/>

dimanche 25 juin 2006

Sujet d'Epreuve sur Dossier: L'Europe, une question d'histoire et geographie

Soit le sujet d'ESD: "L'Europe, une question d'histoire et géographie" (d'après une colle proposée à Pau le 16 juin 2004).

Introduction:
Je propose de commencer par une citation de Victor Hugo: "Au vingtième siècle, il y aura une nation extraordinaire. [...] Elle s'appellera l'Europe au vingtième siècle et aux siècles suivants, [...] l'Humanité". (Victor Hugo, introduction au Paris guide de l'Exposition universelle de 1869, 1867).
Ensuite, on peut s'essayer rhétoriquement à une définition de l'Europe pour déboucher sur un constat: les définitions de l'Europe ont varié selon les périodes historiques étudiées et selon les critères géographiques retenus.
Dès lors, je ferais ressortir plusieurs axes, qui pourraient être autant de problématiques voire de parties:
_quand il s'agit de définir l'Europe, l'histoire et la géographie sont souvent mises en avant dans le débat politique (Cf. le débat au moment du projet de constitution européenne sur les fondements chrétiens, cf. les justifications avancées pour refuser l'entrée de la Turquie). Ces deux disciplines semblent servir de prétexte, de caution, de paravent pour exclure l'autre, celui qui nous fait peur, que nous redoutons d'autant plus volontiers que nous le connaissons mal.
_le développement assez récent de travaux historiographiques et géographiques avec l'Europe comme échelle d'étude.
_dans les programmes, la dimension européenne a remplacé le "mythe national" dénoncé il y a deux décennies par Suzanne Citron. Peut-on pour autant parler de progrès?

Quelques idées qui pourraient être placées au cours du développement:
_l'idée fausse mais ô combien tenace de frontières "naturelles". Cf. Pierre le Grand qui prétend que l'Europe s'arrête à l'Oural pour mieux intégrer la Russie à l'Europe des Lumières.
_où s'arrête l'Europe? La Méditerranée, au sud? Mais c'est aussi un lieu d'échanges humains, commerciaux, culturels. En profiter pour évoquer l'étude de la Méditerranée au XIIe siècle en Seconde. Le Bosphore, à l'est? Mais n'est-ce pas un argument cache-sexe pour repousser une population majoritairement musulmane? La Manche, à l'ouest? Cf. l'opposition de Charles De Gaulle à l'entrée du Royaume Uni, levée par Georges Pompidou. En profiter pour faire le lien avec le programme de Troisième et deTerminale qui abordent la construction européenne.
_quelques dates clés de la construction européenne: 1954 (traité CECA), 1957 (traité de Rome, CEE), 1992 (traité de Maastricht), 1997 (traité d'Amsterdam), 1er janvier 2002 (introduction de l'euro), 2005 (référendum sur le projet de constitution européenne: le non l'emporte en France et aux Pays-Bas).
_L'Europe, un OPNI (objet politique non identifié) selon Jacques Delors (ancien président de la commission européenne). D'où la récupération de l'histoire et de la géographie par le personnel politique.
_Ne pas voir cette récupération uniquement sous son versant négatif. Penser à l'utilisation de la géographie, à la participation de géographes pour l'attribution des FEDER, pour l'aide à la décision de grands projets européens. En profiter pour faire le lien avec les programmes de géographie de Quatrième et de Première.
_La CEE et l'UE: pour quoi faire? était-ce vraiment pour éviter une nouvelle guerrre ou pour se remettre des décolonisations? un nouveau débouché pour les élites (fin des postes coloniaux, démocratisation de l'enseignement)?
_L'Europe, ce n'est pas seulement l'UE; c'est aussi le partage de valeurs (démocratie, interdiction de la peine de mort, économie libérale de marché tempérée par des politiques sociales: cf. les modèles scandinave et latin, les avancées des droits en matière d'homosexualité et d'homoparentalité); le Conseil de l'Europe; l'OTAN; donc le Pacte de Varsovie; le sport (UEFA, tournoi des 6 nations; en golf, la Ryder Cup et la Solheim Cup opposent joueurs et joueuses européens contre leurs homologues américains: seulement, je ne sais pas selon quels critères ces joueurs et joueuses sont déclarés "européens").
_L'Europe et les programmes scolaires.
_Des lieux de mémoire européen? Le mémorial de Péronne, par rapport à la Première Guerre mondiale? Bruxelles et Strasbourg, en relation avec les bâtiments officiels de l'UE, de l'OTAN et du Conseil de l'Europe?


Les difficultés éventuelles:
_laisser croire que Europe et Union européenne (CEE, autrefois) sont la même chose. Ce qui nécessite quelques précautions langagières.
_confondre parlement européen et Conseil de l'Europe.
_confondre CEDH et CJCE et leur implantation: la CEDH désigne à la fois la Convention européenne des droits de l'Homme et la Cour européenne des droits de l'Homme, dont le siège est à Strasbourg et relève du Conseil de l'Europe; la CJCE est la Cour de justice des communautés européennes, basée à Luxembourg, et relève de l'Union européenne.

