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mercredi 31 janvier 2007

Presentation: Jacques Le Goff, Saint Louis

Présentation du livre de Jacques Le Goff, Saint Louis, Gallimard, NRF, Bibliothèque des histoires, 1996.

Comment est-ce que je procède? Je propose des extraits que je juge significatifs de l'ouvrage: le plus souvent, ce sont l'introduction, le plan et la conclusion. Eventuellement, c'est moi qui souligne.

Avant-propos.
Introduction.
"Le XIIIe siècle central, qu'on a parfois appelé "le siècle de Saint Louis", a moins attiré les historiens que le XIIe siècle, créatif et bouillonnant, et le XIVe, qui s'enfonce dans la grande crise de l'automne du Moyen Age. Louis IX -entre son grand-père Philippe Auguste et son petit-fils Philippe Le Bel, qui ont accaparé l'attention des historiens- est, à notre surprise, "le moins connu des grands rois de France médiévale". Deux ouvrages récents, ceux de l'Américain William Chester Jordan et du Français Jean Richard, l'ont montré dominé par une idée, la fascination de la croisade et l'obsession de la Terre sainte. Saint Louis ne paraît bien plus complexe, son long règne de quarante-quatre ans est plus contrasté et la période où il a vécu plus agitée que ne le laisse entendre le terme d'"apogée" du Moyen Age par lequel on l'a parfois caractérisé.
Le XIIIe siècle n'est pourtant pas l'objet de cette étude. On l'y rencontrera, bien entendu, parce que Louis y a vécu et qu'il est la matière de sa vie et de son action. Mais ce livre traite d'un homme et ne parle de son temps que dans la mesure où il permet de l'éclairer. Mon propos n'est pas "le règne de Saint Louis", ni "Saint Louis et son royaume", "Saint Louis et la Chrétienté", ni "Saint Louis et son époque", même si je suis conduit à rencontrer ces thèmes. [...] Louis IX est, géographiquement, chronologiquement, idéologiquement, le plus central des grands personnages de la chrétienté du XIIIe siècle. De là l'idée de lui consacrer une biographie. Elle ne va pourtant pas de soi.

Quand j'ai -lentement, il y a plus de dix ans- décidé d'entamer une enquête sur un personnage majeur de l'Occident médiéval et de donner à son résultat la forme du genre biographique, j'imaginais que c'était, pour un historien, une entreprise difficile et que, eu égard à la façon de faire de l'histoire que j'avais jusqu'alors pratiquée, elle me dépayserait. J'avais raison sur le premier point et me trompais sur le second.
Le sentiment de la difficulté que j'évoque peut paraître à première vue paradoxal. Les publications biographiques ayant surabondé depuis quelques années, car le genre est à la mode, on peut penser qu'il s'agit là d'un exercice aisé, où il suffit d'être documenté, ce qui est généralement possible, et de posséder un certain talent d'écriture. L'insatisfaction que me procuraient la plupart de ces ouvrages anachroniquement psychologiques -ou usant trop facilement de la notion de mentalité pour jouer, sans vraie explication ni esprit critique, de l'exotisme du passé-, rhétoriques, superficiels, trop souvent anecdotiques, me forçaient à m'interroger sur les implications et sur les exigences de la biographie historique. Je me suis ainsi convaincu de cette évidence intimidante: la biographie historique est une des plus difficiles façons de faire de l'histoire.
En revanche, en pensant me dépayser, j'ai retrouvé presque tous les grands problèmes de l'enquête et de l'écriture historique auxquels je m'étais affronté jusqu'alors. Certes, j'ai été confirmé dans l'idée que la biographie est une façon particulière de faire de l'histoire. Mais elle ne requérait pas seulement les méthodes intrinsèques à la pratique historienne: position d'un problème, quête et critique des sources, traitement dans une durée suffisante pour repérer la dialectique de la continuité et du changement, écriture propre à mettre en valeur un effort d'explication, conscience de l'enjeu actuel -c'est-à-dire, d'abord, de la distance qui nous sépare- de la question traitée. [...]
Car il y a eu -particulièrement sensible dans le mouvement issu des Annales- une éclipse de la biographie historique au coeur du XXe siècle, malgré quelques exceptions éclatantes. Les historiens ont plus ou moins abandonné le genre aux romanciers -leurs vieux concurrents en ce domaine. Marc Bloch le constatait -sans le mépris qu'on a prétendu pour cette forme historiographique, avec regret au contraire-, probablement avec le sentiment que la biographie, comme l'histoire politique, n'était pas prête à accueillir les renouvellements de la pensée et de la pratique historiennes. [...]
Auijourd'hui où l'histoire, avec les sciences sociales, connaît une période d'intense révision critique de ses certitudes, au sein de la mutation générale des sociétés occidentales, la biographie me semble en partie libérée des blocages où de faux problèmes la maintenaient. Elle peut même devenir un observatoire privilégié pour réfléchir utilement sur les conventions et sur les ambitions du métier d'historien, sur les limites de ses acquis, sur les redéfinitions dont il a besoin.
C'est pourquoi, en présentant ce livre, en définissant ce que j'ai cherché à faire, il me faut exposer ce que ne doit pas être une biographie historique aujourd'hui. Car ce sont ces refus qui m'ont fait retrouver, sur un terrain particulièrement difficile, mes façons de faire de l'histoire, en mutation, plus visiblement peut-être ici qu'ailleurs.

