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lundi 26 février 2007

Fiches de lecture en histoire et geographie

Vous connaissez sans doute le principe qui veut que tout livre peut se résumer en une phrase, même La Recherche du Temps perdu. Je vais tenter de faire de même pour quelques livres d'historiens et de géographes.
L'exercice a bien entendu ses limites: être capable de résumer un livre en une phrase suppose non seulement de l'avoir lu mais de l'avoir suffisamment pratiqué pour arriver à prendre de la hauteur; inversement, lire un résumé d'une phrase ne suffit pas à connaître un livre, à en apprécier la portée, les limites, les enjeux. Vous connaissez la boutade selon laquelle "les statistiques, c'est comme le bikini, ça donne une idée, mais ça cache l'essentiel": elle vaut tout aussi bien pour les résumés de livre en une phrase. Pour moi, c'est surtout un jeu.
En outre, je n'ai rien de mallarméen, je n'ai pas lu tous les livres; seulement ceux suivis d'un astérisque orange, ce qui vous donne un petit aperçu de ma grande inculture.


Résumé de Philippe Ariès, Histoire des populations françaises et de leurs attitudes devant la vie (1971, 1948).

Résumé de Philippe Ariès, L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime (1960)*.

Résumé de Raymond Aron, Introduction à la philosophie de l'histoire: essai sur les limites de l'objectivité historique (1938).

Résumé de Marcel Aubert, La cathédrale Notre-Dame de Paris (1929, 1920, 1909).

Résumé de Marc Bloch, Les rois thaumaturges (1924).

Résumé de Marc Bloch, Les caractères originaux de l'histoire rurale française (1931).

Résumé de Marc Bloch, L'étrange défaite (1940)*.

Résumé de Marc Bloch, Apologie pour l'histoire ou métier d'historien (1993, 1949, posthume)*.

Résumé de Charles Bost, Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (2001, 1912).

Résumé de Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme (1979).

Résumé de Michel de Certeau, L'écriture de l'histoire (2002, 1975)*.

Résumé de François-René de Chateaubriand, Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes considérées dans leurs rapports avec la Révolution française (1797).

Résumé de Jacques Droz, Le libéralisme rhénan (1940).

Résumé de Georges Duby, Les trois ordres ou l'imaginaire du féodalisme (1979).

Résumé de Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique (1961)*.

Résumé de Paul Kennedy, Naissance et déclin des grandes puissances: transformations économiques et conflits militaires de 1500 à 2000 (1991).

-D'autres résumés en une phrase seront bientôt proposés-

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dimanche 25 février 2007

Fiche de lecture: Francois Dosse, L'histoire en miettes (5/12)

Cinquième volet de ma fiche de lecture sur L'histoire en miettes: des Annales à la Nouvelle Histoire de François Dosse.


II. Les années Braudel.

La Seconde Guerre mondiale est suivie d'une période de révolution technologique et de prospérité économique: les "Trente Glorieuses". Les Annales en tiennent compte déjà en changeant le nom de la revue: elles deviennent Annales: économies, sociétés, civilisations.
Si l'économie est privilégiée par la seconde génération des Annales au détriment d'autres héritages (psychohistoire, étude des mentalités, histoire culturelle), l'interrogation n'es plus celle des travaux de Labrousse: le contexte n'est plus celui de 1929 et donc les interrogations ne portent plus sur les phénomènes de crise. Plutôt, les recherches portent sur la croissance économique, l'essor des forces productives. La période moderne est privilégiée, au détriment de la contemporaine et de l'Antiquité qui s'adaptent mal à l'application sur une longue durée de méthodes quantitatives, de séries statistiques.

Cette histoire économique de la deuxième génération rencontre une autre science sociale en pleine expansion: la démographie. C'est le temps des monographies régionales: Robert Boutruche soutient sa thèse sur la société bordelaise pendant la guerre de Cent Ans en 1947; Georges Duby soutient la sienne sur le Mâconnais aux XIe et XIIIe siècles en 1953; Pierre Goubert sur le Beauvaisis de 1600 à 1730 en 1960, même année que Paul Bois sur les paysans de la Sarthe; Pierre Vilar présente sa Catalogne dans l'Espagne moderne en 1962 et Emmanuel Le Roy Ladurie ses paysans du Languedoc en 1966. L'histoire est à ce moment mélange de démographie, de courbes économiques et d'analyse des relations sociales.
La valorisation de la démographie a été rendue possible par le développement de l'ordinateur qui permet modélisation et quantification. Seulement cet économisme triomphant minore le rôle de l'homme en tant que sujet actif et conscient de l'histoire.

Les années cinquante et soixante sont aussi celles d'un essor des sciences sociales: la société se veut plus rationnelle, veut maîtriser les données économiques et sociales: cf. la planification, cf. la création de l'INED en 1945 et de l'INSEE en 1946. Les sciences sociales apparaissent alors indispensables: sociologie et psychologie acquièrent alors leur institutionnalisation universitaire.

