/>

samedi 27 octobre 2007

Marc Ferro Les tabous de l'Histoire


Le président Nicolas Sarkozy se présente en Don Quichotte des tabous. En historiographie, Marc Ferro s'est essayé à cette question avec son livre Les tabous de l'Histoire que j'ai lu dans son format de poche (Nil éditions, Pocket, Paris, 2002, 141 pages).

Marc Ferro retient comme définition du tabou celle proposée par Alain Rey et son équipe dans Le Dictionnaire historique de la langue française, à savoir: "ce sur quoi on fait silence, par crainte, par pudeur". Dans un prologue d'ego-histoire, il essaie d'expliquer pourquoi il s'intéresse à cette question et remonte ainsi au tabou qu'il n'a osé brisé à la télévision quant à l'aménorrhée probable de Jeanne d'Arc -qui pourrait expliquer ses visions- et quant à sa possible homosexualité.

Mon impression générale: un livre dont on peut se passer, particulièrement décevant car l'auteur manque de nuance dans son propos (par exemple, il y a d'autres explications qui ont été avancées à propos des visions qu'aurait eues Jeanne d'Arc) et ne remet pas suffisamment en perspective (par exemple, sur le prosélytisme juif). Encore un ouvrage de Marc Ferro qui me déçoit.

Résumés du livre consultables sur internet:
Petits "oublis" et grands tabous proposé par Jeuneafrique.
Pour Marc Ferro, l'Histoire en tant que connaissance du passé proposé par l'Humanité le 21 février 1995: cf. sa réponse à la troisième question "Pouvez-vous me dire aussi votre avis sur la façon dont on apprend l'histoire aux enfants en France?"

Référence:
_Marc Ferro, Les tabous de l'Histoire, Pocket, Paris, février 2004, 141 pages.

Table des matières:
Comment l'idée vint à l'historien ..................................................... 7
Profil de l'essai ................................................................................ 15
1. Aux origines des tabous ............................................................... 17
2. Guerres mondiales ....................................................................... 37
3. La deuxième mort de Nicolas II: pourquoi ce tabou? .................. 59
4. Les Juifs: tous des sémites? ........................................................105
5. Rainer Werner Fassbinder: l'instinct du tabou .......................... 125
Index .............................................................................................. 131
Remerciements ............................................................................. 141

Libellés :

dimanche 21 octobre 2007

Qu'est-ce qu'une frontière en géographie?

Qu'est-ce qu'une frontière?

J'ai déjà abordé cette question en traitant le sujet d'ESD L'Europe: une question d'histoire et géographie.

Une frontière peut être définie comme la limite du territoire d'un Etat.

Les frontières "naturelles" représentent 55% des tracés (ex, fleuves, montagnes) mais ces frontières sont le résultat de décisions politiques au même titre que les frontières "artificielles" au tracé rectiligne comme entre la Libye et le Tchad (on parle alors de "frontière ligne". Toutes les frontières sont des créations humaines et donc politiques : il n'y a pas de véritables frontières naturelles aujourd'hui. Ce sont les hommes qui ont décidé, pour x ou y raison, que leur Etat s'arrêtait ici plutôt que là.

Seulement 2% des frontières auraient été tracées avec l'assentiment des peuples concernés.

Les frontières sont de plus en plus nombreuses au cours du XXe siècle. Deux explications peuvent être avancées: d'une part, à la fin de la Première Guerre mondiale, le nombre d'Etats européens a beaucoup augmenté avec la dislocation des Empires austro-hongrois, russe et ottoman. D'autre part, les continents africains et asiatiques ont accédé à l'indépendance après la Seconde Guerre mondiale.

La frontière est soit une limite (en anglais, cela correspond aux mots border ou boundary), soit une zone de contact (en anglais, frontier). Les géographes parlent dans le premier cas d'une barrière; dans le deuxième cas, d'une interface. Un manuel de 1e STG parle de coupure ou de couture. On peut aussi opposer frontière ligne (depuis les progrès de la cartographie et le développement de l'Etat) et frontière zone (avant les progrès de la cartographie et le développement de l'Etat; encore aujourd'hui dans certains cas particuliers: quel est le tracé exact de la frontière guyanaise?).

Qu'est-ce qu'une interface?
C'est un espace de contacts entre deux milieux (naturels, sociaux, économiques, politiques, culturels, etc.) différents.

