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mercredi 5 septembre 2007

L'histoire des manuels scolaires d'histoire

Dans cette troisième émission de la Fabrique de l'Histoire consacrée à l'enseignement de l'histoire, Emmanuel Laurentin propose de se concentrer que l'histoire des manuels scolaires, les critiques récurrentes dont ils font l'objet mais aussi leurs particularités par rapport à leurs équivalents étrangers.
Les invités sont Nicoles Lucas, enseignante en lycée et formatrice dans un iufm, auteur d'Enseigner l'histoire dans le secondaire aux PUR; Mathias Troncal, titulaire d'un DEA à l'EHESS sur "Les images de la Shoah dans la revue L'Histoire" qui a travaillé également "La place de l'image dans les manuels scolaires"; Guillaume Le Quintrec, professeur de khâgne, coauteur du manuel franco-allemand d'histoire paru en 2006; et Bruno Modica, enseignant en lycée et Clionaute.

Aujourd'hui, il n'y a pratiquement plus de décalage entre les avancées universitaires et les manuels du secondaire. Alors que, par le passé, il y a pu avoir jusqu'à trente ans d'écart entre l'établissement d'un consensus universitaire sur un point et sa transposition dans les manuels du secondaire.

Le manuel n'est pas le reflet exact du programme.

Les manuels ne traitent pas l'histoire de la même façon selon qu'ils sont destinés au primaire ou au secondaire. Ainsi, le Petit Lavisse avait une approche très patriotique, bien plus que son équivalent pour le secondaire.

Les images arrivent tardivement dans les manuels: fin des années 1970, début des années 1980.
Le statut de l'image a lui aussi évolué: depuis 1925 et 1957, les documents d'accompagnement et les textes de référence incitent largement à l'exploitation d'images, au statut non plus illustratif mais documentaire.
Dans les années 1960 à 1980, il y a une "explosion" iconographique; avec un émiettement jugé aujourd'hui trop important.

Le manuel d'histoire, qui apparaît comme un manuel de référence de la mémoire nationale, peut parfois heurter d'autres mémoires ou traditions. Ceci permet de mieux comprendre la polémique relative au manuel Belin de 5e, édition de 2005, avec son image de Mahomet floutée. [Lire la lettre des Clionautes sur ce problème ici et la réponse des éditions Belin ]

Il faut de plus en plus considérer l'image comme un document à traiter, à analyser, à critiquer. Sur la Shoah, l'image s'est ainsi lestée d'une dimension morale: par exemple, les photographies de Raymond Depardon, oeuvres d'auteur et non témoignages documentaires, en viennent à documenter un chapitre historique.

Les enseignants se servent des manuels comme d'une boîte à outils. Ils s'en servent aussi davantage dans les classes d'examen.

Certaines personnes collectionnent les manuels, beaucoup plus ceux d'histoire que ceux de géographie. Du moins jusqu'à la gratuité des manuels scolaires, financée par les régions ou les collectivités territoriales. Cette gratuité s'est peut être traduite également par une dévalorisation du manuel aux yeux des élèves; et ce d'autant plus que ces mêmes élèves sont aujourd'hui saturés d'images: celles du manuel perdent donc leur caractère marquant, symbolique.

Les manuels sont les supports et les vecteurs de la mémoire nationale: cette analyse est désormais classique. Ce qui est nouveau, c'est qu'ils sont désormais aussi le support d'une critique de cette mémoire puisqu'ils intégrent une histoire de la mémoire [car celle-ci est au programme].

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