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lundi 22 août 2005

Resume: Paul Claval, Histoire de la geographie.

Paul CLAVAL, Histoire de la géographie, Paris, PUF, Que sais-je?, 2004 (1995), 128 pages.

Chaque résumé est personnel, et rien ne remplace la lecture d'un livre: ceci dit, si cette proposition de résumé du Que sais-je? de P. CLAVAL peut être utile à certains, notamment celles et ceux qui préparent l'ESD sans avoir accès à des bibliothèques universitaires, tant mieux. L'avantage des Que sais-je?, c'est qu'ils se lisent rapidement. Richard KLEINSCHMAGER racontait, pendant un séminaire sur la géographie politique à l'Institut d'Etudes Politiques de Strasbourg (année 1997-8), qu'un de ses anciens professeurs à l'IEP exigeait la lecture quotidienne d'un Que sais-je?. C'est en effet la meilleure façon, après la lecture quotidienne d'un journal conseillée déjà en son temps par Hegel, d'élargir sa culture générale, de tendre vers l'idéal montaignien de l'honnête homme.

Les peuples occidentaux n'ont pas le monopole de la géographie. L'ethnogéographie explore la manière dont les connaissances sont acquises et transmises selon les cultures. Se pencher sur l'histoire de la géographie comme discipline scientifique, c'est appliquer à une culture particulière, la civilisation occidentale, des démarches que l'on utilise généralement pour cerner les spécificités de sociétés étrangères. C'est accepter l'effort de décentrement qui relativise les certitudes.

Le travail du géographe est intimement lié à celui du cartographe puisque les deux partagent le souci de localiser ce dont ils rendent compte.
Les géographes observent et décrivent les réalités concrètes qu'ils voient dans le paysage.
La géographie doit être appréhendée comme une discipline scientifique, mais certains de ses aspects s'inscrivent plutôt dans la logique des genres littéraires.
Le propos de la géographie scientifique est de construire une image qui remplace les perceptions individuelles ou collectives et corrige leurs erreurs et leurs imperfections.

Ce qui intéresse alors les Grecs anciens, c'est la description de la Terre habitée, de l'oecoumène.

Les Romains ne retiennent guère de la géographie que son intérêt pratique. La réflexion théorique se poursuit cependant dans les milieux grecs de la moitié orientale de l'Empire.
L'évolution de la géographie grecque ne s'inscrit pas dans la logique d'accumulation des savoirs qui nous est familière -celle-ci ne s'affirme qu'avec la diffusion de l'écrit consécutive à l'invention de l'imprimerie. Durant l'Antiquité, des traditions peuvent se développer parallèlement durant des siècles sans interférer; les erreurs dénoncées ici continuent à être enseignées un peu plus loin.

En Chine, les fondements du savoir géographique sont élaborés presque au même moment que dans le monde méditerranéen: la cartographie repose sur la détermination de coordonnées depuis CHANG-HEN (78-139 AD); la première carte d'ensemble de la Chine est élaborée en 267. Il manque cependant à ce savoir le cadre théorique que les Grecs ont su imaginer.

Mythe biblique de la terre plate.

Au Moyen Age, le déclin du savoir géographique est profond.

La géographie arabe s'épanouit vraiment de 800 à 1050. Les instruments d'observation et de mesure progressent grâce au savoir-faire arabe, qu'enrichit celui tiré de l'Inde.

La boussole est transmise à l'Occident par les Arabes.
Conçus par et pour les marins, fondés sur l'utilisation du navire comme instrument de lever, les portulans améliorent la connaissance des littoraux. Ils ignorent l'intérieur des terres.

La théorie des climats prend sa forme moderne chez Jean BODIN (1530-1596).

Aux temps modernes, cartographie et géographie apparaissent indispensables au bagage des élites dirigeantes: leur enseignement est intégré dans le cursus des académies protestantes et dans celui des collèges jésuites.

La géographie du XVIIIe siècle milite pour la rationalisation de l'administration et cherche sur quels critères fonder les nécessaires découpages territoriaux. En un temps où les cours d'eau fournissent l'essentiel de l'énergie et des possibilités de transport lourd, Philippe BUACHE (1700-1773) souligne l'importance des bassins fluviaux et conseille de faire comprendre les limites des unités administratives avec les lignes d'interfluves. Sous son influence, la Constituante donne aux départements, qui remplacent les anciennes provinces, des noms de fleuves ou de montagnes.

La première carte topographique régulière est l'oeuvre de la dynastie des CASSINI: le lever de la carte se déroule de 1750 à la Révolution: l'échelle, 1/86400, la rend précieuse pour le tracé des routes ou la conduite d'opérations militaires.

Jean-Jacques ROUSSEAU rappelle que le regard géographique, c'est-à-dire l'aptitude à détecter des configurations qui n'apparaissent qu'en changeant d'échelles, ne prend tout son sens que s'il s'appuie sur l'expérience directe du terrain.

Emmanuel KANT attribue à l'histoire et à la géographie des finalités différentes de celles des autres disciplines: leur rôle est de saisir les structures temporelles et spatiales que révèle notre expérience. La géographie a pour mission première de saisir la différenciation régionale de la Terre. Cela ne l'enferme pourtant pas dans la description. Elle doit expliquer à la fois la spécificité de chaque partie de la Terre et la récurrence de certains thèmes.

La première société de géographie est fondée à Paris en 1820.

Alexandre de HUMBOLDT introduit la notion de milieu.
Carl RITTER.
C'est aussi grâce à RITTER et HUMBOLDT que les géographes apprennent à jouer systématiquement, dans leurs explications, sur la dialectique des échelles. La géographie qu'ils pratiquent systématise l'étude des rapports que les hommes tissent avec leur environnement.
Johann-Heinrich von THÜNEN.

Au lendemain de la défaite de 1870, Emile LEVASSEUR se voit confier une étude sur les causes de l'infériorité des officiers français face aux Prussiens. il incrimine l'enseignement des langues et celui de la géographie.

Dans l'optique darwinienne, la manière dont l'environnement façonne les groupes humains doit retenir particulièrement l'attention. Friedrich RATZEL franchit le pas en publiant l'Anthropogeographie, ou géographie humaine. Ainsi apparaît la distinction entre une géographie physique et une géographie humaine.
La géographie politique apparaît à F. RATZEL comme la part la plus originale dela géographie humaine des sociétés évoluées. Il lui consacre en 1897 sa Politische Geographie.

La géographie humaine se répand en France à partir de 1895, dans le groupe qui gravite autour de P. VIDAL DE LA BLACHE.

Pour certains, la prise en considération des formations végétales suffit à caractériser le milieu: c'est l'idée qui guide en France Henri GAUSSEN (1891-1981) et l'école toulousaine.
DE MARTONNE (1873-1955).
Theodore FISCHER (1846-1910) définit la spécificité des climats méditerranéens par la sécheresse de leurs étés.

Sous le nazisme, la géographie politique allemande emprunte au Suédois Rudolf KJELLEN (1846-1922) le terme de géopolitique.