Pour aller plus loin:
_la définition de la frontière donnée par le site hypergeo.
_la bibliographie de géographie sur la frontière proposée sur Wikipédia: cela permet de connaître des géographes qui ont travaillé sur les frontières (Jacques Ancel, Roger Dion, Michel Foucher et bien d'autres).
_Les frontières en Afrique: absurdité ou enracinement?, une conférence des Rendez-vous de l'Histoire de Blois, 2003.

Libellés :

samedi 20 octobre 2007

Que savez-vous sur la géographie des bisous?

On peut toujours rêver qu'un membre du jury vous demande s'il est possible de faire une géographie des bises et autres bisous.
Dans ce cas-là, il est indispensable de se rendre sur http://combiendebises.free.fr où vous pouvez voter et étudier une carte française des bisous. On peut regretter toutefois un découpage départemental à la vieille mode administrative: les Basques embrassent-ils de la même façon que les Béarnais? Un Basque du Labourd embrasse-t-il autant qu'un Souletin ou qu'un Bas-Navarrais?
Une adresse et un projet découverts en lisant Libération et cet article: Le grand jeu du qui-bise-qui. Tout semble être venu d'une entreprise américaine qui a mis au point "A Guide to European Kissing Etiquette".

Si une question vous est posée en géographie, vous savez que la même peut vous être posée en histoire. Et vice-versa. Si un autre membre du jury vous interroge sur l'histoire du bisou, allez faire un tour sur wikipédia et son article consacré à l'histoire du baiser.

Maintenant, le troisième larron du jury vous demande s'il est possible de lier éducation civique et bisou (sait-on jamais, les programmes de 6e vont changer en 2009 ...): vous pouvez alors évoquer le streetkiss et son Parti révolutionnaire du bisou et vous brodez sur les nouvelles relations sociales qui pourraient s'ensuivre.

Bon, on va arrêter les dégâts là, cet article ne ressemble pas du tout à l'image que vous devez avoir de moi.

Libellés :

ESD: définition de la démocratie

Voici une petite mise au point sur la notion de démocratie en vue des questions de reprise en ESD.

  • Qu'est-ce que la démocratie?
Pour le Petit Robert (édition de 1993), la démocratie est la "doctrine politique d'après laquelle la souveraineté doit appartenir à l'ensemble des citoyens"; c'est aussi l' "organisation politique (souvent, la république) dans laquelle les citoyens exercent cette souveraineté".
La démocratie peut être directe, quand "le peuple exerce directement sa souveraineté"; ou représentative: "le peuple élit ses représentants".
Ici, citoyens et peuple sont synonymes. Il ne faut pas, en effet, entendre le peuple comme l' "ensemble d'êtres humains vivant en société" mais plutôt comme l' "ensemble des personnes, des citoyens qui constituent une communauté".

  • Quand la démocratie est-elle étudiée dans le secondaire?
En histoire, en sixième, au moment d'étudier "Athènes au Ve siècle avant Jésus-Christ".
En quatrième, avec "la remise en cause de l'absolutisme" et "la France de 1815 à 1914".
En troisième, lors du chapitre sur "De 1945 à nos jours: croissance, démocratie, inégalités".
En seconde avec l'un des quatre thèmes optionnels: "Un exemple de citoyenneté dans l'Antiquité: le citoyen à Athènes au Ve siècle avant J.-C."
En première L/ES, la troisième partie du programme porte sur "Guerres, démocraties et totalitarismes (1914-1945).
En première STG, le premier chapitre proposé (les enseignants peuvent le traiter quand ils veulent) porte sur "La construction de la République" et la démocratie est l'une des notions importantes à faire passer.
En terminales L/ES, au moment d'étudier "Les grands modèles idéologiques et la confrontation Est/ Ouest jusqu'aux années 1970".

En géographie, en quatrième avec le chapitre sur "la diversité de l'Europe".
En première L/ES/S, lors de l'introduction "Qu'est-ce que l'Europe?"
En première STG, lors du chapitre sur "Les territoires européens": comme en quatrième et en première L/ES/S, c'est l'un des quelques points communs entre pays européens.

En éducation civique, en sixième, au moment d'étudier "L'élève et la citoyenneté"; et en troisième, le premier chapitre porte sur "Le citoyen, la République, la démocratie".

A priori, un élève qui a terminé sa scolarité obligatoire devrait donc connaître la définition de la démocratie et retenir un ou deux exemples. La prudence est cependant de mise.