La menace la plus importante pour l'histoire vient cependant d'une autre discipline: l'anthropologie (ou ethnologie), où naît une école qui va rapidement dominer toutes les sciences humaines: le structuralisme de Claude Lévi-Strauss.
Pour Claude Lévi-Strauss, le défaut de l'historien est qu'il en reste au niveau de l'empirique, de l'observable, qu'il est incapable de modéliser et, partant, d'accéder aux structures profondes de la société. Heureusement Claude Lévi-Strauss et l'anthropologie structurale sont là.
C'est alors que Fernand Braudel sortit le grand jeu: d'une, il pique le concept de structure à Claude Lévi-Strauss et le détourne en lui donnant une dimension temporelle, donc en l'historicisant. De deux, il théorise sa tripartition du temps déjà aperçue dans sa thèse: une "histoire quasi immobile", celle des rapports de l'homme avec son milieu géographique, celle de la structure; une histoire lente, celle de l'économie (cycles économiques) et de la société, celle de la conjoncture; et une histoire brève, celle de l'individu, celle de l'événementiel.
Cette tripartition est cependant arbitraire: le politique peut aussi s'incarner dans le temps long (les institutions); le géographique est aussi adepte des temps brefs (cf. les risques).
Pour Fernand Braudel, ces trois temps n'ont pas égale importance: prime le temps géographique, la longue durée.

Cette écriture de l'histoire minore le rôle de l'homme comme force agissante. Fernand Braudel adopte ainsi une conception foncièrement pessimiste de l'histoire: "L'histoire subie envahit notre monde; nous avons juste la tête hors de l'eau, et encore".
A privilégier ainsi la longue durée, Fernand Braudel majore les invariants et minore l'évènement. Au sein de la société humaine, Fernand Braudel distingue ainsi une permanence majeure: la hiérarchie sociale. La société est inéluctablement inégalitaire et toute poussée égalisatrice est donc vouée à l'échec par sa nature illusoire. Esclavage, servage, salariat: à chaque fois, les masses sont réduite à l'obéissance. Il n'y a pas de progrès entre la société esclavagiste et les démocraties modernes. Le sommet de la pyramide sociale est toujours aussi restreint. Ce qui ne dérange pas Fernand Braudel: "les sociétés ne sont valables que quand elles sont dirigées par une élite" (TF1, 1984); critiquant mai 68 et sa dévalorisation du travail, il avance qu' "on ne peut être heureux si l'on n'est pas sous une cloche avec des valeurs établies" (TF1, 1984).

Fernand Braudel a surtout consolidé le territoire de l'historien (cf. sa réponse à la menace structuraliste de C. Lévi-Strauss) et celui des Annales.

Sa conception de la géographie comme d'un invariant qui écrase l'homme est datée, ce qui le place en porte-à-faux, sur la fin de sa vie, avec les nouveaux géographes; Fernand Braudel est l'héritier d'un déterminisme géographique que condamnait déjà Lucien Febvre en 1922 dans la Terre et l'évolution humaine.
Fernand Braudel applique dans ses écrits un déterminisme le plus souvent mécanique à partir des conditions naturelles (climat, sol, géomorphologie) ou de l'état des techniques.

Le second objet privilégié de Fernand Braudel, outre la Méditerranée, a été le capitalisme à l'époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle).
De même qu'il y aurait trois temporalités, il y aurait trois étages de l'activité économique: "au ras du sol, la vie matérielle" (F. Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, 1979), le temps répétitif de la vie quotidienne; au-dessus, les jeux de l'échange, l'économie de marché (qui se déploie soit à l'échelle locale: du producteur au consommateur; soit à plus petite échelle, en passant par des intermédiaires); et le capitalisme, superstructure où les capitalistes cherchent à s'imposer comme intermédiaires, à déconnecter le producteur du consommateur pour augmenter leur marge de profit. Les capitalistes se caractérisent par leur capital bien sûr, leur capacité à investir à long terme et leur absence de spécialisation (ils peuvent investir dans le pétrole, le coton ou la recherche pharmaceutique).

Comment distinguer le deuxième niveau (économie de marché) du troisième niveau (capitalisme)? L'échelle géographique n'est pas le critère déterminant puisqu'il y a deux échelles possibles pour l'économie de marché braudélienne: le local et au-delà. Plutôt, c'est la spécialisation ou l'absence de spécialisation des intermédiaires qui permet de définir si l'on est au stade de l'économie de marché ou du capitalisme: intermédiaire spécialisé = économie de marché; intermédiaire généraliste = capitalisme.

Comment distinguer le premier niveau (la vie matérielle) du deuxième niveau (économie de marché)? Autrement dit, quand apparaît l'économie de marché? "Historiquement, il faut parler, à mon sens, d'économie de marché dès qu'il y a fluctuation et unisson des prix entre les marchés d'une zone donnée".


L'économie-monde: concept développé par l'élève Immanuel Wallerstein et que reprend le maître Fernand Braudel. L'économie-monde s'inscrit dans un espace, qui se différencie entre un centre étroit, une zone développée autour de celui-ci, et une périphérie. Encore et toujours ce chiffre trois.


Prochain résumé: Une histoire en miettes; l'anthropologie historique.
Résumé précédent: le temps de Marc Bloch et Lucien Febvre.

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jeudi 22 février 2007

Fiche de lecture: Francois Dosse, L'histoire en miettes (4/12)

Quatrième épisode de ma fiche de lecture de L'histoire en miettes: des Annales à la nouvelle histoire par François Dosse.