Elisée RECLUS (1830-1905). L'Histoire d'un ruisseau (1869). Il lance, pour Hachette, la collection qui le rend célèbre: la Géographie universelle. De 1876 à 1890, il produit tous les ans un fort volume (800 pages environ).
Elisée RECLUS excelle dans la description. Il n'a jamais fait l'effort de systématiser la notion de région, et utilise selon les cas le cadre des bassins versants ou celui des circonscriptions administratives, mais il a une conscience nette des contrastes majeurs à l'intérieur des espaces qu'il décrit, donne aux villes une place importante dans son analyse, et se montre très sensible à la diversité du peuplement.
Dans les dernières années de son existence, E. RECLUS compose, à partir de son enseignement, les 5 volumes de L'Homme et la Terre.

Paul VIDAL DE LA BLACHE (1845-1918).
La défaite de 1870 suscite en France, à la suite du rapport Pierre LEVASSEUR, la politique de promotion de la géographie.
P. VIDAL DE LA BLACHE retient des travaux de P. LEVASSEUR et des cartographes de la population une idée simple: la géographie a pour but d'expliquer l'inégale répartition des hommes à la surface de la Terre, et de rendre compte, pou reprendre l'expression de P. LEVASSEUR qu'il fait sienne, des formations de densité. Les densités expriment les rapports que les hommes nouent avec leur environnement, et la place qu'ils accordent à la vie de relation et à la circulation..
Les groupes réagissent aux contraintes par les genres de vie qu'ils développent: voilà le second élément clef de la pensée vidalienne. Il permet de mesurer la pesée de l'environnement, mais aussi de montrer qu'elle n'est pas immuable: de nouveaux genres de vie rendent parfois féconds des environnements qu'on ne savait pas exploiter. Face au déterminisme qu'affichait parfois F. RATZEL, P. VIDAL DE LA BLACHE se veut possibiliste comme le montre Lucien FEBVRE (1876-1956) dans le commentaire qu'il fait de l'oeuvre du maître dans La Terre et l'évolution humaine, en 1922.
P. VIDAL DE LA BLACHE lance en 1892 la revue Annales de géographie.
Elie de BEAUMONT (1798-1874).
C'est à travers le Tableau de la géographie de la France, publié en 1903, que la géographie régionale vidalienne achève de se constituer: elle repose sur l'analyse des aptitudes naturelles et sur la description des genres de vie conduites à l'échelle des unités territoriales homogènes de base, mais ne se laisse jamais enfermer dans des limites strictes. P. VIDAL DE LA BLACHE est très sensible à la dialectique des échelles. C'est elle qui le conduit, à la fin des années 1900 et dans les années 1910, à prolonger son analyse pour l'adapter aux régions industrielles et urbaines qui sont en train de naître (cf. La France de l'est, 1917, notamment). Les échanges y tiennent une place plus importante que dans le monde traditionnel. Ils sont commandés par les grandes villes: P. VIDAL en vient à privilégier les faits de nodalité, et à lier région économique et métropole régionale.

Albert DEMANGEON (1872-1940); Jules SION (1880-1940).
L'école française de géographie prend corps au cours de la première décennie du XXe siècle. Elle néglige curieusement certaines des orientations les plus originales de la pensée vidalienne, les développements relatifs aux régions urbaines ou industrielles, et la géographie politique en particulier. La dialectique des échelles est vite négligée par des auteurs qui ont tendance à s'enfermer dans l'espace qu'ils ont choisi.
Lucien GALLOIS (1857-1941); Jean BRUNHES (1869-1930).

L'économie économique, considérée comme un genre mineur ignore l'économie spatiale, même en Allemagne. La première brèche dans cette barrière est ouverte par Walter CHRISTALLER (1893-1969), dont la théorie des lieux centraux (1933) éclaire la localisation des activités de service. L'ouvrage n'a guère d'écho immédiat en Allemagne, et il est ignoré durant plus de vingt ans à l'étranger à cause du nazisme, de la guerre et des compromissions successives de W. CHRISTALLER avec le régime hitlérien et les occupants soviétiques.

Géographie politique: amiral américain A. MAHAN (1841-1914); l'Anglais MACKINDER (1861-1947); la géopolitique allemande avec Karl HAUSHOFER (1869-1946).

Géographie rurale: Marc BLOCH (1886-1940); Roger DION (1896-1981).

Une autre spécialisation s'esquisse entre les deux guerres mondiales: la géographie tropicale. Son but est de souligner les contraintes qui naissent du rythme des saisons, des précipitations et des températures dans les pays chauds. Pierre GOUROU (1900-2000). Surtout en Allemagne et en France.

A partir des années 1950, le renouvellement de la géographie provient de plus en plus des programmes développés dans les universités des Etats-Unis, de Grande Bretagne et, dans une moindre mesure, de l'Europe du Nord. Cela tient évidemment au rôle accru du monde anglo-saxon dans tous les domaines de la vie internationale, sciences comprises. Cela témoigne aussi des conditions qui prévalent sur les campus anglais ou américains: les idées nouvelles y trouvent un écho immédiat parmi les groupes de jeunes chercheurs qui préparent leurs thèses.
Ce changement de style trouve un théoricien, Thomas KUHN: pour lui, la science voit se succéder des périodes de "science normale" et des "révolutions scientifiques". Durant la première moitié du siècle, un accord quasi général avait fait accepter par les différentes écoles nationales une famille de paradigmes voisins. Ils ne répondent plus aux problèmes auxquels se heurte la recherche. De nouvelles voies sont explorées. Dans les années 1970 le tableau se brouille, car les crises et les révolutions se multiplient au point de perdre leur sens.

Ce que les hommes d'action demandent, ce sont des outils efficaces de planification économique et spatiale.
Depuis le début du XIXe siècle, la géographie se veut explicative, mais en mettant l'accent sur les relations hommes/ milieux, elle s'est condamnée à ne pas déboucher sur des lois générales, celles qui permettent la prévision. telle est la cause du malaise qui taraude la discipline dans les années 1950, et de l'écho qu'y trouve brusquement l'économie spatiale.
La Seconde Guerre mondiale conduit à transposer au monde social des procédures développées par les ingénieurs. Les progrès dans la connaissance des systèmes oscillants fait comprendre le jeu des boucles de rétroaction (ou feed-backs) qui assurent souvent leur régulation. Cf. les expressions de cercles vertueux ou vicieux.
Les géographes s'attendent à trouver un ordre dans le réezl. pour le découvrir, ils sont prêts à faire confiance aux mathématiques.
Les moyens d'acquisition des données s'enrichissent aussi. la Première Guerre mondiale avait vu se développer l'utilisation des photographies aériennes. Leur emploi se systématise à l'occasion du second conflit. Les planches en infrarouge complètent les séries normales. Les images radar percent les couverts nuageux. La mise au point de satellites d'observation conduit à une couverture de plus en plus régulière de la Terre avec une résolution sans cesse améliorée, de l'ordre du mètre à peine pour les appareils les plus performants.
Le cercle de Vienne jette, dans le courant des années 1920, les bases d'une nouvelle conception de la connaissance -on parle à son propos de néo-positivisme, ou de positivisme logique. L'idée que la science se contente d'obéir aux faits est abandonnée, et le jeu de l'hypothèse et de l'imagination dans la construction des objets scientifiques est souligné. Le savant met au point un raisonnement pour rendre compte du réel: cette construction théorique est tenue pour vraie tant qu'elle n'a pas été mise en défaut par l'expérience. Une hypothèse scientifique n'est donc recevable que si elle peut être mise à l'épreuve, que si elle est falsifiable (Karl POPPER).