  • Quels sujets d'ESD ont été posés en rapport avec la démocratie?
A l'IUFM de Lille, un sujet a porté en 2002 sur "Existe-t-il une histoire de la démocratie?" (source: www.forum-capes.org)

  • Questions de reprise portant sur la démocratie:
_Qu'est-ce que la démocratie?
Cf. définition ci-dessus.
_Démocratie directe, démocratie indirecte: quel point commun? Quelles différences?
Cf. définitions ci-dessus.
_Qu'est-ce qu'une démocratie populaire?
C'est un régime politique reposant sur l'hégémonie du Parti communiste et sur l'étatisation de l'économie, instauré dans les pays d'Europe de l'est satellites de l'Union soviétique.
_Qu'est-ce que la démocratie chrétienne?
C'est un mouvement politique qui s'est développé en Europe à la fin du XIXe siècle et qui s'inspire de la doctrine sociale du catholicisme. Exemple: la CDU en Allemagne
_Quelle différences faites-vous entre démocratie et république?
La république est un régime politique où le pouvoir n'est pas exercé par un seul ni de façon héréditaire; le pouvoir peut y être exercé soit par une partie du peuple soit par tout le peuple. Une république peut donc être aristocratique ou démocratique. Exemple de république aristocratique: Venise au Moyen Age. Exemple de république démocratique: les Etats-Unis d'Amérique.
Une démocratie est un régime politique où le pouvoir est exercé par le peuple, c'est-à-dire par les citoyens. Une démocratie peut être monarchique (exemples: le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Belgique) ou républicaine (exemples: Allemagne, France, Suisse, États-Unis).
Le problème est le suivant: à partir de quand une république cesse-t-elle d'être aristocratique, oligarchique, pour devenir démocratique? En France, quand la république devient-elle démocratique: en 1848? en 1944? L'Autriche est-elle une république plus démocratique que la France parce que les Autrichiens peuvent voter à partir de 15 ans contre 18 en France?
Tout dépend en fait de la définition de la citoyenneté: A Athènes au "siècle de Périclès" étaient citoyens uniquement les hommes qui étaient fils de citoyen et de mère fille de citoyen, qui avaient accompli l'éphébie et avaient été inscrits sur la liste d'un dème. C'était une démocratie, même s'il y avait environ 40 000 citoyens sur 200 000 habitants.
Staline était convaincu d'avoir instauré des démocraties en Europe de l'est: seulement sa conception de la démocratie n'était pas la même que celle des Occidentaux et notamment de Winston Churchill. En Europe de l'est, le pouvoir revenait bien à un gouvernement élu par le peuple (indirectement, par les élus du parti unique représentatif du peuple), au cours de scrutins libres (on peut ne pas voter pour le ou les candidats du parti, seulement il n'y en a pas d'autres), ouverts aux "éléments démocratiques des populations" (les "non-démocratiques", autrement dits "ennemis du peuple", étaient exclus). Pour Staline, la démocratie populaire était synonyme de dictature du prolétariat.
L'IUFM d'Aix propose une mise au point sur la République.
_Quelles sont les différentes formes de démocratie que vous connaissez?
Démocratie républicaine, démocratie monarchique, démocratie directe, démocratie indirecte ou représentative, démocratie populaire, démocratie chrétienne, social-démocratie, démocratie technique, démocratie participative (existerait-il une démocratie non participative?), démocratie d'opinion, démocratie locale.
_Qu'est-ce que la "géographie spatiale" dont parle le géographe Jacques Lévy? (posée à Chalons. Source: www.forum-capes.org)
_La démocratie est-elle un objet de la géographie? (thème d'un café géo en 2004)
Lire aussi cet article de Michel Bussi: Pour une géographie de la démocratie: "la géographie ça sert maintenant à faire la paix?"
_Qu'est-ce que la démocratie locale?
_Qu'est-ce que la démocratie participative?
_La démocratie est-elle conciliable avec l'impérialisme?
L'exemple d'Athènes au Ve siècle avant notre ère, de la France et de la Grande-Bretagne aux XIXe et XXe siècles permettent de répondre par l'affirmative.
_Quels auteurs connaissez-vous qui ont travaillé sur la démocratie?
Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1835 (tome 1) et 1840 (tome 2).

Raymond Aron, Démocratie et totalitarisme, 1965.