2. Le temps de Marc Bloch et Lucien Febvre.

Les Annales et la politique.
Au début de sa vie intellectuelle, de 1907 à 1909 notamment, Lucien Febvre est un fervent socialiste; mais au moment de la création des Annales, il n'est plus engagé politiquement.
Quant à Marc Bloch, il est favorable au Front populaire en 1936 puis hostile au pacte de Munich en 1938.
Les Annales des années trente ont bien une tonalité socialisante, mais celle-ci est de peu de poids vu le rejet du politique qui réunit les membres de cette revue.
Les Annales passent à côté du totalitarisme stalinien car elles se limitent aux progrès des forces productives.
De même les Annales passent à côté du nazisme et du fascisme. Marc Bloch en a lucidement analysé les raisons dans L'Etrange Défaite: les Annales ont adopté un certain fatalisme, qui privilégiait les forces massives et niait le rôle des individus, de l'engagement*.
De gauche, les Annales ne sont pas pour autant un noyau d'intellectuels marxistes. Il faut éviter à ce sujet l'anachronisme et resituer le contexte: jusqu'aux années trente, le marxisme est peu connu, cantonné aux partis ouvriers. Plutôt, c'est un marxisme diffus qui a -en partie- influencé les Annales: même valorisation de l'économique et du social, des structures sous-jacentes, de la matérialité historique; même volmonté totalisante d'embrasser le réel.
Du reste, Lucien Febvre critique régulièrement les ouvrages marxistes dont il rend compte, dénonçant le "plan à tiroirs", l'étude privilégiée des mouvements populaires, des leaders révolutionnaires. Exemple: quand La Guerre des paysans d'Engels est traduite, en 1930, Lucien Febvre titre son compte-rendu: "Un livre périmé"; puis il écrit: "Pour connaître Engels, oui. Pour connaître la guerre des paysans, c'est une plaisanterie."
En outre, Lucien Febvre reproche à Karl Marx le caractère prophétique de sa thèse, sa volonté de démontrer une vérité à tout prix, de n'envisager le matériau historique que comme autant de preuve pour étayer sa démonstration. A cette démarche causale de Karl Marx, Lucien Febvre préfère la notion d'interdépendance des phénomènes.


A gauche, le marxisme, à droite, l'historicisme: la troisième voie des Annales.
Les Annales innovent en refusant une conception passéiste de l'histoire (au sens de déconnectée du présent). Lucien Febvre invite l'historien à s'inspirer des problèmes du temps présent pour interroger le passé. De même Marc Bloch oppose le métier d'antiquaire enfermé dans le culte du passé à celui d'historien qui a le goût de regarder autour de lui.
Pour les Annales, la relation passé-présent fonctionne dans les deux sens: le présent permet de mieux connaître le passé, sans connaissance du passé il n'est pas possible d'agir sur le présent. Or, les Annales adhèrent à une logique gestionnaire du système capitaliste, où les historiens ont un rôle à jouer auprès des décideurs politiques: aucun membre des Annales première génération ne sera invité à accompagner un pouvoir politique, mais des banquiers et des technocrates sont régulièrement invités à écrire dans les Annales.


Les Annales, une revue qui privilégie l'économique et le social.
Le contexte est favorable:
_en 1927, Henri Hauser a obtenu la création de la première chaire d'histoire économique. "Dernier tenant d'une histoire économique présérielle" (Olivier Dumoulin, Dictionnaire des sciences historiques), il se méfie des courbes statistiques préconisées par F. Simiand.
_le sociologue durkheimien François Simiand est justement le précurseur de cette nouvelle histoire économique puisqu'il construit un appareil statistique pour mieux cerner les cycles qui animent régulièrement la société.
_Ernest Labrousse reprend l'apport de F. Simiand en l'adaptant à l'histoire. Pour expliquer la Révolution française, il réussit à mêler le long terme et l'évènementiel.
Exemples:
-sur le long terme, sa recherche sur les prix et les revenus démontre que l'ascension de la bourgeoisie repose sur la prospérité du XVIIIe siècle.
-sur le court terme, les crises de subsistances permettent de mieux comprendre les mobilisations populaires. Il est le premier à corréler la prise de la Bastille le 14 juillet au "maximum" des prix du pain.
Ce qui est notamment original chez E. Labrousse, c'est qu'il prend en compte les évènements (ce que contestent M. Bloch et L. Febvre) mais en même temps il dépasse le récit évènementiel classique de l'école méthodique.


Les Annales, une revue qui valorise l'histoire-problème.
Cf. Lucien Febvre: "Elaborer un fait, c'est construire"; ou encore: "Toute histoire est un choix".


Les Annales, une revue qui ambitionne une histoire comparatiste.
En 1928, à Oslo, Marc Bloch propose un programme d'histoire comparée des sociétés européennes. Là aussi, c'est un emprunt aux sociologues durkheimiens: pour ces derniers, le comparatisme était le moyen de faire de la sociologie une science.
Marc Bloch veille cependant à "historiciser" la démarche comparatiste, c'est-à-diore à la contextualiser dans le temps et dans l'espace.
L'histoire comparatiste présente deux intérêts:
_l'historien peut ainsi accéder aux causes fondamentales et dépasser les seules ressemblances et dissemblances de surface.
_elle permet de sortir l'histoire des frontières artificielles: par exemple, ne pas s'enfermer dans les frontières administratives de la France actuelle alors que l'on étudie le Moyen Age.
Un résultat probant d'histoire comparatiste: partant d'un point de vue européen dans son étude de la société féodale, Marc Bloch constate une rupture interne à partir de l'héritage commun de l'Antiquité entre l'Europe occidentale et le reste de l'Europe.