Reprise:
_Qu'est-ce qu'une frontière?
La frontière est soit une limite (en anglais, cela correspond au mot border), soit une zone de contact (en anglais, frontier).
Pour aller plus loin tout en restant sur internet, il est possible de lire ici l'approche de ce concept sur l'encyclopédie en ligne hypergeo.
_Qu'est-ce qu'une interface?
L'interface est une zone de contacts entre deux ensembles, entre deux systèmes.

_Citez un aménagement à l'échelle de l'Europe.
La construction d'ITER dans le domaine de l'énergie, GALILEO dans les domaines des satellites et des transports. L'Europe participe aussi au financement partiel de certaines autoroutes et voies ferrées: ainsi, la ligne à grande vitesse entre Paris et Strasbourg, dont l'ouverture est prévue pour juin 2007.

_Qu'est-ce qui fait l'unité de l'Europe?
Plusieurs réponses possibles: en entendant l'Europe comme UE, cela pourrait être l'euro, l'hymne européen (arrangement par Herbert von Karajan de l'Ode à la joie, dernier mouvement de la 9e symphonie de Ludwig von Beethoven), le drapeau, la devise (in varietate concordia, unie dans la diversité), la journée de l'Europe (fixée le 9 mai pour rappeler la déclaration Schuman de 1950).

Libellés :

samedi 10 juin 2006

Epreuve sur dossier: la foire aux questions sportives

Actualité aidant, des sujets et des questions d'épreuve sur dossier au CAPES d'histoire et géographie pourraient porter, plus que d'habitude, sur le sport. Cela en réjouira certains, en décontenencera d'autres. D'où ces quelques questions, d'où ces propositions de réponses que je vous soumet.

_Quand sont apparus les Jeux Olympiques?
Les Jeux Olympiques antiques sont apparus en 776 avant l'ère chrétienne, à Olympie, en Grèce.

_Quand sont apparus les Jeux Olympiques modernes?
Les Jeux Olympiques modernes sont apparus en 1896 (à Athènes), pour les compétitions estivales. Les Jeux Olympiques d'hiver sont apparus en 1924 (à Chamonix).

_Le sport peut-il être l'objet d'une géographie?
Oui, même si la géographie des loisirs et des sports est une préoccupation relativement récente. Pour l'instant, seulement 17 thèses de géographie auraient été consacrées au sport. Par exemple, Régis Keerle a soutenu en 2002 une thèse de doctorat sur Sports et territoires. Contribution à une géographie du pouvoir: une géographie sociale du champ sportif (sous la direction de Jean-Paul Volle, Université de Montpellier III) dont voici une présentation.
Pour aller un peu plus loin, je renvoie à l'article "L'olympisme, jeux géopolitiques?" paru dans Les cafés géographiques en mars 2006.
Sur le site de l'académie de Toulouse, j'ai trouvé quelques pages réalisées par Jean-Christophe Sanchez sur le rugby dont notamment celle-ci, qui présente quelques cartes sur le rugby: la première carte, intitulée "Une géographie du rugby en France" me paraît la plus intéressante.

_Quel intérêt y aurait-il à faire une géographie du football?
Etudier le football en géographie permet d'étudier la diffusion spatiale d'un loisir. Né en Angleterre, le football se diffuse d'abord par la mer. Les premiers clubs européens sont ainsi des ports, comme Le Havre, Bilbao ou Hambourg. Ce n'est que dans un deuxième temps que le football se diffuse par voie terrestre, par le biais notamment des chemins de fer. Ainsi au Brésil, à partir de Sao Paulo.
J'ai découvert cette particularité à la lecture de l'article "La planète football: un monde sans guerre?" sur le site des Cafés géographiques.
Etudier le football est une autre façon de faire une géographie de la mondialisation. Lire à ce propos l'article Comment le monde se shoote au football" dans les Cafés géographiques.
Le football est aussi un moyen comme un autre de pratiquer de la géographie sociale.

_Quel empereur romain fut sacré champion olympique?
Néron fut sacré champion olympique de la course de quadrige (211e olympiade). Une victoire qui se comprend peut-être mieux en précisant que Néron a payé pour cette victoire, et qu'il était le seul à concourir.
Sur ce point, je renvoie au livre de l'historienne Violaine Vanoyeke, la Naissance des Jeux Olympiques et le sport dans l'Antiquité, Editions Realia-Belles Lettres, 1992.

_Quel regard a pu porter l'Eglise (catholique) sur le sport?
Dans un premier temps, il semble que le sport ait été rejeté par les dirigeants de l'Eglise d'Occident; notamment au haut Moyen Age. Sans doute est-ce lié à la mise en avant du corps dans les pratiques sportives.
Le tournant semble trouver son origine dans la deuxième moitié du XIXe siècle, en Angleterre, avec l'intérêt croissant des églises protestantes pour une "muscular Christianity". Sur le continent, l'Eglise catholique agit de même. De 1880 à 1930, l'Eglise veille au développement de patronages à objectif sportif qui visent à encadrer la jeunesse. L'Elan Béarnais Pau-Orthez, club de basketball plusieurs fois champion de France, est issu d'un tel patronage, créé à Orthez (Pyrénées-Atlantiques) en 1908 (mais le basketball n'y est pratiqué que vers les années 1930 et supplante en popularité le football qu'après la Seconde Guerre mondiale).

