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dimanche 23 octobre 2005

Revue de presse: Gotz Aly, Comment Hitler a achete les Allemands

Pour l'Epreuve Sur Dossier (ESD) au CAPES de géographie et histoire, il convient de se tenir régulièrement au courant de l'actualité historiographique, ne serait-ce qu'en flânant avec constance parmi les rayons d'histoire, de géographie et d'actualité politique. L'ESD est une sorte de Grand Oral, en moins brillant certes, mais il n'en faut pas moins être capable de parler de tout et de presque rien, en ayant une opinion sinon avisée à tout le moins tranchée sur n'importe quel sujet. Nous retrouvons là l'idée que se font les Français de la culture générale.

Outre les déambulations parmi les rayons de librairie, une autre façon de se tenir au courant de l'actualité historiographique est de lire régulièrement les suppléments que consacrent aux livres les quotidiens: ceux du Figaro et de Libération sortent le jeudi, celui du Monde sort le vendredi. Le mensuel Lire vaut aussi le détour. A la radio et sur internet, France Culture propose plusieurs émissions sur l'actualité des livres et de l'historiographie.

Bien évidemment, l'esprit critique doit continuer à s'exercer, car la profession journalistique adore les renvois d'ascenseur: par exemple, Hélène Carrère d'Encausse écrit épisodiquement dans Le Figaro; or, il se trouve que le compte-rendu que fait Hubert Védrine (excusez du peu, nous sommes entre bonnes gens, cela va sans dire) de son dernier livre (L'Empire d'Eurasie: Une histoire de l'Empire russe de 1552 à nos jours, Fayard, Paris, 2005, 600 pages) dans le Figaro littéraire du jeudi 13 octobre est des plus élogieux; tellement que sa première phrase est retenue par Fayard dans la publicité qu'il fait de l'ouvrage dans le Figaro littéraire de la semaine suivante (jeudi 20 octobre 2005). Libération est moins sujet à ces renvois d'ascenseur qu'affectionnent Le Monde et Le Figaro. Mais Libération est encore un journal fait par des journalistes à temps plein.

En outre, les compte-rendus d'ouvrages faisant preuve d'esprit critique deviennent rares désormais; par effet de contraste, il est alors intéressant de constater l'opprobre généralisée que suscitent certains ouvrages, et de lire ces derniers, comme le Manuel d'athéologie de Michel Onfray. Quand il y a consensus en effet, où est la démocratie? (sujet de Grand Oral; non, je plaisante; quoique ...).

Pour revenir au sujet qui nous intéresse, l'actualité historiographique du mois d'octobre a été marquée, notamment, par la sortie du dernier livre de Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands (Flammarion, Paris, 2005, 380 pages).
La problématique récurrente des ouvrages sur l'Allemagne nazie vise en effet à éclairer comment un pays moderne comme l'Allemagne, idéal-type du processus de civilisation décrit par Norbert Elias, a pu sombrer dans la barbarie.
La thèse de G. Aly est simple: le soutien qu'a apporté la population allemande au nazisme s'expliquerait par les profits matériels qu'elle aurait tirés des agissements criminels de la politique nazie.

L'historien allemand relève ainsi que, contrairement à la Première Guerre mondiale, le second conflit mondial se traduit par une progression du niveau de vie global des Allemands. De même, l'effort de guerre a été volontairement réparti au détriment des classes les plus aisées et en faveur des couches populaires; en outre, cet effort de guerre aurait été financé aux deux tiers par l'exploitation de l'étranger et des juifs. Par sa volonté de "promotion sociale" et d' "égalité nationale", l'Allemagne nazie comporte selon Götz Aly une dimension "révolutionnaire".
Selon Edouard Husson, G. Aly a raison de s'intéresser au volet social du nazisme, qui expliquerait la longue adhésion des Allemands à cette dicature. Seulement, Götz Aly minore le rôle de l'idéologie: selon E. Husson, A. Hitler ne s'est pas attaqué aux juifs parce qu'il voulait maintenir le niveau de vie des Allemands (comme tend à le présenter G. Aly). Plutôt, c'est parce qu'il a décidé de s'acharner sur les juifs qu'il a pu maintenir le niveau de vie de son peuple.

L'auteur: Götz Aly, à la fois historien et journaliste, fait partie de cette génération d'historiens allemands nés après la guerre et qui ont participé au mai 68 allemand. Dans Endlösung, publiée en 1995 en Allemagne, G. Aly considère que les déportations de juifs ainsi que l'extermination systématique des malades mentaux (programme T4) sont liées aux décisions de "réintégrer" dans le territoire du Reich les "Allemands ethniques" dispersés à l'est de l'Europe. Déjà, l'historien allemand suscite la polémique en négligeant le côté idéologique de la politique exterminatrice des Juifs voulue par A. Hitler. Götz Aly a aussi coécrit avec Christian Gerlach Das Letzte Kapitel, une somme sur la déportation des Juifs de Hongrie en 1944, publiée en 2001 en Allemagne.