L'intérêt des Annalistes pour l'étude des mentalités.
Deux sources: la psychologie et la sociologie durkheimienne.
Lucien Febvre est plus sensible à la préoccupation psychologique, à la confrontation entre l'homme et son univers mental. Peu de succès par la suite: la psychologie historique est vite devenue désuète.
Marc Bloch est davantage influencé par la sociologie durkheimienne, il s'intéresse aux pratiques collectives, aux représentations mentales non conscientes des groupes sociaux. Grand succès par la suite avec l'anthropologie historique.
Au centre de la problématique de Lucien Febvre, le binôme individu/ société: "L'individu n'est jamais que ce que permettent qu'il soit et son époque, et son milieu social."
Exemple: dans son Luther (L. Febvre, Un destin: Martin Luther, 1928), Lucien Febvre confronte la psychologie d'un individu, Luther, à l'univers mental de l'Allemagne du XVIe siècle. C'est de leur rencontre que naît la réforme de l'Eglise, la dissidence avec Rome.
Le danger pour l'historien est de succomber à ce "péché des péchés, le péché entre tous irrémissible: l'anachronisme" (L. Febvre, Rabelais ou le problème de l'incroyance au XVIe siècle, 1942).
Exemple: dans son Rabelais, L. Febvre s'attaque à la thèse d'Abel Lefranc qui fait de Rabelais un rationaliste, un libre penseur. Il s'interroge sur la possibilité de l'incroyance au XVIe siècle et reconstitue à cet effet l'outillage mental de l'époque pour en déduire que Abel Lefranc a commis le péché d'anachronisme, qu'il a lu les textes du XVIe siècle avec les yeux d'un lecteur du XXe siècle. L'outillage mental du XVIe siècle ne permettait pas, selon L. Febvre, l'irruption d'une pensée logique qui naît plus tardivement avec le XVIIe siècle cartésien, Galilée et Port-Royal. Il montre à quel point le christianisme encadre totalement la vie collective et individuelle au XVIe siècle: "C'était l'air même qu'on respirait". La religion de Rabelais ne peut se lire au regard de l'agnosticisme futur, mais doit au contraire être référée à Erasme, à la pensée de la Renaissance pour laquelle il s'agit d'affirmer l'absolue valeur de la nature et de l'humanité.
Plus tard, Mikhaïl Bakhtine (M. Bakhtine, L'oeuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Age et à la Renaissance, 1970) interprète plutôt l'oeuvre de Rabelais comme un témoignage d'une culture populaire, spécifique, extérieure à la culture savante, officielle. Rabelais aurait réussi à retrouver la spontanéité de cette culture brimée par la culture d'Etat. L'importance accordée par Rabelais aux activités corporelles, à la vie matérielle ne ferait que reprendre l'héritage de cette culture, lieu de résistance.
Marc Bloch invite l'historien à être plus attentif au non-dit des documents. Exemple: les hagiographies du haut Moyen Age ne nous apprennent rien sur les saints eux-mêmes; leur intérêt tient plutôt dans l'aperçu qu'elles donnent des catégories mentales de l'époque.
La Première Guerre mondiale a guidé l'écriture de Marc Bloch sur Les Rois thaumaturges (1924): il y fait l'expérience de la rumeur, de la fausse nouvelle à propos d'une sentinelle allemande prise pour un espion à la suite d'une confusion homophonique (Braisne/ Brême)*. Il n'y a pas que l'histoire avérée qui peut avoir des effets de réel: "Les fausses nouvelles [...] ont rempli la vie de l'humanité". Dans Les Rois thaumaturges, Marc Bloch ne se contente pas de constater la pratique royale de la guérison, il s'interroge aussi sur la réception de ce miracle, sur son rôle dans la consolidation du pouvoir royal. Le point culminant est atteint avec les XVIe et XVIIe siècles: "L'absolutisme est une sorte de religion". C'est la contestation politique de l'absolutisme, tant en Angleterre qu'en France, qui aurai raison de cette croyance.

Prochain résumé (5/12): les années Braudel.
Résumé précédent (3/12): la préhistoire des Annales.

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mercredi 21 février 2007

Fiche de lecture: Francois Dosse, L'histoire en miettes (3/12)

Troisième épisode de ma fiche de lecture de l'ouvrage de François Dosse, L'histoire en miettes: des Annales à la nouvelle histoire.


I. Clio revisitée.


1. La préhistoire des Annales.
Dans quel contexte apparaissent les Annales?
François Dosse dégage six paramètres qui permettent de mieux comprendre l'émergence des Annales en 1929: la crise économique, les bouleversements induits par la catastrophique Première Guerre mondiale, le bourgeonnement de "l'esprit des années trente", la concurrence de la sociologie durkheimienne, l'influence de la géographie vidalienne et la révolution de l'esprit scientifique à l'oeuvre en ce début du XXe siècle.