Habitué par ma formation d'historien à tenter une histoire globale, j'ai été rapidement frappé par l'exigence de la biographie à faire de son personnage ce que nous avons considéré, Pierre Toubert et moi, comme un sujet "globalisant" autour duquel s'organise tout le champ de la recherche. [...] Saint Louis participe à la fois de l'économique, du social, du politique, du religieux, du culturel; il agit dans tous ces domaines, en les pensant d'une façon que l'historien doit analyser et expliquer -même si la recherche d'une connaissance intégrale de l'individu en question demeure une "quête utopique". Il faut, en effet, plus que pour tout autre objet d'étude historique, savoir ici respecter les manques, les mlcaunes que laisse la documentation, ne pas vouloir reconstituer ce que cachent les silences de et sur Saint Louis, les discontinuités et les disjonctions aussi, qui rompent la trame et l'unité apparente d'une vie. Mais une biographie n'est pas seulement la collection de tout ce qu'on peut et de tout ce qu'on doit savoir sur un personnage.
Si un personnage "globalise" ainsi une somme de phénomènes de nature diverse, ce n'est pas parce qu'il serait plus "concret" par rapport à d'autres objets de l'historien. [...] la démarche biographique, plus encore que les autres démarches historiques, vise à produire "des effets de réel". Ce qui la rapproche encore plus de la démarche du romancier. Ces "effets de réel" ne relèvent pas seulement du style, de l'écriture de l'historien. Celui-ci doit être capable, grâce à sa familiarité avec les sources et avec la période où vit son personnage, de mettre dans les documents eux-mêmes, grâce à un "démontage approprié", des "effets de réel" à la vérité desquels on peut conclure. Ou, plus simplement, de décortiquer ces documents pour y faire apparaître ce qui entraîne une conviction raisonnable de réalité historique. On verra que Saint Louis bénéficie d'un témoin exceptionnel, Joinville, qui fait souvent dire à l'historien: "Ah oui! c'est cela, c'est bien le "vrai" Saint Louis!" Et pourtant, l'historien doit rester sur ses gardes.
Il choisit, en effet, de se soumettre à une contrainte majeure: celle de la documentation qui dicte l'ambition et les limites de son enquête. Il diffère en cela du romancier, même quand celui-ci se préoccupe de s'informer sur la vérité qu'il prétend décrire. Or, il se trouve que Saint Louis est (avec saint François d'Assise) le personnage du XIIIe siècle sur lequel nous sommes le mieux renseignés de première main. Parce qu'il a été roi et parce qu'il a été saint. L'histoire a parlé surtout des grands et elle ne s'est longtemps intéressée à eux que comme des individus. C'est particulièrement vrai au Moyen Age. Mais l'avantage apprent que présente ainsi le dossier Saint Louis pour l'historien est largement balancé par les doutes que l'on peut entretenir sur la fiabilité de ces sources. Elles risquent plus que d'autres sinon de mentir, du moins de nous présenter un Saint Louis imaginé, imaginaire.
Une première rauson tient à la qualité et aux objectifs des biographes anciens de Louis qui sont presque tous, les plus importants en tout cas, des hagiographes. Ils ne veulent pas seulement faire de lui un roi saint. Ils veulent en faire un roi et un saint selon les idéaux des groupes idéologiques auxquels ils appartiennent. Il existe ainsi un Saint Louis des nouveaux ordres mendiants -Dominicains et Franciscains- et un Saint Louis des Bénédictins de l'abbaye royale de Saint-Denis, davantage saint mendiant pour les premiers, plutôt roi "national" modèle pour les seconds. Autre cause de manipulation, les sources qui présentent le personnage du roi sont essentiellement des sources littéraires. Ce sont surtout des
Vitae, des Vies de saint écrites en latin. Or la littérature médiévale se distribue en genres qui obéissent à des règles. Le genre hagiographique, même si l'évolution de la conception de la sainteté au XIIIe siècle lui consent un peu plus de liberté, est donc plein de stéréotypes. Le Saint Louis de nos sources n'est-il qu'un assemblage de lieux communs? J'ai dû consacrer toute la partie centrale de mon étude à évaluer la fiabilité de ces sources, en étudiant les conditions de la production de la mémoire de Saint Louis au XIIIe et au tout début du XIVe siècle, non seulement selon les méthodes classiques de la critique des sources mais, plus radicalement, en tant que production systématique de mémoire. Il m'a fallu me demander s'il était possible d'approcher un Saint Louis qu'on pourrait dire "vrai", vraiment historique, à travers les sources.
La nature de ces
Vies constituait à la fois une justification et un nouveau danger pour mon entreprise. La Vie hagiographique est une histoire, même si le récit s'organise autour de manifestations de vertus et de piété, et comporte, en général à part, un catalogue de miraclese. Je pouvais, en passant de la biographie hagiographique du XIIIe siècle à la biographie historique de la fin du XXe siècle, vérifier la fausse opposition qu'on a voulu récemment ranimer entre l'histoire narrative et une histoire "structuraliste" -que l'on aurait naguère nommé sociologique et, plus tôt encore, institutionnelle. Or toute histoire est narrative car, se plaçant par définition dans le temps, dans la successivité, elle est obligatoirement associée au récit. Mais pas seulement. D'abord le récit, contrairement à ce que beaucoup croient -même chez les historiens-, n'a rien d'immédiat. Il est le résultat de toute une série d'opérations intellectuelles et scientifiques que l'on a tout intérêt à rendre visibles, voire à justifier. Il induit aussi une interprétation et il comporte, lui aussi, un sérieux daner. Jean-Claude Passeron a signalé le risque de "l'excès de sens et de cohérence inhérent à toute approche biographique". Ce qu'il nomme "l'utopie biographique" ne consiste pas seulement dans le risque de croire que "rien n'est insignifiant" dans le récit biographique sans choix ni critique, il est peut-être plus encore dans l'illusion qu'il reconstitue authentiquement un destin. Or, une vie, et peut-être encore plus la vie d'un personnage doté d'un pouvoir aussi fort dans la réalité politique et symbolique qu'un roi doublé d'un saint, peut-être illusoirement conçue comme prédéterminée par sa fonction et par sa perfection finale. Aux modèles qui ont inspiré les hagiographes, n'ajoutons-nous pas un modèle suggéré par la rhétorique historienne que Giovanni Levi a défini comme associant "une chronologie ordonnée, une personnalité cohérente et stable, des actions sans inertie et des décisions sans incertitudes"?
J'ai essayé de plusieurs façons d'échapper à la logique contraignante de cette "illusion biographique" dénoncée par Pierre Bourdieu. Saint Louis ne va pas imperturbablement vers son destin de roi saint, dans les conditions du XIIIe siècle et selon les modèles dominants de son temps. Il se construit lui-même et construit son époque autant qu'il est construit par elle. Et cette construction est faite de hasards, d'hésitations, de choix. Il est vain de vouloir imaginer une biographie -de même que tout phénomène historique- autrement que comme nous savons qu'elle s'est déroulée. On n'écrit pas l'histoire avec des si. Mais nous devons percevoir qu'en de nombreuses occasions Saint Louis, même s'il croyait lui-même l'histoire menée par la Providence, aurait pu agir autrement qu'il ne l'a fait. Pour un chrétien, il peut exister plusieurs façons de réagir aux provocations de la Providence tout en lui obéissant. J'ai tenté de montre que Louis se définissait peu à peu à travers une succession de choix inopinés. Et j'ai constamment interrompu le fil de sa trajectoire biographique en cherchant à rendre compte des problèmes qu'il rencontrait à différentes étapes de sa vie. J'ai aussi essayé de définir les difficultés que pose à l'historien le repérage de ces moments de vie. Le couple de gouvernants, unique dans l'histoire de la France, qu'il a longtemps formé avec sa mère, Blanche de Castille, rend impossible à l'historien de dater une "prise de pouvoir de Louis IX" comme on le fait pour Louis XIV. Quand il apprend le raid mongol en Europe centrale, quand la maladie le met au seuil même de la mort, quand il est libéré de captivité par les musulmans en Egypte, quand il rentre de Terre sainte dans son royaume après six ans d'absence, Louis doit choisir. Il doit prendre les décisions qui composent dans l'imprévisibilité le personnage qui sera finalement Saint Louis. Et je n'évoque que quelques-uns des évènements importants qui ont requis de lui des décisions lourdes de conséquences. C'est dans la quotidienneté de l'exercice de sa fonction royale et dans la construction, secrète, inconsciente et incertaine, de sa sainteté que l'existence de Saint Louis devient une vie dont le biographe peut tenter de rendre compte.
Giovanni Levi affirme avec justesse que "la biographie constitue [le lieu idéal pour vérifier le caractère intersticiel -et néanmoins important- de la liberté dont disposent les agents, comme pour observer la façon dont fonctionnent concrètement des systèmes normatifs qui ne sont jamais exempts de contradictions".

