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mercredi 4 octobre 2006

Compte-rendu d'ecoute: Paul Vidal de la Blache

Ce mercredi 4 octobre 2006, l'émission Planète Terre, sur France Culture, consacrait son heure hebdomadaire au "père" de la géographie: Paul Vidal de la Blache.

En introduction, Sylvain Kahn rappelait que Paul Vidal de la Blache est né en 1845 à Pézenas et mort en 1918 à Tamaris dans le Var. Il est l'auteur du fameux Tableau de géographie de la France, publié en 1903. Il a fondé la célèbre revue des Annales de Géographie. En inventant la géographie à la française, Vidal inventa une description et une figuration de la France qui s'imposa au plus grand nombre. Un siècle plus tard, que reste-t-il de l'héritage de Paul Vidal de la Blache?

Les deux invités sont Marie-Claire Robic, directrice au CNRS du laboratoire de recherche E.H.GO (Epistémologie et histoire de la géographie), et Marie-Vic Ozouf-Marinier, directrice d'études en géographie sociale à l'EHESS.


Pour Marie-Vic Ozouf-Marinier, Vidal est quelqu'un de très connu, de très lu mais il serait souvent lu trop rapidement; dès lors, un certain nombre d'idées reçues circulent à son égard:
_première de ces idées reçues, Vidal aurait été complètement étranger aux questions politiques du moment, la géographie qu'il met en place est réputée pour son a-politisme.
_deuxième idée reçue, il aurait été l'apôtre de la permanence, des faits qui ne bougent pas.
_troisième idée reçue, son supposé excès de naturalisme: en mettant en relation les faits naturels et les faits humainis, Vidal et ses disciples auraient appliqué un principe déterministe strict et réducteur.

Qu'est-ce qu'un principe déterministe?
C'est faire découler l'organisation des faits humains des configurations géographiques, du milieu naturel, de la géographie physique, de la disposition du relief, de la répartition du couvert végétal, de l'ordre des climats ...

Or, contrairement à ces idées reçues, Vidal s'est beaucoup impliqué dans les débats d'actualité de son époque; si il fonde une géographie très proche des sciences naturelles, le principe déterministe n'est pas appliqué toujours d'une façon mécaniste et réductrice; enfin, loin de ne valoriser que les faits permanents, il s'intéresse aussi beaucoup à ce qui change, à la modernité, au phénomène de mobilité, etc.

Marie-Claire Robic rappelle que Paul Vidal de la Blache a inventé une géographie autonome par rapport aux disciplines voisines, sciences sociales (l'histoire notamment) ou sciences naturelles (la géologie notamment). Une discipline qui se distingue de ce qui précède, cet ensemble hétérogène de connaissances qu'on rassemble sous le vocable de sciences géographiques. Paul Vidal de la Blache invente au fond une école, l'école française de géographie: française, par opposition aux écoles d'autres pays, l'école allemande en particulier, dominée notamment par Friedrich Ratzel; école française de géographie, pour la distinguer de l'autre science émergente de l'époque, la sociologie.
Dans un article polémique de 1909, le sociologue François Simiand met en cause la légitimité de cette nouvelle discipline qu'est la géographie et notamment la géographie humaine; il prétend que la sociologie est la discipline qui doit recouvrir autant la géographie que l'histoire.
Si elle doit se justifier par rapport à la sociologie, la géographie doit aussi se distinguer de l'histoire: Dans la Terre et la géographie humaine, Lucien Febvre prend le parti de la géographie tout en lui donnant une pace intellectuelle modeste. Albert Demangeon a ainsi pu dire de ce livre, en 1923: "S'il fallait accepter toutes ses négations, c'est toute la géographie humaine -qu'il prétend défendre -qui succomberait à son étreinte affectueuse".

Lucien Febvre a qualifié la géographie vidalienne de possibilisme: qu'est-ce que cela veut dire?
Marie-Vic Ozouf-Marinier explique que le possibilisme, qui consiste à penser que l'homme choisit d'aménager et de modifier le milieu naturel dans le sens d'une exploitation des ressources.
Donc le déterminisme n'est pas complet dans la géographie vidalienne: l'homme a la capacité de s'adapter.
Dans la première partie vidalienne, beaucoup de travaux s'intérressent à montrer les prouesses de l'homme pour conquérir des milieux souvent difficiles. C'est une veine importante de la géographie de l'époque que de montrer que l'homme, même face à des conditions difficiles, peut modifier son environnement.
Pour Marie-Claire Robic, c'est une conception des relations hommes-milieux qui met en avant la liberté humaine, la créativité, le libre-arbitre et qui permet de penser l'exploitation et donc une colonisation (au sens de l'époque: peuplement par des Occidentaux) de l'ensemble de la Terre.
Selon Marie-Claire Robic, la géographie universitaire de l'époque se place de plus en plus dans une position de science "pure", au point que se produit une scission au début des années 1890 entre Marcel Dubois, professeur de géographie coloniale, et Paul Vidal de la Blache, tous les deux cofondateurs des Annales de géographie. A l'origine de cette séparation, une divergence quant à la finalité de la géographie: doit-elle penser le projet colonial, ou privilégier le savoir pour le savoir? C'est beaucoup plus tard, dans les années 1930, que des géographes académiques comme un Pierre Gourou ou un Charles Robequain vont à nouveau réfléchir sur les colonies.

Paul Vidal de la Blache a été également sollicité pour penser l'organisation du territoire français.
Marie-Vic Ozouf-Morinier rappelle le contexte: à la Belle Epoque commence à se développer un mouvement régionaliste assez multiforme qui s'enracine dans différents milieux politiques; l'idée d'aller à l'encontre d'une centralisation jugée excessive s'impose; l'on évoque la possibilité d'une réforme du découpage territorial français, le département commençant à être jugé trop petit par rapport à l'évolution économique. Paul Vidal de la Blache est un de ceux qui vont participer au débat, et ce très concrètement: en 1910, il est sollicité pour diriger un projet de régionalisation de la France à la demande du Président du Conseil Aristide Briand: celui-ci souhaite en effet établir des assemblées régionales représentatives. Vidal va ainsi publier un travail, accompagné d'une carte, assez célèbre. Vidal propose un découpage de la France en 17 régions, qui ressemblent déjà à nos actuelles régions. Ce découpage a d'ailleurs servi de référence récurrente tout au long du XXe siècle pour les différents projets de régionalisation qui se sont succédés. Ce projet est cependant abandonné avec le départ d'A. Briand de la présidence du Conseil.
A la fin de la Première Guerre mondiale, le ministre Clémentel imagine un regroupement des chambres de commerce et d'industrie: son conseiller est l'historien Henri Hauser, ancien élève de Vidal à l'ENS, et qui reprend le projet vidalien pour effectuer ce regroupement.

Qu'est-ce que la géomorphologie? C'est l'étude de l'évolution des formes du relief, appuyée sur des connaissances de la structure géologique et des forces comme l'érosion. Cette science a été développée notamment par William Morris Davis aux Etats-Unis, lequel a influencé fortement la géographie européenne et en particulier celle française.

La géographie développée par Vidal avait deux versants:
_une science régionale, connaissance des contrées dont il s'agissait de déployer l'identité, la personnalité issue de la combinaison de facteurs physiques et humains. Une telle géographie se retrouve dans son Atlas général.
_deuxième projet, mené en parallèle, une géographie humaine, une "écologie de l'homme": il s'agit de comprendre les relations entre les milieux et les groupements humains.

Sur internet, il est possible de lire quelques articles de Paul Vidal de la Blache, ici notamment où des bénévoles proposent des textes d'auteurs classiques des sciences sociales.

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