  • "Ce n'est pas un hasard si les Annales naissent en 1929, l'année de la grande crise" (Jacques Le Goff, La Nouvelle Histoire, 1978, page 214).
La crise de 1929 remet en cause l'idée de progrès continu.
L'économique et le social apparaissent comme des grilles de lecture pertinentes pour répondre aux nouvelles questions qui émergent. Cf. le titre choisi par les Annales: Annales d'histoire économique et sociale.
Les années vingt déjà étaient dominées par des questions économiques: la NEP soviétique de 1921; le rétablissement de la parité franc/ or par Raymond Poincaré en 1928.
Face à la crise, les programmes politiques des années trente mettent en avant des recettes économiques: Franklin Delano Roosevelt est élu en 1932 grâce à son New Deal; le Front Populaire l'emporte en réaction contre la politique déflationniste menée par la droite de Gaston Doumergue ou de Pierre Laval.
La crise crée le besoin de quantifier les variables économiques. Témoins du lien entre demande sociale et historiographie, trois ouvrages majeurs sont consacrés à l'évolution des prix: François Simiand, Recherches anciennes et nouvelles sur le mouvement général des prix du XVIe au XIXe siècle (1932), Ernest Labrousse, Esquisse du mouvement des prix et des revenus en France au XVIIIe siècle (1933), et Henri Hauser, Recherches et documents sur l'histoire des prix en France de 1500 à 1800 (1936). Ce que Pierre Chaunu a résumé ainsi: "La mesure est entrée en histoire par les prix. Le choc est venu au lendemain de la crise de 1929" (Pierre Chaunu, "L'histoire sérielle: bilan et perspective", Revue historique, 1970, page 302).

  • Le traumatisme de la Première Guerre mondiale et ses effets.
Double effet:
_l'histoire-bataille, l'histoire nationaliste qui justifiait la revanche sont abandonnées
au profit d'un credo pacifiste.
_la vision européocentrique est délaissée pour une démarche plus ouverte aux autres trajectoires.

  • "L'esprit des années trente" (Jean Touchard, "L'esprit des années trente", intervention au colloque sur les Tendances politiques dans la vie politique française depuis 1789, 1960).
"Les grands thèmes des années trente sont des thèmes anti" a expliqué Jean Touchard. De même les Annales s'opposent systématiquement à l'historiographie dominante, celle d'Ernest Lavisse, de Charles-Victor Langlois et de Charles Seignobos.
"L'esprit des années trente" se caractérise aussi par le rejet du politique. De même Marc Bloch et Lucien Febvre considèrent le champ politique comme annexe, superflu; priment pour eux l'économique et le social.
"L'esprit des années trente" se veut enfin une réflexion sur le déclin, l'inefficacité des idéologies (tant le capitalisme qui conduit au chômage et aux régimes totalitaires que le communisme soviétique) et la quête d'une troisième voie. De même Marc Bloch va s'interroger sur l'Europe menacée par le biais de l'histoire médiévale (cf. la Société féodale: comment s'est forgée une nouvelle cohésion en Occident après l'effondrement romain?); de même il va préconiser une histoire comparatiste.

  • La concurrence de la sociologie durkheimienne.
Au tournant du XIXe et du XXe siècle, l'histoire et la sociologie se disputent l'hégémonie sur l'ensemble des sciences sociales et donc sur les postes universitaires.
En 1894, l'historien Pierre Lacombe publie L'histoire considérée comme science. Il assigne à l'histoire une perspective sociologique: la recherche de lois. Selon lui, les historiens doivent se détourner de l'évènement, du singulier, pour travailler sur les constantes, les parallèles afin de faire de l'histoire une science.
En 1901, l'historien Charles Seignobos répond par La Méthode historique appliquée aux sciences sociales: il considère notamment qu'en histoire la comparaison permet l'analogie mais non la similitude complète.
En 1903, le sociologue François Simiand publie un article, "Méthode historique et science sociale", dans la Revue de synthèse historique de Henri Berr: il dénonce les "trois idoles de la tribu des historiens": l'idole politique, l'idole individuelle et l'idole chronologique. L'idole individuelle est avérée puisque jusqu'en 1904, 30% des thèses sont des études biographiques. Il en va de même pour l'idole politique: 3/4 des questions à l'agrégation d'histoire portent sur la seule sphère politique au début du XXe siècle.
Le projet des Annales reprend à son compte l'essentiel des critiques adressées en 1903 par François Simiand: histoire-problème, recherches collectives, modélisations.