Première partie: La vie de Saint Louis.
I. De la naissance au mariage (1214-1234).
II. Du mariage à la croisade (1234-1248).
III. La croisade et le séjour en terre sainte (1248-1254).
IV. D'une croisade à l'autre et à la mort (1254-1270).
V. Vers la sainteté: de la mort à la canonisation (1270-1297).

Deuxième partie: La production de la mémoire royale. Saint Louis a-t-il existé?
I. Le roi des documents officiels.
II. Le roi des hagiographes mendiants: uin saint roi du christianisme rénové.
III. Le roi de Saint-Denis: un saint roi dynastique et "national".
IV. Le roi des "exempla".
V. Préfiguration de Saint Louis dans l'Ancien Testament.
VI. Le roi des "miroirs des princes".
VII. Le roi des chroniqueurs étrangers.
VIII. Le roi des lieux communs: Saint Louis a-t-il existé?
IX. Le "vrai" Louis IX de Joinville.
X. Saint Louis entre le modèle et l'individu.

Troisième partie: Saint Louis, roi idéal et unique.
I. Saint Louis dans l'espace et le temps.
II. Les images et les mots.
III. Les paroles et les gestes: le roi prud'homme.
IV. Le roi des trois fonctions.
V. Saint Louis, roi féodal ou roi moderne?
VI. Saint Louis en famille.
VII. La religion de Saint Louis.
VIII. Conflits et critiques.
IX. Saint Louis, roi sacré, thaumaturge et saint.
X. Le roi souffrant, le roi Christ.


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mardi 30 janvier 2007

Presentation: Georges Duby, Le dimanche de Bouvines

Présentation du livre de Georges Duby, Le dimanche de Bouvines: 27 juillet 1214, Gallimard, 1985 (1973).
Comment est-ce que je procède? Je propose des extraits que je juge significatifs de l'ouvrage: le plus souvent, ce sont l'introduction, le plan et la conclusion. Eventuellement, c'est moi qui souligne.