_Le sport est-il un marqueur social?
Il me semble: le public qui assiste à un match de football à Paris n'est pas le même que celui qui se rend dans une patinoire pour assister à une compétition. De même, les pratiquants du golf n'appartiennent pas, dans leur majorité, à la même catégorie socio-professionnelle que ceux qui s'adonnent à la boxe thaïlandaise. Ils n'habitent vraisemblablement pas, non plus, les mêmes quartiers. Par conséquent, nous pouvons supposer que leurs cartes mentales ne sont pas les mêmes.
C'est pour cela qu'une géographie sociale du sport apparaît particulièrement pertinente.

_Un simple match de football peut-il déclencher une guerre?
Cette question fait allusion à la "guerre des cent heures", appelée aussi "guerre du football", qui a opposé le Honduras au Salvador, du 14 au 19 juillet 1969. Deux matchs de qualification pour la Coupe du monde en furent les détonateurs.
Pour approfondir les multiples dimensions de ce conflit, je renvoie à l'article d'Alain Rouquié intitulé "Honduras- El Salvador. La guerre de cent heures: un cas de "désintégration" régionale" paru en 1971 dans la Revue française de science politique, article désormais disponible sur l'excellent site officiel Persée. Alain Rouquié est directeur émérite à la Fondation Nationale des Science Politique (hébergée sur le même site que Sciences Po Paris), président de la maison de l'Amérique Latine, et ancien ambassadeur de France au Brésil.

_Quelle différence feriez-vous entre sport et jeu?
D'un point de vue historique, l'emploi du mot "sport" est anachronique avant le dernier tiers du XIXe siècle. Auparavant, il faut préférer le terme de "jeu". Cf. Georges Vigarello, Du jeu ancien au show sportif: naissance d'un mythe, Le Seuil, 2002, 233 pages. Pour cet universitaire, le jeu ancien est associé aux pratiques du pari, aux fêtes (religieuses surtout). Les jeux anciens sont interpénétrés dans les lieux du quotidien. Sauf le jeu de paume. A la différence du sport moderne, le jeu ancien n'est pas ritualisé. Ce n'est pas la même sociabilité: ce sont des jeux très exclusifs socialement. Dans la société ancienne, le jeu est en outre moralement douteux: de l'argent circule.
Rupture fondamentale au XIXe: les pratiques s'institutionnalisent. Trois repères différents permettent de distinguer le sport du jeu: des espaces spécifiques, un temps spécifique (dans une société qui perd ses repères religieux), une sociabilité différente avec un projet égalitaire. Le sport va pratiquer un imaginaire, une pratique qui se veut morale; il instaure du mythe, de l'illusion. Le sport se veut une pratique exemplaire, parce qu'il promeut de l'égalité, du respect de l'autre, et met en avant une temporalité du progrès (battre les records, toujours plus haut, toujours plus loin). Le sport révèle certains de nos repères contemporains. Enfin, le sport va être une pratique qui va trouver ses systèmes de financement.

_Citez un historien du sport.
Pierre Arnaud. S'il faut retenir un seul nom, c'est bien celui de Pierre Arnaud: ce sportif (champion de France militaire en biathlon) a été professeur de sport; il a soutenu une thèse en psychologie puis s'est tourné vers l'histoire. Parmi ses ouvrages, on peut notamment citer Les Athlètes de la République: Gymnastique, sport et idéologie républicaine, 1870-1914 (1987), Le militaire, l'écolier, le gymnaste: Naissance de l'éducation physique en France, 1869-1889 (1990), Les origines du sport ouvrier en Europe (sous sa direction, 1994); avec Thierry Terret, il a dirigé une Histoire du sport féminin (2 tomes, 1996).
Gilles Andrieu a écrit notamment Du sport aristocratique au sport démocratique: histoire d'une mutation, 1886-1936 (2002).
Georges Vigarello est lui aussi un professeur de sport qui s'est tourné vers l'histoire après une agrégation de philosophie. Il s'est d'abord intéressé à l'histoire du corps: Le Propre et le Sale: l'hygiène du corps depuis le Moyen Age (1985); Le sain et le malsain: santé et mieux-être depuis le Moyen Age (1993), Histoire du viol, XVIe-XXe siècles (1998), Histoire de la beauté: le corps et l'art d'embellir, XVIe-XXe siècles (2002); il a ensuite dirigé avec Alain Corbin et Jean-Jacques Courtine Une histoire du corps (2005-6). Dans le domaine de l'histoire du sport, il a publié Une histoire culturelle du sport: techniques d'hier et d'aujourd'hui (album illustré, 1988) et Du jeu ancien au show sportif, la naissance d'un mythe (2002).

Sources:
_compte-rendu de lecture d'Alain Corbin sur l'Histoire du viol de Georges Vigarello dans Le Monde daté du 20 février 1998;
_portrait de Georges Vigarello comme "universitaire atypique" par Luc Rosenzweig dans Le Monde daté du 23 juin 1998;
_comme directeur d'études à l'EHESS, Georges Vigarello dispose d'une page personnelle.
_compte-rendu de lecture de Ronald Hubscher sur Les athlètes de la République, livre dirigé par Pierre Arnaud, dans Annales: Histoire, Sciences Sociales, 1988, volume 43, n°5, pages 1167 à 1169, consultable sur le site Persée. [recherche à partir du mot-clé "sport"; d'autres compte-rendus d'ouvrages ou de thèses y sont consultables, d'intéret inégal]


Libellés :

lundi 5 juin 2006

Questions d'eleves: sauriez-vous y repondre?