Dans les années 1950, le département de géographie de l'Université du Washington, à Seattle, devient le grand foyer de l'innovation géographique.
Intérêt pour les modèles classiques de localisation: celui de von THÜNEN pour les activités agricoles, celui d'Alfred WEBER pour l'industrie, ceux d'August LÖSCH et de Walter CHRISTALLER pour les activités tertiaires. La théorie de la localisation fascine d'autant plus les géographes qu'elle répond exactement à ce qui leur est désormais demandé: elle autorise la prévision.

Au début des années 1960, le centre des nouvelles recherches se déplace vers les Universités du Middle West. Sous l'influence de Brian BERRY, progresse la connaissance des réseaux urbains, de la structure des villes et des oppositions sociales qui s'y développent. L'impact de la révolution automobile sur la forme des cités modernes est souligné.
L'expression de nouvelle géographie est popularisée par un article que Peter GOULD (1932-1998) rédige pour Harper's Magazine en 1968.
En France, les orientations nouvelles sont présentes dès le début des années 1960, mais elles restent minoritaires jusqu''en 1968. Contexte d'un plaidoyer pour la géographie appliquée (PHLIPPONEAU, né en 1921), d'une attention portée aux conflits villes-campagnes autour de Pierre GEORGE (né en 1909). L'apport original de la nouvelle géographie se situe dans le domaine de l'organisation de l'espace (Paul CLAVAL).
Le bilan de la nouvelle géographie est positif à bien des points de vue. La géographie cesse d'être considérée comme une science naturelle même lorsqu'elle traite de réalités sociales, culturelles ou économiques. Elle se rapproche des sciences sociales. Les recherches progressent rapidement dans le domaine urbain et industriel, jusque là négligé; les géographes sont capables de rendre compte de l'élargissement des aires suburbaines, de l'apparition de villes multipolaires et de la tendance à la rurbanisation au moment même où ces tendances s'affirment; le recours aux méthodes statistiques et au traitement mathématique des données devient systématique.
Cependant: on oublie la dimension symbolique de la ville, on se prive des moyens de rendre compte de ses paysages et de son aspect monumental. La géographie reste incapable de proposer des schémas alternatifs à ceux dominants, à dire comment les distributions socio-spatiales peuvent être modifiée.
Certains chapitres de la géographie sont laissés à l'abandon: il en va ainsi des structures agraires et de la géographie historique, jugées trop passéistes, ou de la géographie culturelle, qui paraît condamnée à l'heure où la diffusion de types de comportement inspirés du modèle américain se généralise. La géographie physique n'a plus le vent en poupe. Elle avait attiré beaucoup de jeunes chercheurs au début des années 1950, grâce à la géomorphologie climatique, mais les ambitions de celle-ci apparaissent vite exagérées. La nouvelle géographie physique se caractérise par le recours systématique aux simulations de laboratoire, à l'expérimentation et aux méthodes mathématiques: ceci favorise la géomorphologie et la climatologie dynamique. La biogéographie prospère aussi.

Avec les années 1970 apparaissent les contestations, en l'espèce la géographie radicale et la géographie humaniste.
Le courant radical travaille surtout sur la ville.

Se développe aussi l'idée d'appliquer la théorie des systèmes à la géographie (géographie systémique). Ce mouvement se développe en URSS et en Occident, et critique le type d'explication causale qui prévaut en géographie depuis la fin du XIXe siècle.

Les hommes ne prennent pas leurs décisions en fonction de ce qu'est le monde, mais en raison de l'image qu'ils s'en font: c'est la leçon de Kenneth BOULDING dans The Image (1956).
Eric DARDEL (1900-1968): historien et géographe, enseignant dans le secondaire, il publie L'Homme et la Terre en 1952. Protestant convaincu, E. DARDEL puise son inspiration dans sa foi et dans l'ethnologie. Pour lui, la géographie n'a pas pour but de décrire la Terre, mais de montrer comment l'homme y inscrit son existence (géographicité) et lui donne un sens en modelant des territoires qu'il investit de valeurs. La géographie sort du domaine des sciences exactes. Elle n'est plus une science sociale, au sens habituel du terme. Ell est une méditation sur le destin des individus et des groupes.
Yi-fu TUAN (né en 1930) oriente la géographie vers une approche phénoménologique. Beaucoup de géographes de conviction religieuse, gênés par les présupposés de la nouvelle géographie, emboîtent le pas. Dans un article de 1976, Yi-fu TUAN parle de géographie humaniste pour désigner le nouveau courant.
Les thèmes qu'aborde le courant humaniste sont variés. Dans le monde anglo-saxon, c'est au sens des lieux, ou à la notion de personnalité géographique que l'on s'attache. Pour comprendre la diversité des expériences que l'on peut avoir de l'espace, les témoignages littéraires sont également explorés. En dehors du monde anglo-saxon, l'itinéraire suivi par les tenants de la géographie humaniste est souvent différent. En France, Armand FREMONT (né en 1933) tire de sa passion pour l'écriture, et de son goût pour les romans, une théorie de l'espace vécu.

L'usage du terme de postmodernisme se généralise à la fin des années 1960, au moment où un nouveau type d'achitecture se définit en réaction contre l'architecture internationale qui dominait depuis les années 1930, et prétendait représenter la forme définitive au-delà de laquelle l'évolution n'était plus possible.
Un certain nombre de philosophes, LYOTARD par exemple, estiment que les discussions qui se sont développées en architecture reflètent une transformation plus profonde. A cause de la mobilité accrue et des nouvelles facilités de communication, le monde évolue: les tensions de classes sont remplacées par des luttes pour les biens de prestige ou l'accès à la culture. C'est cela qui donne à l'espace un rôle croissant dans la société contemporaine. La géographie est plus pertinente que jamais.

Les études d'environnement avaient pratiquement disparu de la géographie physique durant les années 1960. Evolution dans les années 1980. L'intérêt pour la géomorphologie dynamique conduit à s'intéresser de manière plus sytématique au couvert végétal et aux sols (Jean TRICART notamment). Sous l'influence de la théorie des systèmes, Georges BERTRAND (né en 1935) tente de rebâtir la géographie physique sur de nouvelles bases.
A une géographie physique des moyennes se substituent des approches qui attachent une grande importance aux situations extrêmes. L'étude des risques et de leur perception devient un des chapitres clefs de la géographie.
L'impression, au cours des années 1960, que certains chapitres de la géographie physique étaient devenus presque indépendants du reste de la discipline s'est précisée.
Nouvelles techniques: télédétection; les systèmes d'information géographique (SIG) tirent parti des progrès de l'informatique pour mettre à disposition des bases de données: ils facilitent la prise en compte des situations complexes.

