en Occident, et critique le type d'explication causale qui prévaut en géographie depuis la fin du XIXe siècle.
Les hommes ne prennent pas leurs décisions en fonction de ce qu'est le monde, mais en raison de l'image qu'ils s'en font: c'est la leçon de Kenneth BOULDING dans The Image (1956).
Eric DARDEL (1900-1968): historien et géographe, enseignant dans le secondaire, il publie L'Homme et la Terre en 1952. Protestant convaincu, E. DARDEL puise son inspiration dans sa foi et dans l'ethnologie. Pour lui, la géographie n'a pas pour but de décrire la Terre, mais de montrer comment l'homme y inscrit son existence (géographicité) et lui donne un sens en modelant des territoires qu'il investit de valeurs. La géographie sort du domaine des sciences exactes. Elle n'est plus une science sociale, au sens habituel du terme. Ell est une méditation sur le destin des individus et des groupes.
Yi-fu TUAN (né en 1930) oriente la géographie vers une approche phénoménologique. Beaucoup de géographes de conviction religieuse, gênés par les présupposés de la nouvelle géographie, emboîtent le pas. Dans un article de 1976, Yi-fu TUAN parle de géographie humaniste pour désigner le nouveau courant.
Les thèmes qu'aborde le courant humaniste sont variés. Dans le monde anglo-saxon, c'est au sens des lieux, ou à la notion de personnalité géographique que l'on s'attache. Pour comprendre la diversité des expériences que l'on peut avoir de l'espace, les témoignages littéraires sont également explorés. En dehors du monde anglo-saxon, l'itinéraire suivi par les tenants de la géographie humaniste est souvent différent. En France, Armand FREMONT (né en 1933) tire de sa passion pour l'écriture, et de son goût pour les romans, une théorie de l'espace vécu.
L'usage du terme de postmodernisme se généralise à la fin des années 1960, au moment où un nouveau type d'achitecture se définit en réaction contre l'architecture internationale qui dominait depuis les années 1930, et prétendait représenter la forme définitive au-delà de laquelle l'évolution n'était plus possible.
Un certain nombre de philosophes, LYOTARD par exemple, estiment que les discussions qui se sont développées en architecture reflètent une transformation plus profonde. A cause de la mobilité accrue et des nouvelles facilités de communication, le monde évolue: les tensions de classes sont remplacées par des luttes pour les biens de prestige ou l'accès à la culture. C'est cela qui donne à l'espace un rôle croissant dans la société contemporaine. La géographie est plus pertinente que jamais.
Les études d'environnement avaient pratiquement disparu de la géographie physique durant les années 1960. Evolution dans les années 1980. L'intérêt pour la géomorphologie dynamique conduit à s'intéresser de manière plus sytématique au couvert végétal et aux sols (Jean TRICART notamment). Sous l'influence de la théorie des systèmes, Georges BERTRAND (né en 1935) tente de rebâtir la géographie physique sur de nouvelles bases.
A une géographie physique des moyennes se substituent des approches qui attachent une grande importance aux situations extrêmes. L'étude des risques et de leur perception devient un des chapitres clefs de la géographie.
L'impression, au cours des années 1960, que certains chapitres de la géographie physique étaient devenus presque indépendants du reste de la discipline s'est précisée.
Nouvelles techniques: télédétection; les systèmes d'information géographique (SIG) tirent parti des progrès de l'informatique pour mettre à disposition des bases de données: ils facilitent la prise en compte des situations complexes.
La crise de la géographie radicale: prolongeant la nouvelle géographie, son ambition était de formuler une théorie capable d'expliquer l'évolution du monde et de la prévoir, mais la théorie (marxiste) dont elle se réclame ne débouche pas sur le résultat escompté.
Renouveau des études régionales, qui avaient considérablement régressé depuis les années 1960. Un effort de réflexion les a modernisées en France (Roger BRUNET, né en 1931). L'optique de l'espace vécu éclaire la signification des articultions régionales. Classique en France depuis les travaux d'Armand FREMONT (1976), elle se diversifie avec les recherches d'Augustin BERQUE (né en 1942) sur le Japon (1982, 1986) ou celles de Joël BONNEMAISON (1940-1997) sur le Vanuatu (1986).
L'apport le plus fécond de la nouvelle géographie a été de compléter l'analyse des rapports des hommes et de l'environnement par celle des faisceaux de relations qu'ils tissent entre eux. L'économie spatiale avait l'accent sur les dépenses de transport: c'est le thème qui domine la plupart des recherches durant les années 1960. Après les mouvements matériels de biens et les déplacements de personnes, on s'intéresse à partir des années 1970 aux flux d'information, à la communication.
Comme les contacts sont nécessaires aux moments décisifs de l'élaboration des décisions, les états-majors des firmes ont tout intérêt à s'installer dans des centres assez peuplés pour disposer de relations aériennes directes avec tous les centres de contrôle et d'impulsion de l'économie mondiale: c'est le ressort de la métropolisation, à l'oeuvre depuis les années 1980. Village planétaire. L'évolution technique conduit à l'uniformisation rapide des outillages et des conditions de vie, et à la diffusion universelle des mêmes modes. Mais la culture ne repose pas seulement sur des bases matérielles: elle est faite d'habitudes, de préférences, de valeurs. L'universalisation actuelle est si rapide que les hommes réagissent devant ce qu'ils conçoivent comme un dépouillement par une réaffirmation de leur identité. La restructuration économique est donc corrélative d'une accentuation des différenciations culturelles. Les minorités s'accroissent, des diasporas se mettent en place, créant de nouvelles zones de tensions en particulier dans les grandes agglomérations.
Avec l'effondrement du bloc soviétique, la géographie politique fait un retour en force, autour notamment d'Yves LACOSTE (né en 1929) et de Paul CLAVAL en France.
Les transformations que connaît la géographie depuis les années 1980 reflètent l'ampleur des mutations qui affectent le monde: accroissement des menaces pesant sur l'environnement, mondialisation de l'économie, métropolisation accélérée, etc. La géographie est devenue plus modeste.
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