Quand on révise l'épreuve sur dossier, l'ESD, ce sont souvent les questions qui posent problème. Bien des étudiants sont alors déstabilisés, et perçoivent ces questions de reprise comme autant d'embûches. Ce n'est pas toujours le cas. Une première catégorie de questions de reprise est destinée à approfondir des termes ou noms prononcés par le candidat pendant l'exposé. La deuxième catégorie vise à sonder la culture disciplinaire du candidat. La troisième catégorie est, elle, bien destinée à tester la réactivité du candidat. Un exemple parmi tant d'autres: "Deux élèves se battent, que faites-vous?" La candidate aurait répondu: "Je prends le plus gros manuel pour les séparer".
Ce que je souhaite juste montrer ici, c'est que les questions des élèves peuvent être tout aussi déstabilisantes, et que la réactivité ou la culture qui sont testées à l'épreuve sur dossier ont du bon au vu de ce qui vous attend de l'autre côté. En voici un florilège.

_Monsieur, c'est quoi la différence entre une chapelle et une église? (Audrey, 5e)
Contexte: séquence sur l'empire carolingien, cours sur Aix-la-Chapelle, étude d'un plan de la chapelle palatine.
Audrey est une excellente élève, qui le sait, et qui fait montre à l'occasion d'impertinence avec certains professeurs. En l'occurence, je ne sais pas si c'était de l'impertinence ou de la curiosité intellectuelle pour les mots. J'ai répondu qu'une chapelle était une église réservée à un petit nombre de personnes, à la famille, en précisant toutefois que j'allais vérifier, car je n'étais pas sûr de l'exactitude de ma définition.

_Monsieur, c'est vrai qu'Osiris a été coupé en 14 morceaux? (Tony, 6e)
Tony est un élève qui redouble sa 6e; il a de grosses difficultés en français, en expression écrite, mais il est curieux, et il retient assez bien les réponses données à ses questions.
Contexte: séquence sur l'Egypte pharaonique, cours sur le mythe d'Osiris, lecture d'un texte décrivant son enfermement dans le cercueil par son frère, puis récit du périple de sa femme Isis à la recherche de son époux.
En l'occurence, Tony voulait savoir si, à un moment donné de l'histoire, un monsieur nommé Osiris, avait vraiment été enfermé dans un cercueil puis découpé en morceaux par son frère. Il a donc fallu expliquer la différence entre mythe et réalité, mythe et vérité, mythe et histoire; à des sixièmes! et de but en blanc.

_Monsieur, c'est quoi le 14e morceau d'Osiris qui n'a pas été retrouvé? (Tony, 6e)
J'ai expliqué aux élèves qu'Isis avait réussi à trouver tous les morceaux du corps d'Osiris, sauf un. Je n'ai pas dit lequel, sur le conseil de ma tutrice, qui jugeait que ce n'était pas nécessaire de les émoustiller plus qu'ils ne le sont au quotidien. Sauf que, du coup, la question est revenue plusieurs fois. J'ai donc répondu, lors de la correction de l'évaluation qui concluait cette séquence sur l'Egypte ancienne. D'après certains récits égyptiens, le sexe d'Osiris manquait, parce qu'il aurait été mangé par les poissons.

_Monsieur, pourquoi, Athènes, ça prend un -s? (Nicolas, 6e)
Contexte: séquence sur la Grèce antique, leçon sur la cité d'Athènes au Ve siècle, écriture du titre au tableau.
Nicolas est un élève moyen, à l'aise en maths, en difficulté en français (lecture, expression écrite), et qui ne profite pas de ses quelques facilités pour s'améliorer. A cette époque de l'année, Nicolas avait remarqué que je répondais à presque toutes les questions des élèves, que j'aime expliquer l'orthographe d'un mot par l'étymologie, et il posait donc des questions pour faire ralentir le cours, casser le rythme du professeur. Une façon comme une autre de gripper le cours et de contester l'autorité de l'adulte.
Je n'avais pas la réponse, donc j'ai dit que je chercherai dans le dictionnaire. Ce que j'ai fait. Et j'ai pu ainsi expliquer au cours suivant (en évitant le terme de synoecisme) que le -s final à Athènes rappelait les différents villages qui se sont réunis pour fonder cette cité.
Depuis, Nicolas file droit.

_Monsieur, pourquoi est-ce que la Pnyx s'appelle "Pnyx"? (Damien, 6e)
Entendant ma réponse précédente, Damien s'est dit que le prof, décidemment, savait tout. S'il pouvait expliquer le -s final à Athènes, il peut expliquer pourquoi Pnyx s'appelle "Pnyx". Damien est un élève qui rencontre de graves difficultés de compréhension; il va être réorienté à l'issue de cette sixième.
Je lui ai répondu que je n'avais pas réponse à tout, que je n'étais pas une encyclopédie vivante, mais qu'il pouvait toujours chercher par lui-même la réponse une fois rentré à la maison. Je n'ai toujours pas trouvé de définition du mot grec en français, mais d'après quelques recherches en anglais, "pnyx" traduirait la notion de densité, de foule compacte, ce qui se comprend puisque c'est sur cette colline que se réunissaient les citoyens d'Athènes.
Pour aller plus loin, le site Clioweb propose un dossier photographique sur l'Agora avec, notamment, un renvoi vers une collection de photographies de la Pnyx.