La crise de la géographie radicale: prolongeant la nouvelle géographie, son ambition était de formuler une théorie capable d'expliquer l'évolution du monde et de la prévoir, mais la théorie (marxiste) dont elle se réclame ne débouche pas sur le résultat escompté.

Renouveau des études régionales, qui avaient considérablement régressé depuis les années 1960. Un effort de réflexion les a modernisées en France (Roger BRUNET, né en 1931). L'optique de l'espace vécu éclaire la signification des articultions régionales. Classique en France depuis les travaux d'Armand FREMONT (1976), elle se diversifie avec les recherches d'Augustin BERQUE (né en 1942) sur le Japon (1982, 1986) ou celles de Joël BONNEMAISON (1940-1997) sur le Vanuatu (1986).

L'apport le plus fécond de la nouvelle géographie a été de compléter l'analyse des rapports des hommes et de l'environnement par celle des faisceaux de relations qu'ils tissent entre eux. L'économie spatiale avait l'accent sur les dépenses de transport: c'est le thème qui domine la plupart des recherches durant les années 1960. Après les mouvements matériels de biens et les déplacements de personnes, on s'intéresse à partir des années 1970 aux flux d'information, à la communication.
Comme les contacts sont nécessaires aux moments décisifs de l'élaboration des décisions, les états-majors des firmes ont tout intérêt à s'installer dans des centres assez peuplés pour disposer de relations aériennes directes avec tous les centres de contrôle et d'impulsion de l'économie mondiale: c'est le ressort de la métropolisation, à l'oeuvre depuis les années 1980. Village planétaire. L'évolution technique conduit à l'uniformisation rapide des outillages et des conditions de vie, et à la diffusion universelle des mêmes modes. Mais la culture ne repose pas seulement sur des bases matérielles: elle est faite d'habitudes, de préférences, de valeurs. L'universalisation actuelle est si rapide que les hommes réagissent devant ce qu'ils conçoivent comme un dépouillement par une réaffirmation de leur identité. La restructuration économique est donc corrélative d'une accentuation des différenciations culturelles. Les minorités s'accroissent, des diasporas se mettent en place, créant de nouvelles zones de tensions en particulier dans les grandes agglomérations.

Avec l'effondrement du bloc soviétique, la géographie politique fait un retour en force, autour notamment d'Yves LACOSTE (né en 1929) et de Paul CLAVAL en France.

Les transformations que connaît la géographie depuis les années 1980 reflètent l'ampleur des mutations qui affectent le monde: accroissement des menaces pesant sur l'environnement, mondialisation de l'économie, métropolisation accélérée, etc. La géographie est devenue plus modeste.

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samedi 20 août 2005

Epreuve sur dossier: la foire aux 77 questions de reprise.


Ceci est une version incomplète: toutes les réponses n'ont pas encore été transcrites, ou pas complètement.

1_Définissez: totalitarisme.
Zbigniew BREZINSKI et Carl FRIEDRICH sont des politologues américains qui ont retenu 6 critères pour définir le totalitarisme: 1) une idéologie globalisante, 2) un dirigeant unique et un parti unique, 3) une police secrète qui fait usage de la terreur (physique et psychique), 4) le monopole de l'information, 5) le monopole des armes et de la force, 6) une économie centralisée et dirigée (Cf. Totalitarian Dictatorship and Autocraty, Harvard University Press, 1956).
Raymond ARON retenait 5 critères : un parti a le monopole de la politique, l'idéologie du parti devient vérité officielle, l'Etat a le monopole de la force et de la persuasion, la plupart des activités économiques sont soumises à l'Etat, toute faute devient politique d'où la terreur (Démocratie et totalitarisme, 1965).

2_Un ou des totalitarisme(s)?
A la suite d'Enzo TRAVERSO ("Le Totalitarisme: jalons pour l'histoire d'un débat", in Le Totalitarisme: le XXe siècle en débat, Paris, Le Seuil, 2001), il peut être considéré que l'unicité du totalitarisme n'apparaît qu'en creux, comme antithèse du libéralisme.

3_Citez un auteur qui a travaillé sur le totalitarisme.
Annah ARENDT, Les origines du totalitarisme (1951).
Raymond ARON, Démocratie et totalitarisme (1965). [L'intérêt de cet ouvrage est double: d'abord, la différence entre démocratie et totalitarisme apparaît davantage par une analyse comparée de leur système politique plutôt que de leur système économique; ces deux régimes apparaissent en effet comme des solutions opposées à des problèmes semblables. Ensuite, Raymond ARON a souligné dans cet ouvrage la différence essentielle entre le totalitarisme nazi et celui soviétique: l'un aboutissait aux camps de travail, l'autre aux chambres à gaz, l'un voulait construire un "homme nouveau", l'autre voulait exterminer une pseudo-race.]
Ian KERSHAW, Qu'est-ce que le nazisme? Problèmes et perspectives d'interprétation (1992), "Retour sur le totalitarisme: le nazisme et le stalinisme dans une perspective comparative", Esprit, janvier 1996.
Pierre MILZA, Les fascismes (1985).

4_En quelles classes sont abordés les régimes totalitaires?
Les régimes totalitaires sont abordés en histoire en Troisième, Première et Terminale.

5_Quel(s) roman(s) sur le totalitarisme conseilleriez-vous à vos élèves de troisième?
Arthur Koestler, Le zéro et l'infini (1940), roman où il est question d'un procès politique à Moscou dans les années 1930.
George Orwell, 1984 (1948): l'auteur s'est inspiré de J. Staline pour esquisser la figure de Big Brother, mais le roman se veut une critique de tout totalitarisme.
Penser aussi à Victor Serge, L'affaire Toualev (1948) ou comment des dirigeants soviétiques mis en cause pendant les procès de Moscou ont pu s'accuser de crimes qu'ils n'avaient pas commis et refuser de mettre en cause le Parti, qui restait selon eux, malgré ses défauts, la seule voie possible pour arriver au socialisme.
Egalement, Artur London, L'aveu (1968, adapté au cinéma par Costa-Gavras en 1970) , un récit où il aborde son accusation au procès de Prague (ou procès Slansky, 1952) et comment il a avoué des crimes qu'il n'avait pas commis.

6_Qu'est-ce qu'un concept?


7_Quelle différence faites-vous entre notion, concept et paradigme?


8_Faites-vous une différence entre concept et idéal-type?


9_Citez un concept géographique.
Le paysage est un exemple de concept géographique.

10_En quelle classe est étudié le paysage?
Le paysage est étudié au collège, en classe de sixième.

11_Qu'est-ce qu'un chorème?
Une structure élémentaire de l'espace représentée par un modèle graphique. Comme les chorèmes expriment les logiques de base qui structurent l'espace, leur nombre est limité. On a pu parler d'alphabet à leur égard.