Avant-Propos.
En 1968, je reçus proposition d'écrire, pour la collection qu'avait fondée Gérad Walter, "Trente journées qui ont fait la France", le livre consacré à l'un de ces jours mémorables, le 27 juillet 1214. Ce dimanche-là, dans la plaine de Bouvines, le roi de France Philippe Auguste avait affronté malgré lui la coalition redoutable de l'empereur Otton, du comte de Flandre Ferrand et du comte de Boulogne Renaud; il était, grâce à Dieu, resté le soir maître du champ. L'empereur avait détalé; les deux comtes rebelles étaient pris. Victoire, comme on l'ai dit et répété, fondatrice: les assises de la monarchie française en furent décidément raffermies. Une bataille. Un évènement. Ponctuel. Retentissant.
J'acceptai. Mes amis, des historiens qui, comme moi, s'affirmaient les disciples de Marc Bloch et de Lucien Febvre, s'en étonnèrent. L'histoire qu'ils faisaient, et que j'avais faite jusqu'alors, celle qu'on devait dire, plus tard et abusivement, "nouvelle" (je dis abusivement, car la plupart des interrogations que nous fûmes si fiers de forger, nos prédécesseurs, avant que ne s'appesantisse la chape du positivisme, les avaient formulés dans le second tiers du XIXe siècle) rejetait en effet sur les marges l'évènement, répugnait au récit, s'attachait au contraire à poser, à résoudre des problèmes et, négligeant les trépidations de surface, entendait observer dans la longue et la moyenne durée, l'évolution de l'économie, de la société, de la civilisation. Il me fallut expliquer ce qui m'avait décidé. Déjà, six ans plus tôt, une commande d'Albert Skira m'avait offert la chance de m'adresser à d'autres qu'à mes confrères et à mes élèves, de sortir de l'atelier, de traiter des questions assez ardues et sans nulle complaisance, mais sur un autre ton, plus libre. A cette liberté j'avais pris goût. Voici que de nouveau il m'était licite de publier mes réflexions, d'exposer le résultat de mes recherches sans être astreint à faire étalage de mes références en notes érudites au bas des pages; voici que je pouvais m'abandonner à la satisfaction d'écrire à ma guise, sans entrave. Car la collection où j'étais accueilli était ouverte, et très largement. J'avais savouré le Pavie de Giono: après ce livre, que ne pouvait-on se permettre? Telle fut la première raison de mon choix: l'attrait du plaisir.
J'insisterai davantage sur la seconde. Il commençait aussi de m'apparaître non seulement possible, non seulement utile, mais franchement nécessaire, pour parvenir jusqu'aux mouvements obscurs qui font lentement se déplacer au cours des âges les soubassements d'une culture, d'exploiter l'évènement. D'en tirer le meilleur parti, en le traitant d'une certaine manière. Je continue bien sûr de penser comme Fernand Braudel (interview dans Le Monde du 14 juillet 1979) que le simple "fait divers", qui n'a rien de singulier et qui se produit sans faire de bruit, "peut être l'indicateur d'une réalité longue et quelquefois, merveilleusement, d'une structure", et qu'il importe par conséquent de le traquer. Mais je pense aussi, et je le pensais déjà, que justement c'est parce qu'il fait du bruit, parce qu'il est "grossi par les impressions des témoins, par les illusions des historiens", parce qu'on en parle longtemps, parce que son irruption suscite un torrent de discours, que l'évènement sensationnel prend son inestimable valeur. Pour ce que, brusquement, il éclaire. Par ses effets de résonnace, par tout ce dont son explosion provoque la remontée depuis les profondeurs du non-dit, par ce qu'il révèle à l'historien des latences. Du fait même qu'il est exceptionnel, l'évènement tire avec lui et fait émerger, dans le flot de paroles qu'il libère, des traces qui, sans ce coup de filet, seraient demeurées dans les ténèbres, inaperçues, les traces du plus banal, de ce dont on parle rarement dans le quotidien de la vie et dont on n'écrit jamais.
Or, de Bouvines, on commença le soir même de parler abondamment, et l'on ne cessa pas. Autour du fait, les témoignages se sont accumulées. Copieux, divers, et qui n'avaient été jusqu'alors que partiellement sollicités. Evidemment, tout était dit des causes et des conséquences de la bataille. Depuis cinquante ans déjà, des chercheurs sagaces, rompus aux méthodes d'investigation les plus fines, avaient démêlé le noeud d'intrigues qui fut tranché le 27 juillet 1214, et suivi attentivement jusqu'aux plus lointains remous les amples répercussions politiques de l'affaire. Mais ce travail antérieur me soulageait; je pouvais sans scrupule renvoyer le lecteur à ces analyses excellentes. Le matériau était là. Je le repris, et spécialement les relations qui furent écrites de l'évènement, dans l'immédiat, et puis plus tard, au fil du temps, pour une enquête différemment orientée et qui se développa sur trois niveaux.
En premier lieu -c'était le moment où la lecture assidue des anthropologues me conduisait à renouveler mes questionnaires, à aborder par d'autres biais l'étude de la société féodale- je tentai une sorte d'ethnographie de la pratique militaire au début du XIIIe siècle: je m'approchai des combattants de Bouvines comme d'une peuplade exotique, notant l'étrangeté, la singularité de leurs gestes, de leurs cris, de leurs passions, des mirages qui les éblouissaient. Parallèlement, situer la bataille par rapport à la guerre, par rapport à la trêve, à la paix, me parut un moyen de circonscrire plus exactement le champ de ce que nous appelons le politique et de mieux voir comment le sacré, à cette époque, s'y mêlait inextricablement au profane. Enfin, je tâchai de voir comment un évènement se fait et se défait, puisque, en fin de compte, il n'existe que par ce qu'on en dit, puisqu'il est à proprement parler fabriqué par ceux qui en répandent la renommée; j'ébauchai donc l'histoire du souvenir de Bouvines, de sa déformation progressive par le jeu, rarement innocent, de la mémoire et de l'oubli.
Les traces qui subsistent de cette vieille histoire se révélèrent plus fécondes encore que je ne l'espérais. J'ai pu le vérifier récemment lorsque je fus conduit à revenir vers elles. Parce qu'un film superbe semblait pouvoir être construit autour de la bataille, j'ai relu, avec Serge July -nouveau plaisir- les textes du temps. Etonné de leur fraîcheur, ravi, découvrant des traits qui m'avaient échappé il y a seize ans. Pressant ces documents de questions nouvelles, m'aventurant plus loin, butant, hélas, contre l'insaisissable. Et c'est un peu pour cela, cherchant à en savoir davantage sur les façons qu'avaient les chevaliers de culbuter leur adversaire, de les rançonner et de dissiper dans la fête les profits de leur vaillance, que j'ai repris l'histoire d'un homme, Guillaume, maréchal d'Angleterre, qui n'était pas à Bouvines et qui ne s'en consola jamais.
GEORGES DUBY
Novembre 1984

L'année 1214, le 27 juillet ...

[...] Les évènements sont comme l'écume de l'histoire, des bulles, grosses ou menues, qui crèvent en surface, et dont l'éclatement suscite des remous qui plus ou moins loin se propagent. Celui-ci a laissé des traces très durables: elles ne sont pas aujourd'hui tout à fait effacées. Ces traces seules lui confèrent existance. En dehors d'elles, l'évènement n'est rien. [...]
Des traces, il en est de deux espèces. Les unes diffuses, mouvantes, innombrables, résident, claires ou brouillées, fermes ou fugaces, dans la mémoire des hommes de notre temps [...] De ces traces actuelles, impalpables, mais qui s'intègrent à la représentation d'un passé collectif, il serait tentant de dresser l'inventaire [...] Historien, ce sont les autres traces qui me concernent, celles du second genre. Celles que nous appelons, nous des documents. [...]
La survie de Bouvines repose sur les trace de cette [seconde] espèce [...]
C'est un regard différent que je voudrais porter sur les traces de l'évènement. Pour l'histoire positiviste [...] la bataille de Bouvines s'inscrivait expressément dans la dynamique d'une histoire du pouvoir. [...] Une telle vision assignait au métier de l'historien deux objectifs. Etablir d'abord ce qui s'était vraiment passé à cet endroit le 27 juillet 1214. Prendre pour cela les documents comme le ferait un juge d'instruction, y dépister le mensonge, en faire surgir la vérité, confronter les témoins, réduire leurs contradictions, et pour reconstituer les maillons manquants, trier toutes les hypothèses, choisir les mieux assurées. Après cela, situer le "fait vrai" à sa place exacte, en sa position à la fois résultante et causale, entre ses tenants et ses aboutissants. Deux buts à vrai dire inaccessibles. [...] Tendue dans une volonté obstinée d'exactitude ponctuelle, cette histoire, qui se voulait scientifique, négligeait en fait de se garder assez bien du contresens et de l'anachronisme. Car attentive à la seule action politique, à ses motivations, à ses conséquences, elle inclinait inconsciemment à voir un peu Philippe Auguste comme Corneille voyait Pompée, c'est-à-dire comme un désir, comme une volonté, affrontés à d'autres volontés et à d'autres désirs, dans l'immuabilité de la "nature humaine". Elle en remarquait pas tous les glissements subtils qui avaient insensiblement modifié en Europe, au cours de vingt générations, le comportement des gens et la signification de leurs actes. [...]
C'est la raison qui me conduit à regarder cette bataille et la mémoire qu'elle a laissée en anthropologue, autrement dit à tenter de les bien voir, toutes deux, comme enveloppées dans un ensemble culturel différent de celui qui gouverne aujourd'hui notre rapport au monde.