Claude Mossé, Histoire d'une démocratie: Athènes, des origines à la conquête macédonienne, 1971.

Pierre Rosanvallon, Le sacre du citoyen: histoire du suffrage universel en France, Paris, Gallimard, Collection Bibliothèque des histoires, octobre 1992, 490 pages.

Jürgen Habermas, Droit et démocratie: entre faits et normes, Paris, Gallimard, Collection NRF essais, janvier 1997, 557 pages.

Pierre Rosanvallon, La démocratie inachevée: histoire de la souveraineté du peuple en France, Paris, Gallimard, Bibliothèque des histoires, septembre 2000, 440 pages.

Marcel Gauchet, La démocratie contre elle-même, Paris, Gallimard, Collection Tel, février 2002, 385 pages.

Dominique Schnapper, La démocratie providentielle: essai sur l'égalité contemporaine, Paris, Gallimard, NRF essais, février 2002, 325 pages.

Pierre Rosanvallon, La contre-démocratie: la politique à l'âge de la défiance, Paris, Le Seuil, Collection Les Livres du Nouveau Monde, septembre 2006, 345 pages.



Libellés : , ,

mardi 16 octobre 2007

L'actualité du livre d'histoire et géographie en octobre 2007

L'Epreuve sur Dossier (ESD) au CAPES d'histoire et géographie nécessite de se tenir au courant des derniers ouvrages parus: j'ai déjà écrit sur ce blog comment procéder, à savoir lire les suppléments littéraires des quotidiens Libération, Le Monde et Le Figaro, d'un hebdomadaire comme Le Nouvel Observateur, les pages consacrées à l'histoire voire à la géographie dans le mensuel Lire; parcourir les rayons spécialisés des librairies, porter une attention particulière aux livres mis en exergue et ne pas hésiter à parcourir rapidement leurs introduction et table des matières. Mais je n'avais pas mentionné les potentialités d'internet.


Sur la toile, il faut commencer par les comptes-rendus de lecture des Clionautes, qui rendent un service précieux.
Par exemple, vous voulez connaître un titre récent en historiographie médiévale et être capable de répondre à une ou deux questions sur ce titre et son auteur. Sur le site des Clionautes, vous pouvez remarquer Faire la paix au Moyen Age, de Nicolas Offenstadt (Odile Jacob, 2007), grâce à un compte-rendu de Laurence Fritsch-Ory.
Le compte-rendu commence par une présentation qui vous permet de savoir que ce livre est issu d'une thèse soutenue en 2001, que la France accuse un déficit historiographique sur la question de la paix et que cet historien fait ainsi oeuvre de novateur. Avec le résumé que propose ensuite la Clionaute, vous pouvez tenir le choc d'une ou deux questions que pourrait poser le jury.


Maintenant vous souhaitez connaître un ouvrage récent en géographie: toujours grâce aux comptes-rendus en ligne des Clionautes, vous pouvez par exemple retenir le dernier ouvrage de Sylvie Sanchez, Pizza Connexion: Une séduction transculturelle, CNRS Editions, 2007.
Le compte-rendu de Jean-Philippe Raud-Dugal vous permet de replacer cet ouvrage si une question vous est posée sur un ouvrage récent de géographie, ou un ouvrage récent de la géographie de la mondialisation, ou encore un ouvrage récent de la géographie alimentaire, sans oublier la géographie de l'acculturation.