  • L'influence de la géographie vidalienne.
Paul Vidal de la Blache est au départ un historien: c'est à partir de 1872 qu'il s'oriente vers la géographie pour relever le défi d'une Allemagne plus tournée que la France vers l'étude du monde contemporain.
La géographie qui naît autour des années 1880 en France se constitue, comme les Annales plus tard, en réaction contre le positivisme de l'école historienne. A l'évènement, au politique sont préférés l'actuel, ce qui demeure dans le présent. Cf. les notions-clés de la géographie vidalienne: milieu, genre de vie, quotidiennenté.
Cette géographie se veut avant tout descriptive, science du concret, de l'observable: plus que l'homme, ce sont les paysages qui sont au centre de la géographie vidalienne.
Privilégier les permanences incite au développement de la géomorphologie, qui permet de mettre en valeur les structures stables des paysages.
La méfiance envers toute construction théorique, la préférence pour la description, l'observation vont favoriser l'essor des monographies régionales: Albert Demangeon, La Picardie (1905); Raoul Blanchard, La Flandre (1906); Raoul Felice, La Basse Normandie (1907); Antoine Vacher, Le Berry (1908) et Charles Passerat, Le Poitou (1908); Jules Sion, Les paysans de Normandie orientale (1909); Max Sorre, Les Pyrénées méditerranéennes (1913).
Les Annales vont aussi emprunter à la géographie vidalienne le souci de maintenir la liaison avec les décideurs et de répondre à une demande sociale.

  • La révolution de l'esprit scientifique au début du XXe siècle.
Au début du XXe siècle, des révolutions scientifiques sont à l'oeuvre: Albert Einstein et ses théories de la relativité (restreinte puis générale), Max Planck et sa théorie des quanta. A chaque fois, c'est au terme de recherches purement théoriques que sont mises au point ces découvertes.
Pourquoi ne pas faire de même en histoire?
Marc Bloch et Lucien Febvre envisagent ainsi d'élaborer des grilles de lecture, de tester des hypothèses, de critiquer les témoignages du passé et de s'essayer à la recherche causale.


Quelle est cette école méthodique à laquelle s'opposent les Annales?
Depuis le début du XIXe siècle, l'école historique française s'est appuyée sur l'appareil d'Etat: Adolphe Thiers, François-Auguste Mignet, François Guizot. L'objectif de ces historiens du premier XIXe siècle est de réconcilier la nation et de dépasser les clivages nés de la Révolution de 1789.
L'école méthodique se regroupe autour de la Revue historique lancée en 1876 par Gabriel Monod. Favorables au pouvoir républicain, les historiens méthodiques poursuivent le même objectif que le pouvoir d'Etat: rassembler les Français autour de la patrie. Fin XIXe, début XXe, l'histoire sert d'abord à faire la guerre.
Dans l'Introduction aux études historiques, texte manifeste de l'école méthodique, Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos définissent les quatre étapes de la recherche historique:
1) Rassembler et classer les documents;
2) Critique interne des documents;
3) Par déduction ou analogie, relier les faits entre eux;
4) Organiser les faits en une construction logique.
Pour ces deux historiens, la priorité va au phénomène singulier: "tout fait est unique". Enfin l'historien n'a pas à rechercher la causalité des phénomènes décrits: "Toute l'histoire des évènements est un enchaînement évident et incontesté d'accidents".

Ernest Lavisse est une des figures de cette école méthodique. C'est d'abord un bonapartiste: chef de cabinet de Victor Duruy, précepteur du prince impérial, il espère longtemps une restauration bonapartiste avant de s'incliner devant la solidité des institutions républicaines. Son manuel d'histoire exalte les étapes de l'édification de l'Etat national; chaque moment est incarné par un homme-héros:
"Si l'écolier n'emporte pas avec lui le vivant souvenir de nos gloires nationales, s'il ne sait pas que ses ancêtres ont combattu sur 1000 champs de bataille pour de nobles causes; s'il n'a pas appris ce qu'il a coûté de sang et d'efforts pour faire l'unité de notre patrie et dégager ensuite, du chaos de nos institutions vieillies, les lois qui nous ont fait libres; s'il ne devient pas un citoyen pénétré de ses devoirs et un soldat qui aime son fusil, l'instituteur aura perdu son temps". (Ernest Lavisse, préface à la dernière édition de son manuel, 1912).
L'historicisme français reprend en fait les thèses de Léopold von Ranke (milieu du XIXe siècle): refus de toute réflexion théorique, l'histoire est limitée à la collection de faits, l'historien est réputé passif face aux documents étudiés.


Pourquoi les Annales réussisent-elles?
Le terrain a été préparé par la Revue de synthèse historique de Henri Berr, lequel préconise une histoire-synthèse qui aborde toutes les dimensions du réel, de l'économique aux mentalités.
Plus largement, l'ambition d'une synthèse pluridisciplinaire est portée, outre la Revue de synthèse historique, par la sociologie durkheimienne et la géographie vidalienne. En ce sens, André Burguière a raison de souligner que "l'originalité du mouvement dont M. Bloch et L. Febvre sont les initiateurs tient plus à leur manière d'affirmer leur programme qu'au programme lui-même". (A. Burguière, "Histoire d'une histoire: la naissance des Annales", Annales, 11/1979, page 1350).
Les Annales profitent de l'effacement de ses rivaux: avant-guerre, Henri Berr refuse de constituer une école à la manière des durkheimiens; après-guerre, ses propos germanophobes le discréditent parmi les artisans d'un renouveau. Les durkheimiens sont affaiblis par la mort d'Emile Durkheim, leur dogmatisme et leur manque de reconnaissance universitaire. La géographie vidalienne s'essoufle en ce début des années trente.
Dernier avantage, décisif: les Annales vont adopter une posture inverse de celle des durkheimiens: au dogmatisme et au sentiment de supériorité qu'ont dégagé ces derniers, Lucien Febvre et Marc Bloch préfèrent se présenter comme des marginaux, rejetés par les méthodiques, et appeler à l'aide les autres sciences sociales pour supplanter cette école méthodique.


