Epreuve sur dossier: la foire aux questions sportives
_Quand sont apparus les Jeux Olympiques?
Les Jeux Olympiques antiques sont apparus en 776 avant l'ère chrétienne, à Olympie, en Grèce.
_Quand sont apparus les Jeux Olympiques modernes?
Les Jeux Olympiques modernes sont apparus en 1896 (à Athènes), pour les compétitions estivales. Les Jeux Olympiques d'hiver sont apparus en 1924 (à Chamonix).
_Le sport peut-il être l'objet d'une géographie?
Oui, même si la géographie des loisirs et des sports est une préoccupation relativement récente. Pour l'instant, seulement 17 thèses de géographie auraient été consacrées au sport. Par exemple, Régis Keerle a soutenu en 2002 une thèse de doctorat sur Sports et territoires. Contribution à une géographie du pouvoir: une géographie sociale du champ sportif (sous la direction de Jean-Paul Volle, Université de Montpellier III) dont voici une présentation.
Pour aller un peu plus loin, je renvoie à l'article "L'olympisme, jeux géopolitiques?" paru dans Les cafés géographiques en mars 2006.
Sur le site de l'académie de Toulouse, j'ai trouvé quelques pages réalisées par Jean-Christophe Sanchez sur le rugby dont notamment celle-ci, qui présente quelques cartes sur le rugby: la première carte, intitulée "Une géographie du rugby en France" me paraît la plus intéressante.
_Quel intérêt y aurait-il à faire une géographie du football?
Etudier le football en géographie permet d'étudier la diffusion spatiale d'un loisir. Né en Angleterre, le football se diffuse d'abord par la mer. Les premiers clubs européens sont ainsi des ports, comme Le Havre, Bilbao ou Hambourg. Ce n'est que dans un deuxième temps que le football se diffuse par voie terrestre, par le biais notamment des chemins de fer. Ainsi au Brésil, à partir de Sao Paulo.
J'ai découvert cette particularité à la lecture de l'article "La planète football: un monde sans guerre?" sur le site des Cafés géographiques.
Etudier le football est une autre façon de faire une géographie de la mondialisation. Lire à ce propos l'article Comment le monde se shoote au football" dans les Cafés géographiques.
Le football est aussi un moyen comme un autre de pratiquer de la géographie sociale.
_Quel empereur romain fut sacré champion olympique?
Néron fut sacré champion olympique de la course de quadrige (211e olympiade). Une victoire qui se comprend peut-être mieux en précisant que Néron a payé pour cette victoire, et qu'il était le seul à concourir.
Sur ce point, je renvoie au livre de l'historienne Violaine Vanoyeke, la Naissance des Jeux Olympiques et le sport dans l'Antiquité, Editions Realia-Belles Lettres, 1992.
_Quel regard a pu porter l'Eglise (catholique) sur le sport?
Dans un premier temps, il semble que le sport ait été rejeté par les dirigeants de l'Eglise d'Occident; notamment au haut Moyen Age. Sans doute est-ce lié à la mise en avant du corps dans les pratiques sportives.
Le tournant semble trouver son origine dans la deuxième moitié du XIXe siècle, en Angleterre, avec l'intérêt croissant des églises protestantes pour une "muscular Christianity". Sur le continent, l'Eglise catholique agit de même. De 1880 à 1930, l'Eglise veille au développement de patronages à objectif sportif qui visent à encadrer la jeunesse. L'Elan Béarnais Pau-Orthez, club de basketball plusieurs fois champion de France, est issu d'un tel patronage, créé à Orthez (Pyrénées-Atlantiques) en 1908 (mais le basketball n'y est pratiqué que vers les années 1930 et supplante en popularité le football qu'après la Seconde Guerre mondiale).
_Le sport est-il un marqueur social?
Il me semble: le public qui assiste à un match de football à Paris n'est pas le même que celui qui se rend dans une patinoire pour assister à une compétition. De même, les pratiquants du golf n'appartiennent pas, dans leur majorité, à la même catégorie socio-professionnelle que ceux qui s'adonnent à la boxe thaïlandaise. Ils n'habitent vraisemblablement pas, non plus, les mêmes quartiers. Par conséquent, nous pouvons supposer que leurs cartes mentales ne sont pas les mêmes.
C'est pour cela qu'une géographie sociale du sport apparaît particulièrement pertinente.
_Un simple match de football peut-il déclencher une guerre?
Cette question fait allusion à la "guerre des cent heures", appelée aussi "guerre du football", qui a opposé le Honduras au Salvador, du 14 au 19 juillet 1969. Deux matchs de qualification pour la Coupe du monde en furent les détonateurs.