12_Donnez un exemple de chorème.
Un chorème peut proposer une figuration simplifiée de l'organisation de l'espace français (illustration), de la thématique de l'eau au Brésil (illustration). La "banane bleue" est un autre exemple de chorème: les géographes français ont sans trop de peine critiqué ce chorème, où la région parisienne était exclue alors qu'elle fait partie des régions les plus dynamiques au niveau européen. La "banane bleue" ("hot banana" en anglais) trouve son origine dans une figure géographique proposée dès 1973 par Roger BRUNET, mais elle n'a été baptisée ainsi par les journalistes qu'en 1989 suite à une étude dirigée par Roger BRUNET pour le compte de la DATAR où il est en fait question d'une dorsale européenne ou d'une mégalopole européenne qui s'étend de Londres à Milan.
[Cf. l'excellent petit article proposé par Wikipédia sur la "banane bleue"]

13_Quel géographe a proposé une géographie chorématique?
Roger BRUNET a proposé le néologisme "chorème" dans un article de 1980 ("La composition des modèles dans l'analyse spatiale", in L'espace géographique, n°4, 1980).

14_Quelles sont les critiques adressées aux chorèmes?
Il est reproché aux chorèmes de donner une vision trop schématique du réel, caricaturale. Comme les chorèmes sont une représentation des formes élémentaires de l'espace, il ne sont pertinents que s'ils interviennent après l'analyse, quand les traits essentiels ont été dégagés. Un chorème ne remplace jamais une analyse, il doit être expliqué et justifié.
Les adversaires des chorèmes sont souvent des partisans d'une approche problématisée et plus sociale de la géographie.
Yves LACOSTE a dénoncé le scientisme sous-jacent à la démarche chorématique de Roger BRUNET.
Quand un espace est enjeu de conflit, la chorématique est particulièrement inefficace à rendre compte des motivations. Le géographe Michel SIVIGNON a en outre reproché aux chorèmes leur dimension a-historique ("Chorème: éléments pour un débat", Hérodote, n°76, 1er trimestre 1995, Les géographes, la science et l'illusion; ce numéro de la revue d'Yves LACOSTE est consacré aux effets pernicieux de la chorématique; cf. aussi la participation de M. SIVIGNON à un café géographique, "Le péché cartographique: le cas des Balkans", 21 mars 2000).

15_Les chorèmes sont-ils encore utilisés dans les manuels du secondaire?
Les enseignants ont d'abord été enthousiastes à l'égard de la chorématique. Devant les critiques adressées, la part des chorèmes est moindre dans les manuels du secondaire, laissant la place aux schémas et autres croquis de synthèse.
Des inspecteurs ont demandé à des professeurs de Terminale de ne plus utiliser le terme de chorème, mais de parler plutôt de "langage cartographique" (cf. ici).

16_Qu'est-ce que le GIP Reclus?
Le GIP Reclus désigne le Groupement d'Intérêt Public RECLUS (Réseau d'Etude des Changements dans les Localisations et les Unités Spatiales) fondé par Roger BRUNET fin 1984 et dont l'activité a cessé le 31 décembre 1997, sur décision ministérielle.

17_Citez une revue de géographie.
L'Information géographique, une revue généraliste créée en 1980 qui présente l'intérêt de proposer des réflexions sur l'enseignement de la géographie et des pistes pédagogiques.
[En prévision de ce genre de questions, connaître quelques noms de revue de géographie, notamment les Annales de géographie fondées en 1892 par Paul VIDAL DE LA BLACHE, L'espace géographique, M@ppemonde, Géographie et Cultures, Hérodote, et éventuellement une revue de géographie régionale, par exemple la Revue de géographie alpine.
En outre, il peut être rentable de lire un article récent dans une de ces revues, et d'inclure un résumé de cet article dans ses fiches d'ESD: de plus en plus de candidats apprennent par coeur les titres des principaux ouvrages et revues, donc pour départager les candidats les jurys peuvent poser des questions sur le contenu de tel ouvrage, ou sur un article récent de telle revue.
Dans ce genre de questions, on trouve "Quelle est la couverture de tel livre?", "Quelle est la première carte dans la Méditerranée de Fernand Braudel?" D'où l'intérêt de fréquenter les bibliothèques. Pour ceux qui n'y ont pas accès, les librairies en ligne comme Amazon, Alapage, ou encore Chapitre présentent généralement les couvertures des livres qu'elles vendent.
Enfin, il faut prévoir le même type de question pour une revue d'histoire.]

18_Quelle est la revue dirigée par Roger Brunet?
Roger BRUNET a fondé L'espace géographique, revue trimestrielle, en 1972; il est aussi le directeur de M@ppemonde, revue trimestrielle consacrée à l'image géographique qui prend la suite de la revue Mappemonde, fondée en 1986 par le GIP Reclus à la Maison de la Géographie de Montpellier.
[A savoir: la revue M@ppemonde n'est plus éditée en version papier depuis 2003 (dernier numéro imprimé en avril 2003, le n°72), elle n'est disponible désormais que sur Internet. Au cas où un jury aurait l'esprit taquin ...]

19_De quand date l'agrégation de géographie?
L'agrégation de géographie a été créée en 1943, sous Vichy.

20_Qui est considéré comme le "père" de la géographie française?
Paul VIDAL DE LA BLACHE.

21_A part Vidal de La Blache, connaissez-vous un autre géographe de la fin du XIXe siècle?
Élisée RECLUS (1830-1905) est un géographe d'opinion libertaire qui a, notamment, lancé la collection Géographie universelle chez Hachette.

22_A part Roger BRUNET et Paul CLAVAL, connaissez-vous un autre géographe français vivant?
Parmi les géographes français vivants, on peut citer Alain REYNAUD, un géohistorien qui a écrit en 1992 Une géohistoire: la Chine des Printemps et des Automnes en exploitant une vieille chronique chinoise.
[Cette question et la précédente partent du constat désabusé de nombreux jurys (cf. les comptes-rendus dans Historiens & Géographes depuis la création de l'épreuve d'ESD) comme quoi les candidats maîtrisent mal l'évolution de la pensée géographique et de ses problématiques: entre VIDAL et BRUNET, c'est tout juste si un Pierre GEORGE ou un Pierre GOUROU sont évoqués. Quant aux géographes vivants, les candidats ne connaissent généralement, outre leurs professeurs d'université, que Roger BRUNET (grâce aux chorèmes) et Paul CLAVAL (grâce à ses ouvrages d'épistémologie). Dans le même genre, il peut être bon de rappeler que la "nouvelle histoire" commence à dater ... En outre, quand un candidat cite un historien ou un géographe, il doit être capable d'évoquer un aspect de son oeuvre ou le courant auquel il appartient. Ici, cela consisterait à résumer brièvement l'intérêt de la thèse d'Alain REYNAUD et de pouvoir répondre à quelques questions basiques sur la géohistoire et d'autres géohistoriens. Cf. notamment la précédente "foire aux questions" pour quelques éléments de réponse]

23_Qu'est-ce qu'un grand homme?
Toute personne présentée comme un exemple à suivre, un modèle. Ce jugement varie selon l'époque, le lieu, l'environnement socio-politique.
[Dans la série des questions pièges]

24_Adolf Hitler était-il un grand homme?
Considérant qu'Adolf Hitler n'est ni un exemple à suivre, ni un modèle, ce n'est pas un grand homme.
Dans Personnages et caractères (XVe-XXe siècles), Emmanuel LE ROY LADURIE considère Adolf Hitler comme un grand homme, parmi les "monstres honnis": selon ce membre de l'Académie des sciences morales et politiques, un grand homme est quelqu'un ayant marqué l'histoire de son empreinte. Cependant, il exclut Napoléon Bonaparte de la catégorie des grands hommes: "je ne me sentais pas faire l'éloge de Napoléon". Quand on lit la liste des "personnages" retenus, il est permis de soupirer de consternation.
Référence: Emmanuel LE ROY LADURIE, sous la direction, Personnages et caractères (XVe-XXe siècles), Paris, PUF, Cahiers de l'Académie des sciences morales et politiques, novembre 2004, 472 pages. La table des matières est consultable ici.
[Dans la série des questions pièges; questions qui ont été débattues sur feue Universitas et sur le Forum Capes]


25_Citez un historien du politique.
René REMOND.