L'imposture fondatrice des Annales: se positionner comme des outsiders.
Le mythe des modestes débuts provinciaux ne tient pas. Lucien Febvre et Marc Bloch sont nommés après 1920 à l'Université de Strasbourg: loin d'être une quelconque université de province, celle-ci est la vitrine de la recherche française de l'époque, la deuxième université par importance après Paris (la Sorbonne est encore unifiée), elle abrite la deuxième bibliothèque universitaire de France, elle bénéficie de moyens financiers très importants et réunit l'élite des jeunes chercheurs français de l'époque.
En 1929, Marc Bloch et Lucien Febvre ne sont pas des anonymes, leurs thèses et leurs livres ont déjà été remarqués et appréciés. Peu après le lancement de la revue, ils s'installent d'ailleurs à Paris, l'un au Collège de France (L. Febvre), l'autre à la Sorbonne (M. Bloch), signes s'il en est de leur reconnaissance sociale et de leurs réseaux.

Prochain résumé (4/12): le temps de Marc Bloch et Lucien Febvre.
Résumé précédent (2/12): Introduction: pourquoi l'histoire est-elle aussi présente dans les médias?

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mardi 20 février 2007

Fiche de lecture: Francois Dosse, L'histoire en miettes (2/12)

Suite de ma fiche de lecture de l'ouvrage de François Dosse, L'histoire en miettes: des Annales à la nouvelle histoire.

Introduction.
Succès de l'histoire dans les médias: télévision, radio, magazines.
Pourquoi l'histoire est-elle aussi présente dans les médias de ces trente dernières années?
D'abord, "l'historien fait figure de conservateur: il sécurise" explique François Dosse. L'avenir inquiète, le présent indiffère, reste le passé, "lieu d'investissement d'une identité imaginaire". Après la mort de dieu vient celle des idéologies: il n'y a plus de "destinée collective mobilisatrice". Les temps forts s'érodent, des champs jusqu'alors délaissés -les marginaux, les femmes, les immigrés- prennent du relief.
Ensuite, avec la médiatisation de l'information, l'impression dominante est que les évènenements se succèdent rapidement, que l'histoire s'accélère: nos repères en sortent brouillés; il est alors tentant de rechercher dans le passé -et en particulier dans les temps médiévaux-, plus calmes en apparence, son identité.

Dans les médias, dans les maisons d'édition, dans les laboratoires de recherche, domine l'école des Annales, "cette vieille femme indigne qui s'est faite anthropophage".

Prochain résumé (3/12): la préhistoire des Annales.
Résumé précédent (1/12): la préface à la deuxième édition (1997)

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Fiche de lecture: Francois Dosse, L'histoire en miettes (1/12)

Voici mes notes prises à la lecture de l'ouvrage de François Dosse, L'histoire en miettes: des Annales à la nouvelle histoire, paru chez La Découverte en 1987 puis 2005.


Préface à la deuxième édition de L'histoire en miettes (1997).

Au moment de la parution de L’histoire en miettes (1987), quelques historiens ont pris leur distance avec les Annales:
_Pierre Nora, qui réintroduit une perspective politique au discours historien en lançant la revue Le Débat ;
_François Furet, qui quitte la présidence de l’EHESS en 1985 pour diriger l’Institut Raymond Aron et promouvoir une histoire plus conceptuelle, détachée de son substrat économique et social.

La première réaction des Annales est de nier l’existence d’une crise. Par exemple, Jacques Le Goff rejette les questions posées sur le récit historique par Michel de Certeau, Paul Veyne, Lawrence Stone et Paul Ricœur : « L’histoire-récit est à mes yeux un cadavre qu’il ne faut pas ressusciter car il faudrait le tuer une seconde fois » (J. Le Goff, La Nouvelle Histoire, Complexe, Bruxelles, 1988, page 16).

C’est seulement dans un deuxième temps que la revue reconnaît la nécessité d’un changement de cap : l’éditorial de mars-avril 1988 proclame ainsi : « Histoire et Sciences sociales. Un tournant critique » ; puis un numéro spécial paraît en novembre-décembre 1989 sur le tournant critique.

En quoi consiste ce « tournant critique » ?
_réaffirmation des identités disciplinaires au dépends de l’interdisciplinarité ;
_remise en cause de la primauté de la longue durée, qui tend à relativiser les ruptures.
Rôle majeur de l’historien Bernard Lepetit, alors secrétaire de la rédaction dans ce "tournant critique".

Quelles sont les conséquences de ce « tournant critique » ?
_en 1994, la revue change de nom : d’Annales : Economies, Sociétés, Civilisations, elle devient Annales : Histoire, Sciences sociales ;
_les économistes Laurent Thévenot et André Orléan entrent à la direction de la revue.
_l’accent porte désormais sur les acteurs (revalorisation de l’individu), l’accord (la société est envisagée comme construite et non plus seulement comme figée), l’action en contexte (revalorisation de la courte durée) : notion d’appropriation.
_conséquence de cet intérêt pour les acteurs, il y a une revalorisation de la courte durée en tant qu’elle permet de saisir l’action en contexte. L’œuvre de Paul Ricœur est reconnue par les Annalistes, Temps et récit notamment.