_Monsieur, c'est quoi la monnaie des Romains? (Tony, 6e)
Contexte: séquence sur la Rome antique, cours sur la naissance de la République romaine, explication d'un texte de Tite-Live sur la révolte des plébéiens.
Et là, le trou ... plus aucun souvenir d'aureus, ni même des sesterces utilisés par Astérix. Après quelques secondes, le seul mot qui me venait à l'esprit était "obole" (or, c'est une monnaie grecque). J'ai donc embrayé sur la tradition de placer une obole dans la bouche des morts pour payer à Charon la traversée du Styx ...

_Et, monsieur, si le corps était brûlé, ils faisaient comment pour placer l'obole dans la bouche? (Rémi, 6e)
Rémi est un élève moyen, qui a des difficultés de compréhension, qui ne travaille pas assez, et qui est particulièrement étourdi. Cette question est symptomatique de celles qu'il pose d'habitude. A question bête, pas de réponse. Sauf que j'ai répondu, et ma réponse a écoeuré certains élèves (je regarde trop la série Les Experts).

_Monsieur, s'il faut payer pour entrer dans le royaume des morts, il faut aussi payer pour en sortir? (Tony, 6e)
Le professeur explique alors qu'il ne sait pas mais que, dans toutes les religions, il est très rare de pouvoir revenir du "royaume des morts": Osiris, Héraclès, Orphée, Enée, Lazare (et il y en a sûrement d'autres, que je ne connais pas). Une réponse qui n'en est pas une, parce que je ne savais pas.

Libellés :

Mises a jour debut juin 2006

Le fond.
J'ai profité de ces trois jours de libre pour finir une biographie d'Oswald Spengler que j'avais en brouillon (mais je n'ai pas encore détaillé mes sources d'information), et transcrire trois émissions de la Fabrique de l'Histoire, sur France Culture, que j'avais sauvegardées sur un disque dur dans ce but. Je n'ai pas encore le temps de traiter certains thèmes évoqués en commentaire (éco histoire, guerre d'Algérie, etc.).


Sur la forme, j'ai essayé de me mettre à votre place. J'ai donc songé à la création d'une rubrique supplémentaire, sur la marge à gauche: "Categories", sans accent, langage html oblige. Contrairement à d'autres services de blog (Hautetfort notamment), Blogger ne permet pas l'automatisation d'une telle rubrique, j'ai donc dû me renseigner à droite, à gauche et dans les coins de la Toile puis bidouiller un peu dans les codes, en passant par un serveur américain. Désolé pour ce détour, mais en l'état, je ne peux pas faire autrement. J'espère que cette nouvelle rubrique facilite la navigation sur le blog. En tout cas, elle m'a demandé du temps.
J'ai changé de photographie.
J'ai actualisé les rubriques "Liens intéressants" (ajout de La Durance) et "Quelques blogs de profs" (uniquement des retraits pour l'instant, pour cause de cessation d'écriture). Je ne sais pas si cette dernière rubrique intéresse vraiment les candidats au CAPES; je l'ai mise pour donner un aperçu à qui en aurait besoin.


Les projets.
J'en ai plein.
D'abord, continuer à vous proposer des fiches sur les écoles, les auteurs, les courants. Peut-être dès la semaine prochaine.
Je le pense depuis le début, la lecture de certains commentaires me confortent dans cette opinion, le plus intéressant de ce blog, ce sont les questions. Donc il faut que je m'approvisionne en questions de reprise. J'ai réfléchi au quoi et au comment, il ne me reste plus qu'à mettre en oeuvre. Pour certains, ça sera une surprise. Vers la fin juillet.
Eventuellement, mais c'est pas ma tasse de thé, traiter quelques sujets. Pas mon truc, car certains lecteurs seront tentés de reprendre telles quelles mes propositions; ceux-là, je les renvoie alors à la citation qui se trouve en bas de ce blog. Enfin, parce qu'un exposé d'esd n'a de sens que par rapport aux documents fournis à côté. Or, cela soulève deux problèmes: les droits d'auteur (sur ce point, je ne peux rien faire); et la place, car ce blog est étroit; depuis l'origine (c'est la contrepartie de sa gratuité), mais j'en ai de plus en plus conscience; d'où le point suivant.
En effet, je réfléchis à un agrandissement. Donc un site web. Plus compliqué, mais j'ai l'impression d'avoir atteint les limites de Blogger pour ce que je souhaite vous proposer. Et j'ai envie d'essayer autre chose, de bidouiller du html tout en étant utile. Ne rêvez pas, ça va me prendre du temps, et je ne vais y réfléchir sérieusement que vers le mois d'août. D'ici là, vous aurez votre CAPES.
Enfin, le thiboniste pourrait être rejoint par un autre expert ès ESD pour enrichir encore la base de données; mais la décision ne me revient pas.