I/ L'évènement.
1.1. Mise en scène.
"[Dans la relation qu'en fait Guillaume le Breton] tous les rôles sont tenus par des hommes, comme il convient dans l'ancien théâtre. Mais le spectable étant militaire, tous les personnages effectivement sont masculins. On pourrait en vérité s'attendre à apercevoir ici, fût-ce dans le flou des arrières-plans, de ces troupes de femmes de conditions diverses qui, on le sait, suivaientr en ce temps toutes les armées. Les armées des croisés comme les autres. Elles sont absentes. Pour Guillaume et pour ceux qui l'écoutent, Bouvines est en effet affaire sérieuse [...] Son image, comme celle des hautes liturgies, ne saurait être que virile. [...] Aucune figure féminine, par conséquent, dans le parti du bien, celui de la victoire. Celui du roi de France. Les rares que l'on voit se trouvent toutes de l'autre côté. [...]"
1.2. La journée.

II/ Commentaire.
2.1. La paix.
2.2. La guerre.
2.3. La bataille.
2.4. La victoire.

III/ Légendaire.
3.1. Naissance du mythe.
3.2. Résurgences.
"Passé le seuil du XXe siècle, le ton devient plus agressif: "C'est notre première victoire sur les Allemands", dit froidement le Cours de C. Calvet en 1903 [...]
Certes la vogue de Bouvines est bien loin d'atteindre alors à celle de Jeanne d'Arc. [...]Un ennui cependant: ceux qu'elle boute hors de France sont anglais. Or, voici l'Entente cordiale. Bouvines prend ici de l'avantage. Nulle ambiguïté: il s'agit bien des Teutons. Qui sont vaincus, et qui fuient comme des lièvres.
Précisément, la date du septième centenaire approche. [...]
On sait ce qui, trois semaines plus tard, se produisit. Les carnages de la Grande Guerre eurent raison de ce qui survivait encore de Bouvines. Le silence tombe, après la victoire, dans les Histoires de France écrites pour les écoliers. [...]
On oublie tout à fait Bouvines après 1945. Aujourd'hui, les instituteurs n'en parlent plus. Des croisades, des seigneurs et des châteaux, des cathédrales, il leur est recommandé de sauter à Saint Louis, le bon roi, seule figure capétienne offerte aux mémoires enfantines. [...]
On voit bien pourquoi se dissipent sous nos yeux les dernières traces de l'évènement. Que viendrait faire le récit de Bouvines dans un enseignement donné aux enfants d'une Europe rassemblée, au nom d'une histoire qui s'est longuement et justement battue pour se dégager des entraves de l'évènementiel? Notre temps chasse les batailles de sa mémoire. Il a raison. [...]

Chronologie.
[Elle va de 1163 à 1227]
Illustration.
Bibliographie sommaire.
Documents.
Index.

Référence utilisée:
_Georges Duby, Le dimanche de Bouvines: 27 juillet 1214, Gallimard, Folio, 1985 (1973), 373 pages + 16 pages d'illustration hors texte.

Le Collège de France propose dans son hommage à Georges Duby rédigé par Pierre Toubert une présentation du Dimanche de Bouvines: "[...]On a souvent vu dans le Dimanche de Bouvines une sorte de retour, sinon à l'histoire-bataille, du moins à l'illustration de l'évènement, retour présenté comme bien compréhensible chez un historien qu'aurait quelque peu lassé, en somme, l'histoire des structure. Rien, naturellement, n'est plus faux. Le Dimanche de Bouvines, en effet, avec son rigoureux démontage des formalisations du discours historiographiques, n'avait pour objet final que l'ordonnancement structural de la guerre et de la paix, la morale des guerriers et, à partir de là, l'idéologie de la société et son système de valeurs. [...]"

Une fiche de lecture du Dimanche de Bouvines de Georges Duby est gratuitement disponible sur ce blog d'une étudiante rennaise en première année d'histoire depuis mai 2005.

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lundi 29 janvier 2007

Resume: Paul Kennedy, Naissance et declin des grandes puissances

Résumé en une phrase de Paul Kennedy, Naissance et déclin des grandes puissances: transformations économiques et conflits militaires de 1500 à 2000 (1991).
Pour Paul Kennedy (né en 1945), historien spécialisé dans la stratégie et l'histoire militaire, il existe un lien entre le poids économique d'un Etat et sa place dans l'ordre mondial; en même temps, l'apogée de la puissance militaire exige de tels efforts financiers et plus largement économiques que l'Etat tend à terme vers le déclin.

Note: résumé déjà présenté dans le post "Réviser l'ESD par thème: l'historiographie".

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dimanche 28 janvier 2007

Resume: Michel Foucault, Histoire de la folie a l'age classique

Résumé en une phrase de Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique (1961).
Dans sa thèse publiée grâce à Philippe Ariès, Michel Foucault (1926-1984) retrace "l'archéologie de ce silence" qui a conduit au "grand renfermement" des fous à partir de l'âge classique: alors que disparaissent les derniers lépreux, le fou émerge comme une figure majeure à la Renaissance (cf. la Nef des fous de Jérôme Bosch) avec un partage entre une conscience tragique qui envisage la folie comme une manifestation ésotérique et une conscience critique qui y voit la faillibilité humaine; à partir du XVIIIe siècle, l'accent porté -à la suite de Descartes- sur la souveraineté de la raison conduit au rejet de la folie, commence alors le "grand renfermement".

Note: le résumé pourrait être bien sûr plus court, il suffit de s'arrêter aux deux points.

Sources utilisées:
_Christian Amalvi, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004, article "FOUCAULT, Michel", page 111.
_Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique, Gallimard, Tel, 1976, 688 pages.
_Catherine Halpern, "Histoire de la folie à l'âge classique", in Sciences Humaines, n°143, novembre 2003.
_Collectif, "Histoire de la folie à l'âge classique", encyclopédie libre en ligne Wikipédia.

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samedi 27 janvier 2007

Resume: Georges Duby, Les trois ordres ou l'imaginaire du feodalisme

Résumé en une phrase de Georges Duby, Les trois ordres ou l'imaginaire du féodalisme (1979).
Georges Duby (1919-1996) analyse dans cet ouvrage comment le schéma trifonctionnel des mythologies indo-européennes dégagé par Georges Dumézil, répartissant en trois ordres strictement hiérarchisés ceux qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent, s'est imposé dans le Nord de la France aux XIe et XIIe siècles.

