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dimanche 7 janvier 2007

Marc Bloch analyse une fausse rumeur de 1917

"Au mois de septembre 1917, le régiment d'infanterie auquel j'appartenais tenait les tranchées du Chemin des Dames, au nord de la petite ville de Braisne. Dans un coup de main, nous fîmes un prisonnier. C'était un réserviste, négociant de son métier et originaire de Brême, sur la Weser. Pëu après, une curieuse histoire nous vint de l'arrière des lignes. "L'espionnage allemand", disaient à peu près ces camarades bien informés, "quelle merveille ! On enlève un de leurs petits postes au cœur de la France. Qu'y surprend-on ? Un commerçant établi durant la paix à quelques kilomètres de là : à Braisne". Le coq-à-l'âne paraît clair. Gardons-nous cependant d'en rendre un compte trop simple. En accusera-t-on sans plus une erreur de l'ouïe ? Ce serait, en tout état de cause, s'exprimer assez inexactement. Car, plutôt que mal entendu, le nom véritable avait été sans doute mal compris : généralement inconnu, il n'accrochait pas l'attention. Par une pente naturelle de l'esprit, on crut saisir à sa place un nom familier. Mais il y a plus. Dans ce premier travail d'interprétation, un second, également inconscient, se trouvait déjà impliqué. L'image trop souvent véridique des ruses allemandes avait été popularisée par des innombrables récits : elle flattait au vif la sensibilité romanesque des foules. La substitution de Braisne à Brême s'harmonisait trop bien avec cette hantise pour ne pas s'imposer, en quelque sorte, spontanément."

Source: Marc Bloch, Apologie pour l'histoire ou métier d'historien, 1949, pages 49 et 50.

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