Quel est le contexte de ce tournant critique ?
_l’humanisation des sciences humaines, la prise en compte de l’autonomie de l’individu par rapport à tout ce qui le conditionne socialement. Cf. François Dosse, L’Empire du sens : L’humanisation des sciences humaines, La Découverte, Paris, 1995.

Dans sa collection "Bibliothèque des histoires", créée chez Gallimard en 1971, Pierre Nora préconise une déconstruction de l’histoire et le refus des schémas globaux qui postulaient tous un moteur de l’histoire. La déconstruction d’une histoire monolithique à l’œuvre dans la "Bibliothèque des histoires" à partir des années 1970 s’est accompagnée d’une multiplication des mémoires, des représentations du passé.
Les lieux de mémoire peuvent en ce sens être envisagés comme une réponse. Il y a toujours déconstruction : par exemple, ce regard critique porté sur le legs mémoriel. Mais, à cette phase de déconstruction succède une autre de reconstruction : l’histoire est appelée à fournir une représentation socialement partagée du passée. La notion centrale de cette écriture historique est la notion de trace, idéelle et matérielle. Il s’agit d’étudier "non le passé tel qu’il s’est passé, mais ses réemplois permanents, ses usages et mésusages, sa prégnance sur les présents successifs" (Pierre Nora, Les Lieux de Mémoire, tome III, volume 1, 1993, page 24).

Prochain résumé: Introduction: pourquoi l'histoire est-elle aussi présente dans les médias?

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lundi 19 février 2007

Qu'est-ce que l'horizon d'attente?

Paul Ricoeur utilise le concept d' "horizon d'attente": de quoi s'agit-il?

Il me semble que cet horizon d'attente peut trouver sa racine conceptuelle chez saint Augustin: "Le présent du passé, c'est la mémoire, le présent du présent, c'est la vision, et le présent du futur, c'est l'attente". (saint Augustin, Les confessions, chapitre XX).

C'est Reinhart Kosseleck qui semble le premier évoquer un "horizon d'attente": notre interprétation du passé influence la façon dont nous envisageons le futur et les buts que nous fixons au présent. Le futur éclairé par notre lecture présente du passé devient un "'horizon d'attente".

Cf. Reinhart Kosseleck, "Champ d'expérience et horizon d'attente", in Le futur passé: contribution à la sémantique des temps historiques, Editions de l'EHESS, Paris, 1990, pages 307 à 330.

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dimanche 18 février 2007

Biographie: Jacques Voisenet

Jacques Voisenet est un historien médiéviste, spécialisé dans l'histoire du regard que portent les hommes du Moyen Age sur les animaux.
Elève de Robert Delort, sa thèse sur le Bestiaire chrétien renouvelle l'historiographie des relations hommes-animaux au Moyen Age: elle confirme certes l'importance de la Bible et des écrits antiques sur la conception médiévale de l'animal; de même est confirmée l'importance de l'Eglise dans la réification de l'animal, au demeurant fort présent dans la vie quotidienne; là où le travail de Jacques Voisenet est novateur, c'est d'abord par l'étendue des sources consultées, dans l'espace -"de l'Irlande à la Perse" (chapitre IV)- comme dans le temps (Antiquité tardive notamment) ; en outre, Jacques Voisenet revient sur la réputation d'immobilisme médiéval dans ce domaine du bestiaire et démontre l'originalité du système médiéval de représentation du monde animal, tel l'auteur du Liber monstrorum qui imagine les sirènes comme des femmes à queue de poisson en rupture avec la représentation antique d'oiseaux à tête de femme (cf. les vases grecs décrivant les aventures d'Ulysse).

Bibliographie:
_Jacques Voisenet, Bestiaire chrétien: l'imagerie animale des auteurs du Haut Moyen Age (Ve-XIe siècle), Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 1994, 386 pages. Version allégée de la thèse, dont Eric Baratay a rendu compte ici pour les Cahiers d'histoire (une erreur à la ligne 46: remplacer "l'homme" par "l'animal") et Laurence Moulinier pour les Annales: Histoire, Sciences sociales.
_Jacques Voisenet, "Animalité et mépris du monde", in Jacques Berlioz et Marie-Anne Polo de Beaulieu, sous la direction, L'animal exemplaire au Moyen Age (Ve-XVe siècle), Rennes, PUR, 1999, pages 29 à 40.
_Jacques Voisenet, Bêtes et hommes dans le monde médiéval: le bestiaire des clercs du Ve au XIIe siècle, Editions Brepols, Belgique, 2000.
_Jacques Voisenet, "Les migrations animales chez les encyclopédistes, d'Isidore de Séville à Jean Corbéchon", intervention au colloque sur Les migrations des animaux organisé à Liège le 22 mars 2003.
_Jacques Voisenet, "L'animal et la pensée médicale dans les textes du haut Moyen Age", article paru dans Rursus, n°1, Actes du XXXVIIIe Congrès international de l'APLAES.


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