Source:
_Christian Amalvi, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004, article "DUBY, Georges", pages 87 et 88.

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vendredi 26 janvier 2007

Resume: Jacques Droz, Le liberalisme rhenan

Résumé en une phrase de Jacques Droz, Le libéralisme rhénan (1940).

Dans sa thèse, Jacques Droz (1909-1998) démontre que la francophilie des élites rhénanes a été surévaluée: leur hostilité au pouvoir réactionnaire de Berlin ne les pousse pas jusqu'à désirer le retour à la France.

Source utilisée:
_Christian Amalvi, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004, article "DROZ, Jacques", pages 84 et 85.

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jeudi 25 janvier 2007

Resume: Chateaubriand, Essai historique, politique et moral

Résumé en une phrase de François-René de Chateaubriand, Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes considérées dans leurs rapports avec la Révolution française (1797).

François-René de Chateaubriand (1768-1848) confronte la Révolution française avec les révolutions antiques et anglaises: il considère qu'elle n'a rien d'exceptionnel, qu'elle imite les révolutions de l'Antiquité; mais il accuse la Révolution française de résulter d'une dépravation morale.

Source utilisée:
_Christian Amalvi, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004, article "CHATEAUBRIAND, François René de", page 59.
_La Bibliothèque nationale de France propose en lecture électronique L'Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes considérées dans leurs rapports avec la Révolution française publié par F.-R. de Chateaubriand en 1797.

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mercredi 24 janvier 2007

Resume: Michel de Certeau, L'ecriture de l'histoire

Résumé en une phrase de Michel de Certeau, L'écriture de l'histoire (2002, 1975).

Pour Michel de Certeau (1925-1986), l'histoire est écriture: écriture en miroir qui renvoie au présent; fiction qui fabrique secret, mensonge et en même temps vérité; écriture performative qui "ouvre au présent un espace propre" en construisant un "tombeau" pour le mort, qui est à la fois honoré et éliminé, ce qui permet le travail de deuil.

Source utilisée:
_Christian Amalvi, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004, article "CERTEAU, Michel de", page 51.
_Michel de Certeau, L'écriture de l'histoire, Gallimard, Bibliothèque des histoires, Paris, 1975, 358 pages.

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mardi 23 janvier 2007

Resume: Fernand Braudel, Civilisation materielle, economie et capitalisme

Résumé en une phrase de Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme (1979).

Dans ce triptyque (Les structures du quotidien, Les jeux de l'échange, Le temps du monde), Fernand Braudel (1902-1985) étudie l'articulation sur trois siècles des usages matériels dans les villes et dans les marchés, les vies des continents mises en relation dans une succession d'économies-mondes sur lesquelles le capitalisme assoit une domination croissante et toujours en mouvement.

Source utilisée:
_Christian Amalvi, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004, article "BRAUDEL, Fernand", page 38.

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lundi 22 janvier 2007

Resume: Charles Bost, Les predicants protestants

Résumé en une phrase de Charles Bost, Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (2001, 1912).

Pionnier dans l'application à l'histoire du protestantisme languedocien de la méthode critique de Gabriel Monod, le pasteur Charles Bost (1871-1943) propose ici une somme critique toujours valable de la résistance du protestantisme cévenol au cours des dix-sept années qui mènent de la révocation de l'édit de Nantes (1685) à la guerre des camisards.

Source utilisée:
_Christian Amalvi, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004, article "BOST, Charles", page 34.

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dimanche 21 janvier 2007

Resume: Marc Bloch, Apologie pour l'histoire.

Résumé en une phrase de Marc Bloch, Apologie pour l'histoire ou métier d'historien (1993, 1949, posthume).

Dans ce dernier ouvrage inachevé, Marc Bloch (1886-1944) revient sur la position de l'historien face au temps, face à la société et aussi sur les étapes de la réflexion historienne: observations, critique, analyse.

Sources utilisées:
_Christian Amalvi, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004, article "BLOCH, Marc", page 29.
_Marc Bloch, Apologie pour l'histoire ou métier d'historien, Librairie Armand Colin, Cahier des Annales, 1952, 112 pages.

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samedi 20 janvier 2007

Resume: Marc Bloch, L'etrange defaite.

Résumé en une phrase de Marc Bloch, L'étrange défaite (1940).

Dans cet essai d'histoire immédiate, Marc Bloch (1886-1944) propose une analyse lucide de la débâcle de 1940 et s'interroge sur le rôle social de l'historien.

Sources utilisées:
_Christian Amalvi, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004, article "BLOCH, Marc", page 29.
_Marc Bloch, L'étrange défaite, Société des Editions Franc-Tireur, 1946.

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vendredi 19 janvier 2007

Resume: Marc Bloch, Les caracteres originaux de l'histoire rurale francaise

Résumé en une phrase de Marc Bloch, Les caractères originaux de l'histoire rurale française (1931).

En partant de l'aspect contemporain du paysage agraire français, Marc Bloch (1886-1944) tente, par le biais de la méthode comparatiste, de retrouver la logique des différents régimes agraires qui ont modelé les paysages français depuis le Moyen Age: ce sont les contraintes collectives qui expliquent la présence de campagnes ouvertes ou du bocage.

Source utilisée:
_Christian Amalvi, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004, article "BLOCH, Marc", pages 28 et 29.

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jeudi 18 janvier 2007

Resume: Marc Bloch, Les rois thaumaturges.

Résumé en une phrase de Marc Bloch, Les rois thaumaturges (1924).

A travers l'étude comparée des pouvoirs miraculeux de guérisseurs des rois de France et d'Angleterre et de la croyance qui s'y attache, du XIe au XVIIIe siècle, Marc Bloch (1886-1944) explore la construction de ce don par les cours royales et le processus de sacralisation des monarques liés à l'onction.

Source utilisée:
_Christian Amalvi, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004, article "BLOCH, Marc", page 28.

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mercredi 17 janvier 2007

Resume: Marcel Aubert, La cathedrale Notre-Dame de Paris

Résumé en une phrase de Marcel Aubert, La cathédrale Notre-Dame de Paris (1929, 1920, 1909).

Historien de l'art, Marcel Aubert (1884-1962) est le premier à établir dans sa thèse les rapports entre les arts roman et gothique français; il démontre notamment que leur développement est parallèle et contemporain.

Source utilisée:
_Christian Amalvi, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004, article "AUBERT, Marcel", pages 8 et 9.

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mardi 16 janvier 2007

Resume: R. Aron, Introduction a la philosophie de l'histoire.