Pour ce qui est de la presse quotidienne, feuilletons les pages littéraires de ce mois d'octobre 2007.
Dans Le Monde des Livres daté du 4 octobre 2007, Thomas Wieder propose un compte-rendu de la parution en poche des Courants historiques par Christian Delacroix, François Dosse et Patrick Garcia (Gallimard, Folio Histoire, 724 pages). A priori, c'est un ouvrage que vous devez avoir fiché et potassé tout au long de votre année de préparation.
Voici quelques extraits de ce compte-rendu si cela peut vous aider:
"En France, la professionnalisation de l'histoire remonte à la fin du XIXe siècle. C'est l'époque où, impressionnés par la rigueur de l'historiographie allemande, les maîtres de la discipline entreprennent de réformer les études d'histoire au sein de l'université française.
De la licence à l'agrégation, dont les programmes sont renforcés, l'apprenti historien ne se contente plus d'acquérir une culture, mais se voit imposer de nouvelles exigences et de nouvelles méthodes. En témoigne l'évolution de la thèse de doctorat. Celle-ci, désormais, doit compter plusieurs centaines de pages, des notes en abondance et une bibliographie critique. On est loin des vingt-six pages de la thèse que Michelet consacra à Plutarque en 1819...
[...]
Idéologiques autant qu'épistémologiques, certaines de ces polémiques sont encore dans les mémoires, comme celle que provoqua la préface au Livre noir du communisme, en 1997. D'autres, plus lointaines, sont aujourd'hui oubliées : qui se souvient ainsi du débat qui, de 1903 à 1908, mit aux prises l'historien Charles Seignobos aux tenants de la sociologie durkheimienne ? [...]
Et aujourd'hui ? Pour les auteurs, qui ont réactualisé leur livre, paru initialement il y a huit ans, à l'occasion de sa sortie en édition de poche, "ce qui frappe d'emblée dans le paysage historiographique contemporain, c'est la pluralité des pratiques [et] des histoires". [...]"

Dans Le Monde daté du 3 octobre 2007, Bertrand Le Gendre rend compte du dernier essai de Fabrice d'Almeida, président de l'Institut d'Histoire du Temps Présent (IHTP): Brève histoire du XXIe siècle (Perrin, 180 pages, 2007).
Voici quelques extraits de ce compte-rendu:
"Quand le XXe siècle a-t-il pris fin exactement ? Et quand a commencé le suivant? L'intérêt de ce livre est de poser la question... et de répondre qu'elle n'a pas de sens. [...]
A chacun sa périodicité, sa vision de l'époque [...]. L'historien britannique Eric Hobsbawn enserre ainsi le XXe siècle entre deux moments charnières, la Grande Guerre (1914-1918) et la chute du mur de Berlin (1989). Sept décennies seulement qu'il appelle "le court XXesiècle". D'autres historiens voient dans le XXe siècle le siècle des génocides : des Arméniens, des juifs, des Cambodgiens, des Tutsis du Rwanda, des musulmans de Srebrenica... Tout en se demandant s'il a pris fin. Privilégier tel ou tel événement n'est jamais neutre [...]. Certains datent le début du XXIe siècle au 11 septembre 2001, le jour où des musulmans extrémistes ont précipité deux avions de ligne sur les Twin Towers de New York. Ils donnent raison à l'universitaire américain Samuel Huntington, le théoricien du clash des civilisations [...]
La gauche [...] sacralise le grand rassemblement des altermondialistes, du 25 au 30 janvier 2001 à Porto Alegre au Brésil, qui marque pour elle le retour des peuples sur le devant de la scène politique. La fin du XXe siècle est perçue différemment selon les continents [...]. Les Occidentaux mettent l'accent sur l'effondrement du bloc soviétique ; les Arabes, sur le début de l'Intifada ; les Africains, sur la fin de l'apartheid en Afrique du Sud ; les Asiatiques, sur la mort de l'empereur japonais Hirohito ou sur le soulèvement étudiant de la place Tiananmen à Pékin...
[...]
[Pour Fabrice d'Almeida] le XXIe siècle [...] n'a pas commencé en 2001 mais dans le dernier tiers du XXe. Des événements passés parfois inaperçus annonçaient ces années-là de grands bouleversements. Internet est sorti des limbes, sous le nom d'Apranet, en 1969. Les premières ONG à interférer dans le concert des nations sont nées dans les années 1970. Le drame de Seveso date de 1976. Il a aiguillonné la conscience écologique. La globalisation de l'économie a franchi un pas décisif au milieu des années 1980 lorsque les Bourses mondiales ont adopté un système de cotation en continu [...]"


Le mensuel Lire d'octobre propose deux compte-rendus d'ouvrage intéressants sur le Troisième Reich.
Tout d'abord, Jean-Luc Leleu publie La Waffen SS: soldats politiques en guerre aux éditions Perrin (2007, 1237 pages). C'est la version publiée de la thèse qui avait reçu le prix d'histoire militaire du ministère de la Défense.
Le compte-rendu de Lire est disponible gratuitement sur cette page (1er paragraphe). Dans le Figaro littéraire du 11 octobre 2007, Paul-François Paoli propose un résumé des grandes questions qui traversent ce livre:
"[...] S'ils furent de retoutables soldats dans les engagements en Russie et dans les Balkans en 1941, ils ne furent pas forcément plus 'performants' que la Wehrmacht. [...] la mentalité SS, fondée sur "le culte de la dureté pour soi-même et les autres", n'était pas d'une nature distincte de celle qui régnait dans l'armée allemande. Et si la vraie fonction de la Waffen SS avait été de nature mythique et idéologique? Comme si les Allemands avaient été convaincus qu'une épée ultime pouvait parer, en toutes circonstances, aux défaillances de la Wehrmacht."