Bons oraux, et peut-être à bientôt dans une salle des profs de banlieue parisienne!

dimanche 4 juin 2006

Compte-rendu d'ecoute: Marc Bloch (3/3)

Troisième et dernier volet de la semaine consacré par la Nouvelle Fabrique de l'Histoire à la figure de l'historien Marc Bloch. Ce jour-là, c'était le théoricien de l'histoire, la méthode historique de Marc Bloch qui intéressait les invités d'Emmanuel Laurentin.


Marc Bloch et le jugement.
"Robespierristes, anti-robespierristes, nous vous crions grâce: par pitié, dites-nous, simplement, quel fut Robespierre?" (Apologie pour l'histoire)
Pour Olivier Dumoulin, c'est une question compliquée parce que d'une part, il se pose en savant impassible, distant de son objet; et, en même temps, il est celui qui, avec Lucien Febvre, n'arrête pas de dire qu'il faut poser au passé les questions du présent; en plus, il ne cesse pas de démontrer que même entre la part la plus obscure du travail de l'historien (l'érudition) et l'engagement dans le jugement du temps, il y a des liens possibles. Tout est fonction du contexte donc. En tout cas, ce n'est pas une position de retrait sur l'Aventin.
Pour François Hartog, Marc Bloch oppose au comprendre un jugement de type judiciaire, auquel il s'oppose. Il veut sortir d'une lecture judiciaire de l'histoire.
Olivier Dumoulin nuance alors: alors même qu'il refuse le jugement, il accepte la posture du juge d'instruction, en quoi il se distingue de Lucien Febvre qui ne veut pas du tout de juge, serait-il d'instruction. Le juge d'instruction qu'accepte Marc Bloch, c'est celui qui mène l'enquête, qui instruit à charge et à décharge, qui soupèse la nature des preuves.


Marc Bloch et l'expérience.
"Nous sommes comme les chimistes, mais nous ne voyons pas la dernière réaction."
Pour Annette Becker, le Marc Bloch de la Première Guerre mondiale découvre une expérience personnelle, qu'il va mettre en regard de son expérience d'historien. On le voit évoluer, par exemple depuis son discours de distribution des prix alors qu'il est encore un jeune professeur à Amiens, en 1914, juste avant la déclaration de guerre: "L'historien n'a pas la possibilité d'expérimenter directement". Or, dans la Première Guerre mondiale, il découvre qu'il peut expérimenter, qu'il peut être au niveau des hommes.
François Hartog remarque que quand Marc Bloch réfléchit sur les fausses nouvelles (qui se répandent pendant la Première Guerre mondiale), il ne se contente pas de les critiquer, d'enlever le faux; il aborde le faux comme le symptôme de quelque chose, sur lequel l'historien peut se pencher.
Selon François Hartog, ce qui reste aujourd'hui de l'oeuvre de Marc Bloch, c'est que, dans certains champs, il a créé des fractures, au point que même si aujourd'hui on dit le contraire de ce qu'il tirait comme conclusion, en revanche l'ouverture qu'il engendre a été décisive. Par exemple, le problème des paysages agraires, non plus vus comme effets de différents déterminismes, mais comme projection dans l'espace d'une organisation sociale.


Marc Bloch et Lucien Febvre.
Olivier Dumoulin rappelle que Lucien Febvre a reproché à Marc Bloch d'avoir une pensée qui met trop de côté l'individu; en quelque sorte, il lui reproche d'être trop durkheimien. Le compte-rendu de la première édition de La Société féodale est un compte-rendu qui témoigne en un sens de leur estime réciproque puisqu'il est assez rare de voir deux personnes aussi proches se permettre des compte-rendus aussi saignants: Lucien Febvre considère que dans ce livre l'homme n'existe pas, il n'y a plus que des groupes, des structures, des catégories d'analyse, etc. Donc, une opposition forte sur la question. Mais pêut-être est-ce l'aspect spécifique de La Société féodale qui mobilisait Lucien Febvre sur sa critique car si l'on considère que les acteurs s'expriment à travers le surgissement de l'évènement, l'évènement n'est pas du tout absent de chez Marc Bloch; et si l'on regarde l'ensemble de l'oeuvre de Marc Bloch, nous retrouvons plutôt à chaque fois l'articulation de la singularité et des régularités qui distinguerait Marc Bloch de la simple duplication dans le passé de la raison durkheimienne.


Marc Bloch et l'enseignement.
On peut lire dans les Ecrits clandestins de Marc Bloch que les revers des enseignements secondaire et supérieur sont patents, ils peuvent s'exprimer brièvement comme il suit: l'enseignement supérieur a été dévoré par les écoles spéciales de type napoléonien. Qui croit encore au baccalauréat, à l'efficacité intellectuelle de cette aléatoire forcerie?
Annette Becker rappelle que Marc Bloch a été membre des jurys d'agrégation, et qu'il a beaucoup critiqué l'agrégation, en particulier parce qu'à son époque il n'y avait pas d'explication de document.
François Hartog se permet alors cette savoureuse incise: Mais suffit-il de mettre une explication de texte pour sauver l'agrégation? [pour cette remarque mais aussi, plus généralement, pour l'ensemble de ses propos, j'ai beaucoup apprécié les interventions de François Hartog au cours de cette émission]
Et plus largement, ce qui est frappant dans les écrits des dernières années de Marc Bloch, c'est qu'il y a une responsabilité des historiens, qui ont trop oublié que l'histoire était la science du changement. La caricature, ce sont les cours d'histoire à l'Ecole de Guerre, où on enseignait la guerre de 14 pour préparer la suivante. [typiquement français, ça]

Pour compléter:
_sur H-Français, la liste des Clionautes ont été diffusées le 26 mai 2006 les notes prises par Daniel Letouzey a l'écoute de cette émission.