Résumé en une phrase de Raymond Aron, Introduction à la philosophie de l'histoire: essai sur les limites de l'objectivité historique (1938).

Dans sa thèse de philosophie, Raymond Aron (1905-1983) insiste sur les choix qu'opère l'historien, sur la construction qu'est tout travail historiographique; il souligne l'écart entre la complexité du réel et la reconstruction a posteriori, laquelle n'évite pas toujours l' "illusion rétrospective", cet ordonnancement simplifié des faits en vue d'une fin déjà connue.


Source utilisée:
_Christian Amalvi, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004, article "ARON, Raymond", pages 6 et 7.

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lundi 15 janvier 2007

Resume: P. Aries, L'enfant et la vie familiale.

Résumé en une phrase de Philippe Ariès, L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime (1960).

Dans ce livre novateur par l'utilisation de la littérature et de l'iconographie comme sources pour l'historien, Philippe Ariès (1914-1984) émet l'hypothèse que l'idée de l'enfance comme d'un âge spécifique, distinct de l'âge adulte, apparaît seulement avec la modernité, au XVIIIe siècle, alors que s'affirment les valeurs bourgeoises et la cellule conjugale.


Sources utilisées:
_Christian Amalvi, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004, article "ARIES, Philippe", pages 4 et 5.
_Philippe Ariès, L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime, Le Seuil, Points Histoire, Paris, 1975, 316 pages.
_André Burguière, Christiane Klapisch-Zuber, Martine Segalen et Françoise Zonabend, sous la direction, Histoire de la famille: 3. Le choc des modernités, Armand Colin, Le Livre de Poche, Paris, 1986, page 31.

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dimanche 14 janvier 2007

Resume: P. Aries, Histoire des populations francaises

Résumé en une phrase de Philippe Ariès, Histoire des populations françaises et de leurs attitudes devant la vie (1971, 1948).

Dans ce livre qui précède le tournant démographique des Annales, Philippe Ariès (1914-1984) émet l'hypothèse que la contraception a suscité une révolution mentale dans le sens d'un désir de maîtrise de la vie.



Source utilisée:
_Christian Amalvi, sous la direction, Dictionnaire biographique des historiens français et francophones: de Grégoire de Tours à Georges Duby, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004, article "ARIES, Philippe", page 4.

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samedi 13 janvier 2007

Biographie: Sylvie Brunel

Sylvie Brunel est à la fois une géographe et une économiste (agrégée de géographie et docteur en économie) qui s'est spécialisée sur le Tiers-Monde ou plutôt les Suds ainsi que sur les problèmes de développement par son action comme membre de Médecins sans frontière puis d'Action contre la faim mais aussi par sa réflexion comme universitaire à l'Université Paul Valéry de Montpellier (où elle enseigne la géographie du développement) et à Sciences Po Paris (cours sur "l'Afrique sub-saharienne", "Pratique, politiques et acteurs du développement"). Sa réflexion sur le(s) Sud(s) et les problèmes de développement l'amène également à envisager les relations entre le Nord et le(s) Sud(s), entre nous et eux dans le cadre de la mondialisation: coopération étatique, gaspillage, organisations non gouvernementales (O.N.G.).

Concepts géographiques liés à l'auteure: Sud(s), développement, sous-développement, développement durable.

Bibliographie:
_Sylvie Brunel, Le gaspillage de l'aide publique, 1993.
_Sylvie Brunel, Le Sud dans la nouvelle économie mondiale, 1995.
_Sylvie Brunel, Le sous-développement, PUF, Que sais-je?, 1996, 128 pages.
_Sylvie Brunel, Ceux qui vont mourrir de faim, 1997.
_Sylvie Brunel, La coopération Nord-Sud, PUF, Que sais-je?, 1997, 128 pages.
_Sylvie Brunel, La faim dans le monde: comprendre pour agir, 1999.
_Sylvie Brunel, Famines et politique, Presses de Sciences-Po, 2002, 120 pages. Un compte-rendu de lecture de Marc Lohez pour la liste H-Français est disponible sur le site des Cafés géographiques.
_Sylvie Brunel, Frontières, Denoël, 2003 [roman].
_Sylvie Brunel, L'Afrique: un continent en réserve de développement, Editions Bréal, 2004. Isabelle Méjean en a fait un compte-rendu pour le compte des Clionautes.
_Sylvie Brunel, Le développement durable, PUF, Que sais-je?, n°3719, 2004, 128 pages. Un compte-rendu de lecture est disponible ici sur le site de la revue Développement durable & Territoire. Sur son blog, Emmanuel Delannoy propose un autre compte-rendu de lecture. Un troisième compte-rendu est le fait de François Florent et Désiré Hochedez sur le site de l'Académie de Lille.
_Sylvie Brunel, L'Afrique dans la mondialisation, La Documentation française, 2005. Olivier Milhaud en fait une présentation pour la revue Mappemonde.
_Sylvie Brunel, La planète dysneylandisée: chronique d'un tour du monde, Sciences humaines éditions, 2006, 275 pages. Un compte-rendu de Catherine Didier-Fevre est disponible ici sur le site des Clionautes.

Sitographie:
_Sylvie Brunel, "Nourrir les hommes en Afrique", Lycée Carnot, Dijon, 30 mars 2006, compte-rendu en ligne de la Clionaute Cécile De Joie sur le site de l'académie de Dijon.
_Sylvie Brunel, intervention sur le développement durable à l'occasion d'un stage académique "Formation à la solidarité internationale et à la francophonie", Lycée Charles De Gaulle, Dijon (2006?), Académie de Dijon.
_Collectif, "Sylvie Brunel", notice biographique et bibliographique sur l'encyclopédie en ligne wikipedia. Il faut avoir le réflexe de consulter wikipedia tout en gardant éveillé son esprit critique; comme face à tout document. Ce que nous apprennent l'histoire et la géographie, et c'est en cela notamment qu'elles sont des sciences et qu'elles s'avèrent utiles à la formation des citoyens.
_Sylvie Brunel, intervention sur "Faim et ravitaillement", Rendez-vous de l'Histoire, Blois, vendredi 22 octobre 1999.
_Sylvie Brunel, "Les paradoxes de l'eau en Afrique", Festival international de géographie (F.I.G.), Saint-Dié, 2003, compte-rendu de Catherine Lefrançois-Tourret sur le site de l'Académie de Créteil.
_Sylvie Brunel, "Du développement au développement durable", intervention au F.I.G., Saint-Dié, 2005, compte-rendu d'Olivier Caruso.
_Sylvie Brunel, "Les réseaux de la solidarité: comment les ONG ont imposé le développement durable?", intervention au F.I.G., Saint-Dié, 2005, compte-rendu d'Olivier Caruso.

