/>

dimanche 18 février 2007

Biographie: Jacques Voisenet

Jacques Voisenet est un historien médiéviste, spécialisé dans l'histoire du regard que portent les hommes du Moyen Age sur les animaux.
Elève de Robert Delort, sa thèse sur le Bestiaire chrétien renouvelle l'historiographie des relations hommes-animaux au Moyen Age: elle confirme certes l'importance de la Bible et des écrits antiques sur la conception médiévale de l'animal; de même est confirmée l'importance de l'Eglise dans la réification de l'animal, au demeurant fort présent dans la vie quotidienne; là où le travail de Jacques Voisenet est novateur, c'est d'abord par l'étendue des sources consultées, dans l'espace -"de l'Irlande à la Perse" (chapitre IV)- comme dans le temps (Antiquité tardive notamment) ; en outre, Jacques Voisenet revient sur la réputation d'immobilisme médiéval dans ce domaine du bestiaire et démontre l'originalité du système médiéval de représentation du monde animal, tel l'auteur du Liber monstrorum qui imagine les sirènes comme des femmes à queue de poisson en rupture avec la représentation antique d'oiseaux à tête de femme (cf. les vases grecs décrivant les aventures d'Ulysse).

Bibliographie:
_Jacques Voisenet, Bestiaire chrétien: l'imagerie animale des auteurs du Haut Moyen Age (Ve-XIe siècle), Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 1994, 386 pages. Version allégée de la thèse, dont Eric Baratay a rendu compte ici pour les Cahiers d'histoire (une erreur à la ligne 46: remplacer "l'homme" par "l'animal") et Laurence Moulinier pour les Annales: Histoire, Sciences sociales.
_Jacques Voisenet, "Animalité et mépris du monde", in Jacques Berlioz et Marie-Anne Polo de Beaulieu, sous la direction, L'animal exemplaire au Moyen Age (Ve-XVe siècle), Rennes, PUR, 1999, pages 29 à 40.
_Jacques Voisenet, Bêtes et hommes dans le monde médiéval: le bestiaire des clercs du Ve au XIIe siècle, Editions Brepols, Belgique, 2000.
_Jacques Voisenet, "Les migrations animales chez les encyclopédistes, d'Isidore de Séville à Jean Corbéchon", intervention au colloque sur Les migrations des animaux organisé à Liège le 22 mars 2003.
_Jacques Voisenet, "L'animal et la pensée médicale dans les textes du haut Moyen Age", article paru dans Rursus, n°1, Actes du XXXVIIIe Congrès international de l'APLAES.


Libellés : ,

samedi 13 janvier 2007

Biographie: Sylvie Brunel

Sylvie Brunel est à la fois une géographe et une économiste (agrégée de géographie et docteur en économie) qui s'est spécialisée sur le Tiers-Monde ou plutôt les Suds ainsi que sur les problèmes de développement par son action comme membre de Médecins sans frontière puis d'Action contre la faim mais aussi par sa réflexion comme universitaire à l'Université Paul Valéry de Montpellier (où elle enseigne la géographie du développement) et à Sciences Po Paris (cours sur "l'Afrique sub-saharienne", "Pratique, politiques et acteurs du développement"). Sa réflexion sur le(s) Sud(s) et les problèmes de développement l'amène également à envisager les relations entre le Nord et le(s) Sud(s), entre nous et eux dans le cadre de la mondialisation: coopération étatique, gaspillage, organisations non gouvernementales (O.N.G.).

Concepts géographiques liés à l'auteure: Sud(s), développement, sous-développement, développement durable.

Bibliographie:
_Sylvie Brunel, Le gaspillage de l'aide publique, 1993.
_Sylvie Brunel, Le Sud dans la nouvelle économie mondiale, 1995.
_Sylvie Brunel, Le sous-développement, PUF, Que sais-je?, 1996, 128 pages.
_Sylvie Brunel, Ceux qui vont mourrir de faim, 1997.
_Sylvie Brunel, La coopération Nord-Sud, PUF, Que sais-je?, 1997, 128 pages.
_Sylvie Brunel, La faim dans le monde: comprendre pour agir, 1999.
_Sylvie Brunel, Famines et politique, Presses de Sciences-Po, 2002, 120 pages. Un compte-rendu de lecture de Marc Lohez pour la liste H-Français est disponible sur le site des Cafés géographiques.
_Sylvie Brunel, Frontières, Denoël, 2003 [roman].
_Sylvie Brunel, L'Afrique: un continent en réserve de développement, Editions Bréal, 2004. Isabelle Méjean en a fait un compte-rendu pour le compte des Clionautes.
_Sylvie Brunel, Le développement durable, PUF, Que sais-je?, n°3719, 2004, 128 pages. Un compte-rendu de lecture est disponible ici sur le site de la revue Développement durable & Territoire. Sur son blog, Emmanuel Delannoy propose un autre compte-rendu de lecture. Un troisième compte-rendu est le fait de François Florent et Désiré Hochedez sur le site de l'Académie de Lille.
_Sylvie Brunel, L'Afrique dans la mondialisation, La Documentation française, 2005. Olivier Milhaud en fait une présentation pour la revue Mappemonde.
_Sylvie Brunel, La planète dysneylandisée: chronique d'un tour du monde, Sciences humaines éditions, 2006, 275 pages. Un compte-rendu de Catherine Didier-Fevre est disponible ici sur le site des Clionautes.