Référence:
_Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, traduit de l'allemand par Marie Gravey, Flammarion, Paris, 2005, 380 pages. [je précise que je n'ai pas lu cet ouvrage; seulement un compte-rendu de lecture de Patrice Bollon dans Le Figaro littéraire du jeudi 13 octobre 2005, article suivi d'un entretien de Jacques de Saint-Victor avec Edouard Husson, une analyse des recherches historiographiques allemandes sur la période nazie parue dans Le Monde des 28 janvier, 22 avril et 19 septembre 2005 (un même article légèrement modifié et publié trois fois!), un compte-rendu du livre par Edouard Husson dans le numéro 302 de L'histoire, et un article de Götz Aly paru dans Le Monde Diplomatique de mai 2005 dans lequel l'historien résume sa thèse.]

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samedi 22 octobre 2005

Edition, Les journees qui ont fait la France

En 1968, en pleine domination de l'histoire des Annales qui voue un culte au temps long, aux structures économiques et sociales, Georges Duby signe le Dimanche de Bouvines, premier titre de la collection "Trente Journées qui ont fait la France" publiée par Gallimard. Tous les candidats au CAPES d'histoire géographie qui préparent l'ESD récitent consciencieusement combien cette étude signifie un renouvellement et un retour de la biographie historique, un temps délaissée.

L'ancienne collection des "Trente Journées qui ont fait la France", inachevée par la faute de François Mitterrand, a été relancée le 13 octobre 2005 sous un nouveau titre: "Les journées qui ont fait la France"; Mona Ozouf signe le premier ouvrage de cette nouvelle collection avec Varennes: la mort de la royauté. Le 21 juin 1791, le roi et sa famille tentent de s'enfuir; le soir même, ils sont arrêtés à Varennes, dans l'Argonne. Le divorce entre le roi et la nation est ainsi consommé. Plus modeste que d'autres journées révolutionnaires comme le 9 thermidor ou le 18 fructidor, Varennes n'en a pas moins été ressentie "dans les profondeurs de la nation" (Aulard), n'en a pas moins frappé de stupeur tout un peuple.

L'auteur: Mona Ozouf est une spécialiste de l'histoire révolutionnaire. Agée de 74 ans, ancienne élève de l'ENS, agrégée de philosophie, elle rencontre en 1954 Jacques Ozouf, qu'elle épouse en 1955. C'est par son intermédiaire qu'elle fait connaissance avec d'autres historiens marxistes comme Denis Richet, Emmanuel Le Roy Ladurie, et François Furet. Communistes jusqu'en 1956, ces 5 amis entrent ensuite au Nouvel Observateur, en 1964. Commence alors un long travail en commun avec son ami François Furet: cf. le nombre d'ouvrages qui portent la double signature Furet-Ozouf.

La collection "Les Trente Journées qui ont fait la France" est mal connue des candidats au CAPES sinon par son titre phare, le Dimanche de Bouvines écrit par Georges Duby. En fait, 29 journées ont été décrites par des auteurs qui sortent plus du monde des lettres (Jean Giono) et de la politique (Edgar Faure) que du sérail des historiens (comme Georges Duby). Une seule journée manque donc à cette collection, celle du 2 décembre 1851. A l'origine, l'auteur devait en être Pierre Mendès France, qui a abandonnée le projet à François Mitterrand, lequel y tenait : le 2 décembre 1851, Louis Napoléon Bonaparte procède à un coup d'Etat; or, F. Mitterrand est l'auteur en 1964 du Coup d'Etat permanent, qui décrit la pratique du pouvoir du président Charles de Gaulle comme un abus répété des institutions républicaines.
Le renouvellement de cette collection sous un nouveau titre marque la volonté de tirer parti du renouvellement historiographique depuis les années 1970, notamment pour ce qui concerne l'histoire politique.

Références:
_Compte-rendu de lecture dans Le Figaro Littéraire du jeudi 6 octobre 2005 (très bon article, suivi d'un entretien avec le directeur de la nouvelle collection, Ran Halévy);
_Compte-rendu de lecture dans Le Monde des Livres du vendredi 7 octobre 2005 (bon article);
_Compte-rendu de lecture dans Le Nouvel Observateur du jeudi 13 octobre 2005 (bof; il faut préciser que Mona Ozouf intervient de temps à autre dans cet hebdomadaire, mais ce compte-rendu qui se veut flatteur n'apporte rien d'intéressant d'un point de vue historiographique, il envisage juste l'ouvrage comme l'occasion d'un bon moment de lecture).
_"Portrait" dans Libération du vendredi 14 octobre 2005 (bon article qui retrace son parcours intellectuel).
_Compte-rendu de lecture dans Lire d'octobre 2005, pages 76 et 77 (très bon article).


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