Pour approfondir les multiples dimensions de ce conflit, je renvoie à l'article d'Alain Rouquié intitulé "Honduras- El Salvador. La guerre de cent heures: un cas de "désintégration" régionale" paru en 1971 dans la Revue française de science politique, article désormais disponible sur l'excellent site officiel Persée. Alain Rouquié est directeur émérite à la Fondation Nationale des Science Politique (hébergée sur le même site que Sciences Po Paris), président de la maison de l'Amérique Latine, et ancien ambassadeur de France au Brésil.
_Quelle différence feriez-vous entre sport et jeu?
D'un point de vue historique, l'emploi du mot "sport" est anachronique avant le dernier tiers du XIXe siècle. Auparavant, il faut préférer le terme de "jeu". Cf. Georges Vigarello, Du jeu ancien au show sportif: naissance d'un mythe, Le Seuil, 2002, 233 pages. Pour cet universitaire, le jeu ancien est associé aux pratiques du pari, aux fêtes (religieuses surtout). Les jeux anciens sont interpénétrés dans les lieux du quotidien. Sauf le jeu de paume. A la différence du sport moderne, le jeu ancien n'est pas ritualisé. Ce n'est pas la même sociabilité: ce sont des jeux très exclusifs socialement. Dans la société ancienne, le jeu est en outre moralement douteux: de l'argent circule.
Rupture fondamentale au XIXe: les pratiques s'institutionnalisent. Trois repères différents permettent de distinguer le sport du jeu: des espaces spécifiques, un temps spécifique (dans une société qui perd ses repères religieux), une sociabilité différente avec un projet égalitaire. Le sport va pratiquer un imaginaire, une pratique qui se veut morale; il instaure du mythe, de l'illusion. Le sport se veut une pratique exemplaire, parce qu'il promeut de l'égalité, du respect de l'autre, et met en avant une temporalité du progrès (battre les records, toujours plus haut, toujours plus loin). Le sport révèle certains de nos repères contemporains. Enfin, le sport va être une pratique qui va trouver ses systèmes de financement.
_Citez un historien du sport.
Pierre Arnaud. S'il faut retenir un seul nom, c'est bien celui de Pierre Arnaud: ce sportif (champion de France militaire en biathlon) a été professeur de sport; il a soutenu une thèse en psychologie puis s'est tourné vers l'histoire. Parmi ses ouvrages, on peut notamment citer Les Athlètes de la République: Gymnastique, sport et idéologie républicaine, 1870-1914 (1987), Le militaire, l'écolier, le gymnaste: Naissance de l'éducation physique en France, 1869-1889 (1990), Les origines du sport ouvrier en Europe (sous sa direction, 1994); avec Thierry Terret, il a dirigé une Histoire du sport féminin (2 tomes, 1996).
Gilles Andrieu a écrit notamment Du sport aristocratique au sport démocratique: histoire d'une mutation, 1886-1936 (2002).
Georges Vigarello est lui aussi un professeur de sport qui s'est tourné vers l'histoire après une agrégation de philosophie. Il s'est d'abord intéressé à l'histoire du corps: Le Propre et le Sale: l'hygiène du corps depuis le Moyen Age (1985); Le sain et le malsain: santé et mieux-être depuis le Moyen Age (1993), Histoire du viol, XVIe-XXe siècles (1998), Histoire de la beauté: le corps et l'art d'embellir, XVIe-XXe siècles (2002); il a ensuite dirigé avec Alain Corbin et Jean-Jacques Courtine Une histoire du corps (2005-6). Dans le domaine de l'histoire du sport, il a publié Une histoire culturelle du sport: techniques d'hier et d'aujourd'hui (album illustré, 1988) et Du jeu ancien au show sportif, la naissance d'un mythe (2002).
Sources:
_compte-rendu de lecture d'Alain Corbin sur l'Histoire du viol de Georges Vigarello dans Le Monde daté du 20 février 1998;
_portrait de Georges Vigarello comme "universitaire atypique" par Luc Rosenzweig dans Le Monde daté du 23 juin 1998;
_comme directeur d'études à l'EHESS, Georges Vigarello dispose d'une page personnelle.
_compte-rendu de lecture de Ronald Hubscher sur Les athlètes de la République, livre dirigé par Pierre Arnaud, dans Annales: Histoire, Sciences Sociales, 1988, volume 43, n°5, pages 1167 à 1169, consultable sur le site Persée. [recherche à partir du mot-clé "sport"; d'autres compte-rendus d'ouvrages ou de thèses y sont consultables, d'intéret inégal]
Libellés : Questions de reprise

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