Libellés :

samedi 3 juin 2006

Compte-rendu d'ecoute: Marc Bloch (2/3)

Ce qui suit sont mes notes prises à l'écoute de la deuxième émission consacrée par la Nouvelle Fabrique de l'Histoire à l'oeuvre de Marc Bloch. Ce mardi-là, il était question du médiéviste.

Marc Bloch et les médiévistes aujourd'hui.
Selon Claude Gauvard, Marc Bloch est pour les médiévistes le compagnon constant. Les pistes ouvertes par Marc Bloch sont nombreuses en histoire médiévale. Est-ce là le signe d'un grand historien? Marc Bloch, c'est un peu comme Michelet, des historiens qui sont tellement riches dans leur façon d'appréhender l'histoire, une histoire totale qui est fondée sur l'évènement; Marc Bloch va même jusqu'à se consacrer à l'étude juridique, alors qu'il a été dit que l'école des Annales était anti-droit et anti-évènement. Marc Bloch dit tout ce qu'il doit à Metland, un juriste qui est quand même d'une grande austérité. Donc il y a des paradoxes.

Selon Patrick Boucheron, un autre paradoxe tient en ce que les médiévistes n'ont jamais oublié Marc Bloch. Or, dans le retour mémoriel à Marc Bloch, il y a un oubli, c'est le Marc Bloch médiéviste. C'est qui est net dans le Quarto paru récemment chez Gallimard. Dans ce retour mémoriel, il y a sanctification laïque que les médiévistes ne reconnaissent pas car, pour eux, Marc Bloch est un compagnon qui subit l'érosion naturelle de l'érudition: le questionnaire demeure, les réponses sont affinées.

Marc Bloch, un historien servi par son style.
Pour Claude Gauvard, un autre élément distinctif de Marc Bloch est son style. Peut-être est-ce bien le style qui aide une oeuvre à rester, un auteur à demeurer?
Pour Patrick Boucheron, si on peut encore se référer au style de Marc Bloch, son vocabulaire, en revanche, notamment quand il parle des faits psychologiques, est celui d'un prof d'histoire de la Troisième République pour qui les âmes sont grossières et les esprits, superstitieux. Et donc, pour rentrer dans la langue de Marc Bloch, il faut accepter de le considérer comme un homme de son temps, qui parlait de la spiritualité comme un bon durkheimien.

Les Rois thaumaturges de Marc Bloch (1924).
Pour Jacques Le Goff, les Rois thaumaturges sont le premier grand livre de Marc Bloch. Or, en 1924, cet ouvrage ne suscite aucun intérêt véritable. Les médiévistes qui publient des compte-rendus n'en parlent pas, ou alors témoignent de leur peu d'intérêt pour une oeuvre qu'ils jugent relever davantage du folklore que de l'histoire. Après une période d'incompréhension, c'est devenu un grand livre, qui demeure au panthéon de la médiévistique.
Dans ce livre, Marc Bloch emprunte beaucoup à Émile Durkheim, à Marcel Mauss et aux historiens allemands.
Ce qui est étonnant, c'est qu'il n'a pas donné de suite aux Rois thaumaturges. Il semble avoir tenu compte de l'"échec" de ce livre. En outre, il a pensé que la méthode appliquée aux Rois thaumaturges ne pourrait pas être appliquée à l'ensemble de l'histoire. Il y a là comme un fil interrompu.

La Société féodale de Marc Bloch (1939).
Selon Patrick Boucheron, s'il y a une "tribu" des médiévistes, alors la Société féodale est, encore aujourd'hui, leur "totem". C'est un ouvrage de commande, et un ouvrage de synthèse. La commande est le fait d'Henri Berr, pour la collection l'Evolution de l'Humanité. La synthèse concerne les années 900 à 1250. Ces dates lui sont imposées.
Quand Marc Bloch emploie l'adjectif "féodale", ce n'est pas le féodalisme marxiste, c'est la société féodale de Guizot, c'est-à-dire la sociabilité des vassaux. Donc son livre est un essai d'anthropologie historique sur la société noble.
Selon Claude Gauvard, ce qui est remarquable aussi dans la Société féodale, c'est que Marc Bloch commence par le milieu, et notamment l'histoire des émotions, ce qui témoigne de son approche anthropologique.
La composition d'ensemble du livre, l'interprétation générale qu'il donne des rythmes et des évolutions de la société médiévale n'est plus suivi aujourd'hui.
Aux étudiants qui veulent devenir médiévistes, Claude Gauvard conseille la lecture de l'Automne du Moyen age par Johann Huizinga et celle de la Société féodale par Marc Bloch: ces deux livres sont "faux", mais il faut quand même les lire.