26_Qui a écrit L'histoire des droites en France depuis 1789?
Jean-François SIRINELLI.

27_Quel était le régime politique français pendant la Seconde Guerre mondiale?
Le régime de Vichy.

28_Quelle analyse de Vichy propose René REMOND?


29_Distingueriez-vous un tournant historiographique sur Vichy?


30_Qu'est-ce que le négationnisme?


31_Distingueriez-vous négationnisme de révisionnisme?


32_Un auteur négationniste?


33_Un élève tient des propos négationnistes: que faites-vous?
L'élève est exclu immédiatement du cours (il faut donc remplir une fiche d'exclusion et envoyer l'élève au bureau du CPE, accompagné d'un délégué de classe), puis sa comparution est demandée devant le conseil de discipline de l'établissement (par une lettre adressée au chef d'établissement).
[Dans la série des questions pratiques; dans le même genre: "comment organiser une sortie?", "deux élèves se battent: que faites-vous?", etc.]

34_Pourquoi y a-t-il eu une querelle des historiens allemands dans les années 1990?


35_Quelle est la première puissance économique européenne?
L'Allemagne.

36_Quand étudie-t-on l'Allemagne dans les programmes de géographie?
En classe de quatrième.

37_Qu'est-ce que le modèle social allemand?


38_Existe-t-il un manuel scolaire franco-allemand?


39_Comment Vidal de la Blache justifie-t-il le rattachement de l'Alsace et Moselle à la France en 1918?


40_Le Rhin est-il une frontière naturelle?


41_La religion est-elle enseignée dans les collèges publics en France?
En pratique, oui: il suffit de penser à l'Alsace-Moselle (Haut-Rhin, Bas-Rhin, Moselle), où il faut demander une dérogation pour dispenser ses enfants des cours de religion.
De même, certaines collectivités territoriales d'outre-mer ont des statuts particuliers: le catholicisme est ainsi la religion officielle en Guyane.
Enfin, il est permis de s'interroger sur l'enseignement du fait religieux, dont la portée critique est toute relative: ainsi du cours relatif au "peuple de la Bible", en sixième. Un enseignement de la laïcité serait plus pertinent dans une discipline sensée former l'esprit critique.
[Dans la série des questions pièges]

42_Un élève entre en classe avec le voile: que faites-vous?
Si le règlement intérieur à l'établissement interdit le voile comme manifestation ostensible d'une religion, l'élève est exclu du cours s'il refuse de l'enlever, puis sa comparution peut être demandée devant le conseil de discipline de l'établissement.
La loi du 15 mars 2004 dispose que les "signes ostensibles" d'appartenance religieuse sont interdits à l'école. La circulaire d'application ne s'applique qu'à l'école publique, et qu'aux élèves inscrits dans l'école concernée: les parents d'élèves, les élèves extérieurs à l'établissement, les étudiants ne sont donc pas concernés.
[Dans la série des questions pièges et en même temps des questions pratiques; à la mode en 2004, moins en 2005]

43_Différenciez ostensible d'ostentatoire.
Ostensible désigne ce qui ne se cache pas (sous-entendu, qui ne pose pas de problème); ostentatoire s'applique à ce qui est affiché de façon indiscrète et excessive (sous-entendu, qui pose problème car provoquant). C'est l'intention de choquer qui distingue ostentatoire d'ostensible.

44_Une secte n'est-elle qu'une religion qui n'a pas réussi?
D'un point de vue historique, le terme de secte est en effet attribué à des groupes qui n'ont pas atteint une taille suffisante (ou jugée telle) ou qui n'ont pas survécu à leur fondateur. Cependant, il faut reconnaître que le terme de secte est souvent employé pour dévaloriser une mouvance religieuse jugée non crédible voire dangereuse. Un minimum d'études historiques rappelle cependant que toutes les religions sont potentiellement dangereuses.

45_Quel est le pays qui compte le plus de musulmans?
L'Indonésie.

46_Les Arabes sont-ils musulmans?
Les Arabes ne sont pas tous musulmans, de même que les musulmans ne sont pas tous arabes.

47_Combien y a-t-il de musulmans en France?
Il n'y a pas de réponse à cette question puisque les principes républicains interdisent aux services officiels comme l'INSEE de poser des questions sur le rattachement communautaire ou religieux d'un citoyen français (cf. la Constitution). Ainsi, aucun recensement depuis 1872 ne pose des questions sur les origines ethniques. Les chiffres qui peuvent paraître dans les médias ne sont donc que des estimations à base de sondages plus ou moins sérieux. Je renvoie encore une fois à cette article de France-Line MARY pour l'association Pénombre.
[Dans la série des questions pièges]

48_Différenciez laïcité et athéisme.
La laïcité est la liberté de conscience liée à l'égalité de traitement de celui qui croit en un ou plusieurs dieu(x) et de celui qui n'y croit pas.
L'athéisme peut être défini (négativement) comme le fait de nier toute existence divine, et (positivement) comme une pensée humaniste et rationnelle: l'homme est doué d'un jugement autonome, il est pleinement responsable, le progrès est possible par usage de la raison.
La Raison: Le mensuel de la Libre Pensée est un exemple de journal défendant la laïcité, édité par la Fédération Nationale de la Libre Pensée.

49_Connaissez-vous un auteur qui défend la laïcité?
Henri Pena-Ruiz. Cf. notamment son Histoire de la laïcité: Genèse d'un idéal (2005)

50_Connaissez-vous un auteur qui défend l'athéisme?
Michel Onfray: outre ses conférences sur France Culture, cf. son Traité d'athéologie (2005), un essai intéressant même si certains passages ont été écrits trop rapidement.

51_Qui a envisagé la religion comme "l'opium du peuple"?
Karl Marx.

52_Citez un pays encore communiste aujourd'hui.
Au choix: Cuba, Corée du Nord, Chine continentale. Du moins ces pays se réclament-ils de cette utopie totalitaire.

53_Qu'est-ce que la théorie des dominos?
Un exemple de théorie géopolitique jamais vérifiée: les Américains étaient persuadés qu'il fallait à tout prix contenir la progression géopolitique du communisme, faute de quoi tout pays voisin d'un régime communiste pourrait à son tour basculer dans cette idéologie totalitaire.
Cette théorie est revenue sur les devants de la scène aux Etats-Unis sous les présidences Georges W. Bush: instaurer la démocratie dans un pays favoriserait la propagation de ce régime et à terme la disparition des gouvernements totalitaires ou autoritaires.

