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samedi 31 décembre 2005

Biographie: Benedict Anderson

Benedict Anderson est né en 1936. Il est désormais professeur émérite en International Studies à l'université Cornell, à New York, aux États-Unis (qui compte parmi les 15 universités les plus réputées des États-Unis, en sciences politiques notamment).

Benedict Anderson est connu principalement pour son livre Imagined Communities (1983), traduit en France en 1996 sous le titre: L'imaginaire national: réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme (Paris, La Découverte). Dans ce livre, il postule que la nation est une construction sociale et même imaginée puisque l'identification nationale suppose la référence à un groupe abstrait: "même les membres de la plus petite des nations ne connaîtront jamais la plupart de leurs concitoyens [...] bien que dans l'esprit de chacun vive l'image de leur communion". Son originalité tient dans ce qu'il relie le mot "communauté" à celui d' "imaginée", alors que jusque là prédominait une approche weberienne (Max Weber) qui distinguait Gemeinschaft et Gesellschaft, communauté et société, la première faisant appel à des liens concrets, la seconde à des liens abstraits.

Avec Ernest Gellner et Eric Hobsbawm, Benedict Anderson considère que les nations et le nationalisme sont autant de produits de la modernité, et qu'ils répondent à des fins politiques et économiques. Cette approche qualifiée d'historiciste ou de moderniste, peut être opposée à celle primordialiste défendue principalement par Anthony Smith (professeur à la London School of Economics, LSE, l'équivalente britannique de notre Sciences Po) pour lequel les nations, sinon le nationalisme, ont toujours existé. Pour B. Anderson, le nationalisme a été rendu possible par le développement de l'imprimerie puis du capitalisme, la démocratisation de l'alphabétisme, et l'abolition des idées de droit divin et de monarchie.

Le courant moderniste est représenté en France par Dominique Schnapper (par ailleurs la fille de Raymond Aron) qui a présenté une analyse particulièrement convaincante de la communauté des citoyens: sur l'idée moderne de nation (Gallimard, NRF essais, Paris, 1994).

Karl Deutsch (1912-1992), un Allemand qui a enseigné dans les plus prestigieuses universités américaines (M.I.T., Yale, Harvard, Stanfield), était un autre représentant de ce courant moderniste même s'il est plus connu pour ses essais de politique comparée et ses tentatives de modélisation.

Benedict Anderson est également considéré comme un spécialiste de l'Indonésie au vingtième siècle.

Bibliographie:
_Benedict Anderson, L'imaginaire national: Réflexions sur l'origine et le développement du capitalisme, La Découverte, Paris, 1996, 213 pages;

_Ernest Gellner, Nations et nationalisme, Bibliothèque historique Payot, Paris, 1999 (1983 pour l'édition anglaise), 208 pages;

_Eric J. Hobsbawm, Nations and Nationalisme since 1870: Programme, Myth, Reality, Cambridge University Press, Cambridge, 1997 (1990), 206 pages;

_Eric J. Hobsbawm et Terence Granger, sous la direction, The Invention of Tradition, Cambridge University Press, Cambridge, 2002 (1983), 320 pages;

_Dominique Schnapper, La communauté des citoyens: sur l'idée moderne de nation, Gallimard, Collection NRF Essais, Paris, 230 pages (le livre est désormais disponible en une édition de poche);

_Anthony D. Smith, Nationalism and Modernism: A critical survey of recent theories of nations and nationalism, Routledge, London, 1998, 270 pages.

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mardi 13 décembre 2005

Petition Liberte pour l'Histoire

"Emus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l'appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants :

L'histoire n'est pas une religion. L'historien n'accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.
L'histoire n'est pas la morale. L'historien n'a pas pour rôle d'exalter ou de condamner, il explique.
L'histoire n'est pas l'esclave de l'actualité. L'historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n'introduit pas dans les événements d'autrefois la sensibilité d'aujourd'hui.
L'histoire n'est pas la mémoire. L'historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L'histoire tient compte de la mémoire, elle ne s'y réduit pas.
L'histoire n'est pas un objet juridique.
Dans un Etat libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l'Etat, même animée des meilleures intentions, n'est pas la politique de l'histoire.
C'est en violation de ces principes que des articles de lois successives ­ notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 ­ ont restreint la liberté de l'historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu'il doit chercher et ce qu'il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites.
Nous demandons l'abrogation de ces dispositions législatives indignes d'un régime démocratique.

Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock."

Texte paru dans Libération, rubrique "Rebonds", le mardi 13 décembre 2005.

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