Fiche de lecture: Francois Dosse, L'histoire en miettes (1/12)
Voici mes notes prises à la lecture de l'ouvrage de François Dosse, L'histoire en miettes: des Annales à la nouvelle histoire, paru chez La Découverte en 1987 puis 2005.
Préface à la deuxième édition de L'histoire en miettes (1997).
Au moment de la parution de L’histoire en miettes (1987), quelques historiens ont pris leur distance avec les Annales:
_Pierre Nora, qui réintroduit une perspective politique au discours historien en lançant la revue Le Débat ;
_François Furet, qui quitte la présidence de l’EHESS en 1985 pour diriger l’Institut Raymond Aron et promouvoir une histoire plus conceptuelle, détachée de son substrat économique et social.
La première réaction des Annales est de nier l’existence d’une crise. Par exemple, Jacques Le Goff rejette les questions posées sur le récit historique par Michel de Certeau, Paul Veyne, Lawrence Stone et Paul Ricœur : « L’histoire-récit est à mes yeux un cadavre qu’il ne faut pas ressusciter car il faudrait le tuer une seconde fois » (J. Le Goff, La Nouvelle Histoire, Complexe, Bruxelles, 1988, page 16).
C’est seulement dans un deuxième temps que la revue reconnaît la nécessité d’un changement de cap : l’éditorial de mars-avril 1988 proclame ainsi : « Histoire et Sciences sociales. Un tournant critique » ; puis un numéro spécial paraît en novembre-décembre 1989 sur le tournant critique.
En quoi consiste ce « tournant critique » ?
_réaffirmation des identités disciplinaires au dépends de l’interdisciplinarité ;
_remise en cause de la primauté de la longue durée, qui tend à relativiser les ruptures.
Rôle majeur de l’historien Bernard Lepetit, alors secrétaire de la rédaction dans ce "tournant critique".
Quelles sont les conséquences de ce « tournant critique » ?
_en 1994, la revue change de nom : d’Annales : Economies, Sociétés, Civilisations, elle devient Annales : Histoire, Sciences sociales ;
_les économistes Laurent Thévenot et André Orléan entrent à la direction de la revue.
_l’accent porte désormais sur les acteurs (revalorisation de l’individu), l’accord (la société est envisagée comme construite et non plus seulement comme figée), l’action en contexte (revalorisation de la courte durée) : notion d’appropriation.
_conséquence de cet intérêt pour les acteurs, il y a une revalorisation de la courte durée en tant qu’elle permet de saisir l’action en contexte. L’œuvre de Paul Ricœur est reconnue par les Annalistes, Temps et récit notamment.
Quel est le contexte de ce tournant critique ?
_l’humanisation des sciences humaines, la prise en compte de l’autonomie de l’individu par rapport à tout ce qui le conditionne socialement. Cf. François Dosse, L’Empire du sens : L’humanisation des sciences humaines, La Découverte, Paris, 1995.
Dans sa collection "Bibliothèque des histoires", créée chez Gallimard en 1971, Pierre Nora préconise une déconstruction de l’histoire et le refus des schémas globaux qui postulaient tous un moteur de l’histoire. La déconstruction d’une histoire monolithique à l’œuvre dans la "Bibliothèque des histoires" à partir des années 1970 s’est accompagnée d’une multiplication des mémoires, des représentations du passé.
Les lieux de mémoire peuvent en ce sens être envisagés comme une réponse. Il y a toujours déconstruction : par exemple, ce regard critique porté sur le legs mémoriel. Mais, à cette phase de déconstruction succède une autre de reconstruction : l’histoire est appelée à fournir une représentation socialement partagée du passée. La notion centrale de cette écriture historique est la notion de trace, idéelle et matérielle. Il s’agit d’étudier "non le passé tel qu’il s’est passé, mais ses réemplois permanents, ses usages et mésusages, sa prégnance sur les présents successifs" (Pierre Nora, Les Lieux de Mémoire, tome III, volume 1, 1993, page 24).
Prochain résumé: Introduction: pourquoi l'histoire est-elle aussi présente dans les médias?
Libellés : Fiche de lecture


3 Comments:
et michel tu te fais chier a la capitale ou c'est les vacances qui te font te consacrer a l'ESD; en tout cas pour moi l'"horizon d'attente" ne depasse pas le 19 et 20 mars
signé: la salle capes de tu sais ou...
En tout cas, tu as compris le concept "kosseleckien" puisque tu as correctement défini ton "horizon d'attente".
Sinon, je ne m'ennuie guère là haut, les élèves sont assez "actifs" [mode 'positive attitude' on] ... comme il n'est pas question de faire du François Dosse en classe, je me rattrape comme je peux pendant les vacances!
Bien le bonjour à la salle capes canal historique, et bon bourrage de crâne pour ces dernières semaines!
Au lieu de dire des bêtises xabier, tu ferais mieux de réfléchir à l'usage mémoriel de la salle capes, ce que Michel est en train de faire en ce moment en travaillant comme s'il re-préparait ce concours. C'est une sorte de reconstruction qui s'opère autours de cette salle, ses enjeux et les souvenirs qui y sont attachés... .NA
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