54_Qui a écrit "la géographie, ça sert d'abord à faire la guerre"?
Yves LACOSTE.
Cf. son ouvrage éponyme publié en 1976, qui se lit très rapidement. En bref, l'auteur constate, lors de la guerre du Vietnam, l'utilisation par l'armée américaine des grandes thèses françaises de géographie consacrées à l'Indochine afin d'acquérir une meilleure connaissance de l'adversaire et de son territoire. Les Américains envisagent également de bombarder certaines digues quelques mois avant leur crue: l'idée étant qu'elles ne cèdent pas de suite mais seulement quand les eaux sont à leur maximum; les Américains pensent ainsi ne pas être tenu pour responsables des catastrophes, les bombardements étant survenus plusieurs mois auparavant.

55_Qui a parlé de Tiers-Monde?
Le démographe Alfred SAUVY, dans un article publié par le Nouvel Observateur, intitulé "Trois mondes, une planète", le 14 août 1952. L'allusion au Tiers Etat est évidente.

56_L'appellation Tiers-Monde est-elle encore pertinente?
Non: la mode serait au(x) Sud(s), à la suite de Sylvie BRUNEL et, plus largement, du modèle centre-périphérie proposé par Samir AMIN. Suite à la conférence de Bandoung (1955), le Tiers Monde en vient à désigner les pays non alignés (soit sur l'URSS, soit sur les États-Unis d'Amérique). Avec la fin de la guerre froide et l'accélération de la mondialisation, la notion a perdu sa pertinence géopolitique.
[L'important face à de telles questions est d'argumenter, quelle que soit la réponse. Il faut aussi avoir à l'esprit que certaines expressions ne sont plus politiquement correctes, comme "pays en voie de développement" qui sous-entend qu'il y a une seule voie de développement à suivre, en l'occurrence celle du monde occidental. Il n'en reste pas moins que derrière la succession des expressions et des critères, la réalité demeure sensiblement la même]

57_Quels auteurs ont travaillé sur les problèmes de développement?
Samir AMIN est un économiste néo-marxiste, qui a appartenu au courant des tiers-mondistes (dans les années 1960) : il considère que le sous développement n'est pas un retard mais plutôt une situation structurelle, produit de la domination exercée par les pays riches. Samir AMIN a développé le modèle de centre-périphérie. Selon cette approche, le Nord est le centre et concentre la bourgeoisie, tandis que le Sud est la périphérie, le nouveau "prolétariat": le sous-développement s'explique par la permanence des transferts de richesses de la périphérie vers le centre. Cf. notamment Arghiri EMMANUEL, L'échange inégal (1969) et Samir AMIN, Le développement inégal (1973).
En géographie, penser à Sylvie BRUNEL (Le sous-développement, QSJ, 1996; Le développement durable, QSJ, 2004) et, dans une moindre mesure, à Gui DI MEO (Les pays du Tiers Monde, 1997).
Le socio-économiste Serge CORDELLIER s'est interrogé avec Fabienne DOUTAUT sur La fin du Tiers Monde? (1996).

58_Qu'est ce que les PMA?
Les PMA désignent (ici) les Pays les Moins Avancés (le sigle désigne aussi la procréation médicalement assistée). C'est une catégorie créée en 1971 par l'ONU qui constate la combinaison d'un faible revenu (PIB/ hab.

59_Quels sont les critères de l'IDH?
L'Indicateur de Développement Humain (IDH) combine l'espérance de vie, le niveau de connaissances (mesuré par le taux d'alphabétisation des adultes et le taux brut de scolarisation) ainsi que le PIB (Produit Intérieur Brut) réel par habitant (ajusté en parité de pouvoir d'achat quand il dépasse la moyenne mondiale). Cet indice composite est calculé par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) depuis 1990 sur une échelle de 0 à 1.

60_Différenciez Banque mondiale de Fonds Monétaire International.
Suite à la conférence monétaire et financière de Bretton Woods (juillet 1944), il est convenu que le Fonds Monétaire International (FMI) veille à l'équilibre de la balance des paiements et à fournir des crédits à court terme, tandis que la Banque mondiale finance la reconstruction et le développement par des prêts à long terme.
Un pays doit être membre du FMI pour pouvoir adhérer à la Banque mondiale.
Un accord tacite veut que les Américains choisissent qui dirige la Banque mondiale tandis que les Européens décident qui préside le FMI. Paul Wolfowitz a été nommé directeur de la Banque mondiale en juin 2005. Rodrigo Rato est le président du FMI depuis mai 2004.

61_Où se trouve le siège de l'UNESCO?
L'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture) siège à Paris.

62_Qu'est-ce que l'OMC?
L'Organisation Mondiale du Commerce; a succédé au GATT (Accord Général sur les Tarifs douaniers et le Commerce) en 1995.

63_La Chine appartient-elle à l'OMC?
Oui, la Chine a adhéré à l'OMC en 2001, après 15 ans de négociations (la Chine avait adhéré au GATT en 1948 avant que de quitter les négociations en 1950).

64_Citez un stratège asiatique.
Sun Tzu (aussi orthographié Sun Zi ou Sunzi) est le plus connu, avec son Art de la guerre. Il est le premier théoricien connu en matière de stratégie (Ve siècle avant l'ère chrétienne, époque dite des Royaumes combattants).
Miyamoto Musashi est un stratège japonais qui a vécu au XVIIe siècle (période Edo): il est célèbre pour son Gorin No Sho (souvent traduit comme Traité des Cinq Roues): l'approche la plus sérieuse et la plus historique est proposée par Kenji Tokitsu (Miyamoto Musashi, maître de sabre japonais du XVIIe siècle: L'homme et l'oeuvre, mythe et réalité, Paris, Editions DésIris, 1998, 408 pages). Le Traité des Cinq Roues a trouvé des applications diverses: outre les arts martiaux, certains l'interprètent pour mener à bien une entreprise commerciale, pour la diplomatie, la politique; ici est envisagée son application au basket, ce qui se conçoit tout aussi bien.

65_Quel géographe a travaillé sur le Japon?
Augustin BERQUE: après des études de géographie (thèse de géographie économique sur les Hiérarchies commerciales du département des Landes) menées en parallèle avec des études de chinois à l'INALCO, il part pour le Japon comme lecteur de français. Il se spécialise alors en géographie culturelle, qu'il définit comme "comprendre et analyser la nature et le sens des relations qu'une population entretient avec son environnement, construisant ainsi le milieu qui lui est propre" (citation lue sur cette page de l'Institut d'Urbanisme de Paris). Parmi ses ouvrages de géographie culturelle sur le Japon, Vivre l'espace au Japon (1982), Le Sauvage et l'Artifice: les Japonais devant la nature (1986). Une auto-présentation du géographe pouvait être lue dans le Nouvel Observateur du 21 juillet 2005. L'auteur a redéfini la notion d'oekoumène et a développé celle de médiance.
Penser aussi à Philippe PELLETIER, qui a, notamment, écrit La Japonésie: Géopolitique et géographie historique de la surinsularité au Japon (CNRS éditions, 1997, 386 pages, ouvrage primé au Japon et en France).