Pour aller plus loin dans la compréhension fine du concept de développement, cette mise au point d'Alain François, disponible sur le site du Centre d'Economie du Développement (Université Bordeaux IV) est intéressante.

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lundi 8 janvier 2007

Marc Bloch reconnait n'avoir pas devine le nazisme

"J'appartiens à une génération qui a mauvaise conscience. [...]
Nous sommes beaucoup à avoir mesuré, très tôt, l'abîme où la diplomatie de Versailles et la diplomatie de la Ruhr menaçaient de nous précipiter. Nous comprenions qu'elles réussissaient ce merveilleux coup double: nous brouiller avec nos alliés de la veille; maintenir toute saignante, notre antique querelle avec les ennemis que nous venions à grand-peine de vaincre. Or, nous n'ignorions pas ce que représentaient de puissance latente et la Grande-Bretagne et l'Allemagne. Les mêmes hommes, ou peu s'en faut, que nous avons vus nous conseiller, aujourd'hui avant même que l'heure en eût sonné, la triste sagesse de Louis XVIII, nous engageaient alors à la magnificence de Louis XIV. Nous n'étions pas assez sots pour croire, avec eux, que dans une France appauvrie, relativement dépeuplée, et d'un potentiel industriel médiocre, une pareille politique fût de saison: si tant est qu'elle l'ait jamais été. Comme nous n'étions pas prophètes, nous n'avions pas deviné le nazisme. Mais nous prévoyions bien que sous une forme dont nous nous avouions incapables de dessiner, avec précision, les contours, le sursaut allemand viendrait, un jour, alimenté par les rancunes, dont nos folies multipliaient la semence, et que son déclenchement serait terrible. Si l'on nous avait interrogés sur l'issue vraisemblable d'une seconde guerre, nous aurions répondu, sans doute, par l'espoir d'une seconde victoire. Mais, sans nous dissimuler que, dans cette tourmente renouvelée, la civilisation européenne risquait de sombrer à jamais. Nous sentions, d'autre part, dans l'Allemagne d'alors, la montée encore timide de bonnes volontés, franchement pacifiques, honnêtement libérales, qu'il ne tenait qu'à nos chefs d'encourager. Nous savions tout cela. Et pourtant, paresseusement, lâchement, nous avons laissé faire. Nous avons craint le heurt de la foule, les sarcasmes de nos amis, l'incompréhensif mépris de nos maîtres. Nous n'avons pas osé être, sur la place publique, la voix qui crie, d'abord dans le désert, mais du moins, quel que soit le succès final, peut toujours se rendre la justice d'avoir crié sa foi. Nous avons préféré nous confiner dans la craintive quiétude de nos ateliers. Puissent nos cadets nous pardonner le sang qui est sur nos mains!
Tout ce qu'on a lu plus haut sur les faiblesses qui, peu à peu, minaient la robuste santé du pays, sur la léthargie intellectuelle des classes dirigeantes et leurs rancoeurs, sur les illogiques propagandes dont les mixtures frelatées intoxiquaient nos ouvriers, sur notre gérontocratie, sur le malaise de l'armée, dans la nation, tout cela ou presque tout, il y a longtemps que nous nous le murmurions, entre amis choisis. Combien ont eu le cran de parler plus fort? J'entends bien, nous n'avions pas des âmes de partisans. Ne le regrettons pas. Ceux d'entre nous qui, par exception, se laissèrent embrigader par les partis, finirent presque toujours par en être les prisonniers beaucoup plutôt que les guides. Mais ce n'était pas dans les comités électoraux que nous appelait notre devoir. Nous avions une langue, une plume, un cerveau. Adeptes des sciences de l'homme ou savants de laboratoires, peut-être fûmes-nous aussi détournés de l'action individuelle par une sorte de fatalisme, inhérent à la pratique de nos disciplines. Elles nous ont habitués à considérer, sur toutes choses, dans la société comme dans la nature, le jeu des forces massives. Devant ces lames de fond, d'une irrésistibilité presque cosmique, que pouvaient les pauvres gestes d'un naufragé? C'était mal interpréter l'histoire. Parmi tous les traits qui caractérisent nos civilisations, elle n'en connaît pas de plus significatif qu'un immense progrès dans la prise de conscience de la collectivité. [...] Or, de quoi est faite cette conscience collective, sinon d'une multitude de consciences individuelles, qui, incessamment, influent les unes sur les autres? Se former une idée claire des besoins sociaux et s'efforcer de la répandre, c'est introduire un grain de levain nouveau, dans la mentalité commune; c'est se donner une chance de la modifier un peu et, par la suite, d'incliner, en quelque mesure, le cours des évènements, qui sont réglés, en dernière analyse, par la psychologie des hommes. Avant tout, nous étions requis, une fois de plus, par la tâche quotidienne. Nous avons, pour la plupart, le droit de dire que nous fûmes de bons ouvriers. Avons-nous toujours été d'assez bons citoyens?"

Source: Marc Bloch, L'étrange défaite, 1946, pages 187, 188 et 189.

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dimanche 7 janvier 2007

Marc Bloch analyse une fausse rumeur de 1917

"Au mois de septembre 1917, le régiment d'infanterie auquel j'appartenais tenait les tranchées du Chemin des Dames, au nord de la petite ville de Braisne. Dans un coup de main, nous fîmes un prisonnier. C'était un réserviste, négociant de son métier et originaire de Brême, sur la Weser. Pëu après, une curieuse histoire nous vint de l'arrière des lignes. "L'espionnage allemand", disaient à peu près ces camarades bien informés, "quelle merveille ! On enlève un de leurs petits postes au cœur de la France. Qu'y surprend-on ? Un commerçant établi durant la paix à quelques kilomètres de là : à Braisne". Le coq-à-l'âne paraît clair. Gardons-nous cependant d'en rendre un compte trop simple. En accusera-t-on sans plus une erreur de l'ouïe ? Ce serait, en tout état de cause, s'exprimer assez inexactement. Car, plutôt que mal entendu, le nom véritable avait été sans doute mal compris : généralement inconnu, il n'accrochait pas l'attention. Par une pente naturelle de l'esprit, on crut saisir à sa place un nom familier. M