Christopher R. Browning, déjà connu pour son désormais classique Des hommes ordinaires: le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne (Belles Lettres, 1994), nous propose maintenant Les origines de la Solution finale: l'évolution de la politique anti-juive des nazis, septembre 1939-mars 1942 (Belles Lettres, 2007).
Le compte-rendu de Lire est disponible gratuitement sur cette page (2e paragraphe). Dans Libération du 11 octobre 2007, Olivier Wieworka propose également un compte-rendu de ce livre.

Dans Le Monde des livres daté du 12 octobre 2007, Daniel Vernet rend compte de la parution des Sites de la mémoire russe, tome I: Géographie de la mémoire russe, sous la direction de Georges Nivat (Fayard, 850 pages). Deux autres tomes sont prévus.
Ce qui est intéressant et novateur par rapport à l'oeuvre franco-centrée de Pierre Nora qui date des années 1980, c'est que cet ouvrage prend également en compte des sites virtuels, sur Internet donc. Pour compenser la perte de territoires consécutive à la chute de l'Union soviétique, la Russie connaîtrait actuellement une "hypermnésie" selon Georges Nivat: une mémoire hypertrophiée qui récupèrerait toutes les mémoires russes pour mieux compenser cette perte territoriale et symbolique.

Thomas Wiedler recense dans Le Monde des livres daté du 12 octobre 2007 le Dictionnaire du communisme dirigé par Stéphane Courtois (Larousse, 648 pages).
Un ouvrage qui met l'accent, comme le veut le tournant historiographique de ces dix dernières années, sur la dimension criminelle du communisme.

Libellés : ,

Sujet d'ESD: Histoire et memoire, opposition ou collaboration?

Soit le sujet d'ESD suivant: Histoire et mémoire: opposition ou collaboration?

Introduction:
Pendant une grande partie du vingtième siècle, le marxisme a séduit les intellectuels français et notamment les historiens: la mémoire était alors perçue par eux comme une marque de conservatisme, de réaction. Il fallait donc chasser cette mémoire du travail historique. Changement à partir des années 1980: c'est le retour du refoulé ou, à tout le moins, de la mémoire. Dans un contexte de crise des idéologies collectives, tant celles nationalistes que celles socialistes. C'est dans ce contexte de crise que s'inscrivent les travaux dirigés par Pierre Nora sur les lieux de mémoire, la mémoire est à la mode.
Comment la science historique envisage-t-elle la mémoire? La difficulté vient peut être du double visage qu'offre cette mémoire à l'historien, à la fois source et objet d'étude de l'histoire.

I/ Histoire et mémoire: tout les oppose.
La mémoire peut être définie comme l'ensembles des facultés psychologiques permettant la fixation, la conservation et la reconnaissance des souvenirs du passé.
Pour Paul Ricoeur, il y a un lien très fort entre la mémoire et l'identité personnelle. La mémoire témoigne en effet de la continuité personnelle de la personne. La mémoire contribue également à situer le sujet dans le passage du temps, entre passé, présent et futur.
Si Paul Ricoeur a mis l'accent sur la mémoire personnelle, Maurice Halbwachs s'est intéressé à la mémoire collective. Nos souvenirs résultent en effet d'expériences collectives dans le cadre de différents groupes: famille, amis, collègues, etc. Maurice Halbwachs distingue ainsi dans La mémoire collective: les cadres sociaux de la mémoire trois niveaux de mémoire: les souvenirs individuels, la tradition et la mémoire collective.
La mémoire est plurielle, sélective. Il en résulte une déformation qui peut aboutir à la constitution de mythes. Cf. Benedict Anderson, L'imaginaire national: réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme (1983 pour l'édition anglaise, 2002 pour l'édition française) à propos -notamment- de l'invention du kilt comme symbole national écossais.
Comme la mémoire est sélective, on peut oublier des périodes "noires" de l'histoire. Ainsi du régime de Vichy, de la guerre d'Algérie. Henry Rousso a étudié le syndrome de Vichy; Benjamin Stora s'est pour sa part intéressé à la Gangrène et l'oubli: la mémoire de la guerre d'Algérie (1991). La mémoire collective est subjective, elle appelle à l'émotion, à l'affectif. Pour Pierre Nora, "la mémoire installe le souvenir dans le sacré".
Enfin la mémoire peut être manipulée par le pouvoir politique et constitue un enjeu des luttes sociales.
La mémoire est prévue au présent alors que l'histoire met à distance le passé et se propose comme "une représentation du passé". La mémoire socialise alors que l'histoire est une opération intellectuelle et désacralisante.