66_Quand étudie-t-on le Japon au secondaire?
En géographie, le Japon est étudié en classe de troisième et terminale. En histoire, le Japon est étudié en troisième, première, et terminale.

67_Quelle est la particularité de la constitution japonaise?
La Constitution japonaise (article 9 de la Constitution de 1946) interdit aux Japonais la constitution d'une armée, la participation à des opérations militaires hors du territoire national, la possibilité de déclarer la guerre et l'acquisition de l'arme atomique.
Si le Japon ne dispose pas d'armée, il possède cependant de "forces d'autodéfense" dotées de matériel performant.

68_La défense nationale est-elle abordée au collège?
Oui, les enjeux de la défense nationale sont abordés en cours d'éducation civique pour la classe de troisième.

69_ Quel est le sens du défilé du 14 juillet?
Le 14 juillet est une fête nationale, instituée par la Troisième République, en 1880; elle a été un moyen d'enraciner les convictions républicaines, notamment dans les campagnes: c'est en effet une fête civile (par opposition à toutes les fêtes chrétiennes qui scandent le calendrier).
Aujourd'hui, le 14 juillet est l'occasion de rappeler le lien qui unit l'armée et la nation en France: les troupes qui ont l'honneur de défiler sont ainsi récompensées pour le service rendu à la patrie: gestion de crises, aide lors de catastrophes, "naturelles" ou pas (inondations, incendies, pollution), protection des concitoyens et des ressortissants (Vigipirate, évacuation d'un pays en crise, secourisme en mer ou en haute montagne), solidarité nationale (ramassage des poubelles lors des longues grèves d'éboueurs, aide aux plus démunis dans le cadre du plan Grand Froid).
[Question posée à Chalons en 2003]

70_Qui est le chef des armées?
Le Président de la République est le "chef des armées" (article 15 de la Constitution française de 1958).
[Le Premier ministre est quant à lui "responsable de la défense nationale"; le ministre de la Défense est responsable de l'exécution de la politique militaire]

71_Quels sont les moyens de frappe nucléaire français?
La France dispose de missiles à lanceur aérien et sous-marin.
Depuis 1991, la France s'est engagé dans un désarmement nucléaire: renoncement aux lanceurs terrestres en 1991 (missiles sol-sol basés sur le plateau d'Albion) ce qui signifie que plus aucun moyen nucléaire français n'est désormais ciblé (id est, une cible est attribuée au préalable à tel missile, par exemple Moscou, Saint-Pétersbourg, Kiev, etc.); réduction de la force océanique stratégique (4 sous-marins lanceurs d'engins (SNLE) contre 6 précédemment); réduction des vecteurs aériens; fermeture de la base d'essais maritimes de Mururoa; arrêt de la production de matières fissiles à destination militaire.

72_Quels pays ont la capacité de procéder à des frappes nucléaires?
Les Etats-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France, la Chine, Israël, le Pakistan, et l'Inde ont la capacité de procéder rapidement à des frappes nucléaires. Le Japon a les connaissances techniques et les moyens pour produire quelques vecteurs nucléaires en trois mois; mais il n'en a pas la volonté politique ni l'intérêt géostratégique. Le Brésil et l'Afrique du Sud ont renoncé pour l'instant à l'arme nucléaire. La Corée du Nord et l'Iran ont la volonté politique d'acquérir une capacité de frappe nucléaire.

73_Qu'est-ce qu'un SIG?
Un SIG est un système d'information géographique.

74_Qu'est-ce que le FIG?
Le FIG est un acronyme désignant le Festival International de Géographie qui se tient chaque automne (début octobre) à Saint-Dié, dans les Vosges, depuis 1990. Le thème principal et le pays invité changent chaque année: le thème d'octobre 2005 porte sur "le monde en réseaux" et le pays invité est l'Italie. Le FIG contribue à la popularisation des problématiques géographiques, puisque près de 50 000 personnes s'y rendent.

75_Qu'est-ce que la géographie de la santé?
La géographie de la santé était le thème mis en avant pour le FIG 2000. La géographie de la santé a pour objet l'analyse spatiale des disparités de santé des populations. Elle étudie ainsi les facteurs environnementaux qui concourent à l'amélioration ou à la dégradation de la santé des personnes.
[De manière générale, connaître tous les thèmes des FIG depuis au moins les 5 dernières années: pour cela, visiter le site du FIG; face à un thème de géographie donné, penser à visiter le site du Comité National Français de Géographie: certaines commissions donnent en effet une définition de leur spécialité, telle la commission de géographie de la santé]

76_Qui a parlé de "fracture sociale"?
Le thème de la "fracture sociale" est une antienne de la vie politique française depuis le XIXe siècle. Jacques Chirac a récupéré l'expression pendant la campagne présidentielle de 1995 suite à une note de la Fondation de Saint-Simon rédigée par Emmanuel TODD en novembre 1994 et intitulée "Aux origines du malaise politique français". L'historien iconoclaste empruntait cette formule au philosophe Marcel GAUCHET ("Les mauvaises surprises d'une oubliée: la lutte des classes", Le Débat, n°60, mai-août 1990) pour rendre compte de l'opposition, pendant la campagne référendaire de 1992 (traité de Maastricht), entre des élites -qui ont abandonné le nationalisme qu'elles cultivaient au début du siècle pour l'Europe et la mondialisation- et des classes populaires -qui ont abandonné l'internationalisme à la sauce marxiste pour un repli identitaire devant la montée du chômage. L'historien démographe E. TODD et le géographe Christophe GUILLY ont publié en 1999 un Atlas de la fracture sociale: elle n'est plus réduite à une conséquence de la crise économique (donc transitoire) ni à certaines banlieues (donc localisée) mais envisagée comme un processus qui structure tout l'espace français (qui dit structure dit temps long).

77_Distinguez sécurité de sûreté.
La sûreté est la garantie qu'un citoyen ne peut être arrêté de façon arbitraire. La sûreté est constitutive d'un Etat de droit; elle est mentionnée par l'article 2 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789.
La sécurité est la garantie qu'un citoyen ne soit pas victime de violences. La sécurité est depuis 1981 un "objectif de valeur constitutionnelle" (décision du Conseil Constitutionnel).
L'équilibre entre ces deux principes est en pratique délicat. Afin d'assurer la sécurité de ses concitoyens, un gouvernement peut réduire leur sûreté: par exemple, afin de limiter les risques d'attentats (atteinte à la sécurité des personnes et des biens), les autorités peuvent décider d'augmenter le nombre de caméras de surveillance, les interpellations à but de vérification d'identité, les écoutes téléphoniques autorisées, etc. (atteinte à la liberté individuelle, donc à la sûreté).
La sécurité est notamment étudiée à la fin du programme d'éducation civique de cinquième, la sûreté est abordée au début du programme d'éducation civique de quatrième.

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