Georges Duby racontait en 1969 qu'il a découvert les Annales, non par le biais de ses maîtres historiens, mais par celui d'un géographe, André Halix, professeur à l'Université de Lyon. "Lorsque la Société féodale a paru,j'avais vingt ans, et je peux dire qu'aucun livre n'a eu sur moi une plus profonde influence. Je pense que ma vocation de médiéviste est sortie de là."


Pour aller plus loin:
_un compte-rendu de cet émission a été proposé par l'incontournable Daniel Letouzey sur la liste des Clionautes le 23 mai.

Libellés :

Compte-rendu d'ecoute: Marc Bloch (1/3)

Du 22 au 24 mai 2006, l'émission La Nouvelle Fabrique de l'Histoire était consacrée à l'oeuvre de Marc Bloch, un historien dont la figure semble, depuis une dizaine d'années, prendre de plus en plus d'ampleur: de tous les grands historiens décédés, il est le plus cité, car son oeuvre multiple permet à chacun de s'y retrouver. Médiéviste, il est considéré comme un des rénovateurs de l'histoire rurale française; mais il est aussi un des inventeurs de ce qui est devenu l'anthropologie historique; et il est également un des inspirateurs de ce qu'on appelle depuis 1979 "l'histoire du temps présent".
Ces trois émissions sur Marc Bloch s'inscrivent aussi dans l'actualité puisque depuis peu a été lancée une campagne pour réclamer sa panthéonisation.

Pour André Burguière, la première biographie de Marc Bloch par Carole Fink a sans doute accordé une "importance latente exagérée" à son judaïsme. Selon lui, Marc Bloch est bien plutôt représentatif de ces juifs français, intégrés, et patriotes.
Il y a aujourd'hui une appropriation de l'oeuvre de Marc Bloch par les historiens allemands, autour de l'Institut historique allemand.
Il y a un retour mémoriel à Marc Bloch mais aussi et toujours une lecture sélective de Marc Bloch: est projetté à chaque fois ce qui paraît intéresser les contemporains. Dans les années 1960, un Marc Bloch marxiste; plus tard, un Marc Bloch quasiment structuraliste; puis un Marc Bloch historien des mentalités; un Marc Bloch nationaliste; un Marc Bloch juif convaincu (Saul Friedländer).
Un retour mémoriel où Marc Bloch apparaît favorisé par rapport à Fernand Braudel ou Lucien Febvre, alors qu'il n'en allait pas de même dans les années 1970: il n'est que de voir les travaux de chercheurs étrangers (argentins, notamment) sur Marc Bloch.
Peter Schöttler déplore la pauvreté de l'édition des textes de Marc Bloch: aucune édition critique de son oeuvre, comme en bénéficie un Max Weber par exemple.
La réappropriation de Marc Bloch par l'Historial de Péronne est critiquée par Peter Schöttler. Marc Bloch devient presque un enjeu éditorial, comme en témoigne l'édition pot-pourri sous le titre L'Histoire, la Guerre, la Résistance dans la collection Quarto de Gallimard, avec une préface d'Annette Becker (membre de l'Historial de Péronne).

Références:
_Carole Fink, Marc Bloch, a life in history, Cambridge, Cambridge University Press, 1989, 371 pages. Ce livre est édité en français: Marc Bloch: une vie au service de l'histoire, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1997, 306 pages. André Côté, professeur à l'Université du Québec, propose ici un compte-rendu de lecture de l'édition française, peu intéressant; l'est davantage celui proposé par Olivier Dumoulin en 1991 (en rapport avec l'édition anglaise, donc) pour la revue Annales: Histoire, Sciences sociales, et dont le très utile site Persée permet ici la lecture en ligne.
_le site de l'Association Marc Bloch, animé par Étienne Bloch, fils de l'historien.
_un compte-rendu de cette émission a été proposé le 22 mai sur la liste des Clionautes.

Au début de l'émission, Emmanuel Laurentin parle de "grands historiens"; ce qui pourrait donner lieu, s'il passait un oral d'ESD au CAPES d'histoire géographie, à la question suivante:
_Qu'est-ce qu'un grand historien?

A propos de la panthéonisation de Marc Bloch, une "supplique à Monsieur le Président de la République pour le transfert au Panthéon de Marc Bloch" a été publiée dans le Figaro Littéraire du 1er juin 2006. Signent le texte: Maurice Agulhon, Stéphane Audouin-Rouzeau, Jean-Pierre Azéma, Annette Becker, André Burguière, Max Gallo, Bronislaw Geremek, Jacques Le Goff, Ran Halevy, Pierre Nora, Mona Ozouf, René Rémond, Éric Roussel, Jean-Claude Schmitt, Dominique Schnapper, Pierre Toubert et Michel Winock. Un texte aux accents patriotiques, ce qui n'est pas pour me déplaire, mais qui néanmoins m'étonne eu égard à la bien pensance européenne qui a cours. D'un autre côté, cela s'explique si l'on considère que le texte a été publié dans le Figaro, et non dans le Monde, encore moins dans Libération. Chaque journal a ses a priori et ses lignes éditoriales, ce qui fait le charme d'une lecture pluraliste de la presse.
Si le candidat évoque cette demande de panthéonisation, il peut s'attendre à des questions sur le Panthéon, et notamment sur quelques personnalités qui y sont transférés.

Libellés :


Voir mes stats