II/ La mémoire, source et objet d'histoire.
Dans les années 1970, deux grands succès de librairie: Le Cheval d'orgueil par Pierre- Jakez Hélias (1975) et Montaillou, village occitan par Emmanuel Le Rou Ladurie (1975).
Dans les années 1980, Les lieux de mémoire sous la direction de Pierre Nora (1984-1993). Trois volumes: La République, la Nation, les France.
En 1993, le 16 juillet (anniversaire de la Rafle du Vel d'Hiv') rappelle le souvenir "des crimes racistes et antisémites" de Vichy: c'est une rupture; pour la première fois est commémoré un évènement négatif pour la société française.
Les négationnistes sont des personnes d'extrême-droite qui se prétendent historiens et cherchent à nier l'existence des chambres à gaz et donc l'extermination massive des juifs.

III/ La mémoire dans l'enseignement de l'histoire.
L'école participe à la transmission d'une mémoire, d'une culture et d'un patrimoine communs, de manière critique et distanciée.
L'histoire et la géographie devraient permettre à tout un chacun de trouver une identité.
Par exemple les programmes de troisième et de première étudient la question de l'extermination des juifs et tziganes. L'école applique ainsi un "devoir de mémoire". Alors même que la violence quotidienne est banalisée au Darfour, à la gare du Nord, à Bagdad, devant les grilles du collège, au Waziristan, dans la cellule familiale.
On est passé d'une histoire scolaire qui valorisait la nation et donnait aux élèves des modèles à suivre, prescrivait ce qu'il fallait faire pour être un "bon" Français à une histoire scolaire qui dévalorise la nation, qui met en exergue des antimodèles et souligne ce qu'il ne faut pas faire pour ne pas être un "mauvais" (citoyen français? citoyen européen? consommateur lambda? télespectateur décérébré?). Alors qu'on enseignait aux métropolitains comme aux colonisés que nos ancêtres étaient gaulois , on enseigne désormais à Saint-Denis que nos ancêtres ont collaboré: à la Réunion comme dans le 93, c'est aussi improbable.
Dans cette veine mémorialiste, le journaliste Jean Belot a pu ainsi proposé que chaque adolescent devrait aller visiter un camp à la fin de ses études secondaires. Un camp nazi, s'entend; il ne pensait pas du tout aux camps communistes, ce qui montre bien, encore une fois, le caractère sélectif de la mémoire.
Nous rencontrons là une démarche émotionnelle, qui submerge la volonté de comprendre: l'émotion et la mémoire l'emportent sur la raison et l'histoire. Deux risques peuvent surgir de cette "démarche émotionnelle": un transfert de culpabilité sur les élèves (vous devez culpabiliser pour ceux qu'ont fait d'anciens Français sans tenir compte des contextes); et une approche manichéenne: en effet, les travaux récents, tels ceux de Christopher R. Browning montrent que les massacres ont été commis par "des hommes ordinaires".

Conclusion.
Revenir sur les relations complexes entre histoire et mémoire.
En ouverture, peut-être évoquer le rôle d'expert ou de "passeur" de mémoire que joue l'historien.

Libellés : ,

samedi 13 octobre 2007

Mona Ozouf, La fête révolutionnaire, 1789-1799

Voici ma fiche de lecture sur le livre de Mona Ozouf, La fête révolutionnaire, 1789-1799, paru chez Gallimard à Paris, dans la "Bibliothèque des histoires" en 1976.

A la fin du XVIIIe siècle, les fêtes sont connotées négativement par l'idéologie des Lumières: économiquement, elles feraient perdre des gains de production et de productivité au pays; moralement, elles favoriseraient les débauches. Eclate alors la Révolution. Les révolutionnaires vont essayer de concilier l'inconciliable, la Fête et la Raison.
Mona Ozouf considère qu'il y a "transfert de sacralité" au sens où les révolutionnaires récupèrent le potentiel de sacralité de l'Ancien Régime et du catholicisme dans les cérémonies révolutionnaires qui exhaltent l'idéal de la Raison et le culte nouveau de la patrie. En ce sens, la fête est bien représentation du politique.

_Dans quels thèmes d'ESD utiliser la fête révolutionnaire de Mona Ozouf?
Tout d'abord, la fête révolutionnaire de Mona Ozouf est recyclable dès qu'il est question d'histoire des représentations ou d'histoire des mentalités.
Dès qu'il est question d'histoire et mémoire, La fête révolutionnaire de Mona Ozouf peut être évoquée. En effet, l'auteur montre comment les révolutionnaires utilisent la commémoration pour enseigner la Révolution, rejeter et critiquer l'Ancien Régime, occulter certains faits (la Terreur ou le 10 août 1792 par exemple).


_Quelles sont les sites internet intéressants sur la fête révolutionnaire de Mona Ozouf?
Maurice Agulhon rend compte de la fête révolutionnaire de Mona Ozouf dans les Annales: Histoire, Sciences sociales, 1978, Volume 33, Numéro 4, pages 752 à 754, compte-rendu qui est heureusement consultable ici sur le site Persée.
Sur le site de l'université de Genève, un autre compte-rendu de la fête révolutionnaire de Mona Ozouf est disponible.


Quelques questions de reprise imaginaires:
_Pourquoi les historiens se sont-ils intéressés à la fête?
Dans son compte-rendu, Maurice Agulhon propose une piste: "On écrit en effet volontiers que la curiosité actuelle sur la fête est le fruit un peu longuement mûri des révoltes de Mai 68: c'est alors en effet que la fête parut associée à la rébellion, que le côté festif parut essentiel à toute révolution vivante, et que la fête fut prônée, comme le signe principal de cette joie de vivre que toute révolution est sensée vouloir établir. Faire la fête serait subversif en soi, et, réciproquement, le combat révolutionnaire serait la fête la plus réussie. La curiosité pour la fête serait ainsi portée vers nous par un courant "gauchiste"."

_Des géographes se sont-ils intéressés à la fête?
Si vous préparez un sujet en histoire, vous devez vous attendre à ce que la première question de géographie reprenne le sujet mais adapté à la matière. Par exemple, vous traitez de l'histoire-bataille, vous aurez droit à une question sur la géographie et la guerre, la géographie sert-elle à faire la guerre (petit livre classique de Yves Lacoste) ou la paix (thème du FIG de 2008)? D'où cette question. Et inversement si votre sujet est en géographie.
Comme géographe qui s'est intéressé à la fête, il y a Guy Di Méo.
Guy Di Méo, sous la direction, La géographie en fêtes, 2001. En quoi la fête participe-t-elle de la construction sociale et identitaire des sociétés?
Dans les Annales de géographie, Guy Di Méo a rédigé en novembre-décembre 2001 "le sens géographique des fêtes", une synthèse qui permet de faire l'impasse sur l'ouvrage précédent.

_Quelles fêtes révolutionnaires connaissez-vous?
La première fête révolutionaire instituée, c'est la fête de la Fédération le 14 juillet 1790 (ci-dessous une peinture de Charles Thévenin).

Le 8 juin 1794, la fête de l'Être Suprême. (ci-dessous, une peinture de P.-A. Machy).

Le 14 juillet en tant que commémoration de la prise de la Bastille et non de la Fête de la Fédération est célébré à partir de 1794. C'est alors une des quatre fêtes nationales instituées par Robesbierre. Le 14 juillet ne devient fête nationale annuelle qu'en 1880.
Les 27 et 28 juillet 1796 a lieu la fête de la Liberté.
Le 22 septembre 1798, la fête de la Fondation de la République.

_Quels autres historiens ont travaillé sur la fête?
Olivier Ihl, La fête républicaine, Gallimard, Bibliothèque des histoires, Paris, 1996.

Rémi Dalisson, Les Trois couleurs, Marianne et l'Empereur: Fêtes libérales et politiques symboliques en France, 1815-1870, La Boutique de l'Histoire, Paris, 2004.

Libellés : ,


Voir mes stats