Sitographie:
_Sylvie Brunel, "Nourrir les hommes en Afrique", Lycée Carnot, Dijon, 30 mars 2006, compte-rendu en ligne de la Clionaute Cécile De Joie sur le site de l'académie de Dijon.
_Sylvie Brunel, intervention sur le développement durable à l'occasion d'un stage académique "Formation à la solidarité internationale et à la francophonie", Lycée Charles De Gaulle, Dijon (2006?), Académie de Dijon.
_Collectif, "Sylvie Brunel", notice biographique et bibliographique sur l'encyclopédie en ligne wikipedia. Il faut avoir le réflexe de consulter wikipedia tout en gardant éveillé son esprit critique; comme face à tout document. Ce que nous apprennent l'histoire et la géographie, et c'est en cela notamment qu'elles sont des sciences et qu'elles s'avèrent utiles à la formation des citoyens.
_Sylvie Brunel, intervention sur "Faim et ravitaillement", Rendez-vous de l'Histoire, Blois, vendredi 22 octobre 1999.
_Sylvie Brunel, "Les paradoxes de l'eau en Afrique", Festival international de géographie (F.I.G.), Saint-Dié, 2003, compte-rendu de Catherine Lefrançois-Tourret sur le site de l'Académie de Créteil.
_Sylvie Brunel, "Du développement au développement durable", intervention au F.I.G., Saint-Dié, 2005, compte-rendu d'Olivier Caruso.
_Sylvie Brunel, "Les réseaux de la solidarité: comment les ONG ont imposé le développement durable?", intervention au F.I.G., Saint-Dié, 2005, compte-rendu d'Olivier Caruso.

Pour aller plus loin dans la compréhension fine du concept de développement, cette mise au point d'Alain François, disponible sur le site du Centre d'Economie du Développement (Université Bordeaux IV) est intéressante.

Libellés : ,

samedi 2 décembre 2006

Biographie: Paul Arnould

Paul Arnould est agrégé de géographie et professeur à l'Ecole Normale Supérieure de Lyon (Lettres et Sciences humaines). Il est spécialisé en biogéographie, géographie physique et environnement. Il semble s'intéresser plus particulièrement à la forêt.
Paul Arnould considère que le programme de géographie en seconde est une réussite, avec son entrée originale par les problèmes d'environnement. Il voit dans ce programme géographique de seconde la preuve que la géographie a réussi son aggiornamento.
Paul Arnould fait partie de ces géographes issus de la géographie physique qui, devant la crise que connaît cette branche de la géographie, s'orientent vers l'environnement en plaçant au coeur de celui-ci les sociétés humaines et en repensant l'articulation entre la nature et la société.

Sitographie indicative:
_Grain de géo propose ici une bibliographie de Paul Arnould;
_sur le site des Cafés géographiques, Gilles Fumey propose un compte-rendu de lecture d'un ouvrage dirigé par Paul Arnould et Eric Glon, La nature a-t-elle encore une place dans les milieux géographiques? (Publications de la Sorbonne, 2005).

Libellés :

lundi 13 février 2006

Biographie: Oswald Spengler


Oswald Spengler est un intellectuel allemand (1880-1936) qui est connu principalement pour son premier livre, le Déclin de l'Occident (Der Untergang des Abendlandes, 1917).

Il commence la rédaction du premier volume du Déclin avec l'intention de se concentrer sur la seule Allemagne au sein de l'Europe. La crise d'Agadir l'incite à élargir le cadre de son étude.

Oswald Spengler a été inspiré notamment par le travail d'Otto Seeck (1850-1921), le Déclin de l'Antiquité: cela se retrouve dans le titre de l'ouvrage bien sûr, mais aussi dans l'analyse de l'histoire sous forme cyclique en prenant comme idéal-type l'histoire de l'Antiquité grecque puis romaine.
Oswald Spengler remet en cause l'idée d'une histoire linéaire, progressive; il rejette d'ailleurs les périodisations traditionnelles (Antiquité, Moyen Age, Temps modernes).
Il achève son livre en 1914, mais la publication est retardée par la Première Guerre mondiale. Quand le Déclin de l'Occident paraît en 1917, c'est un large succès car le sentiment d'humiliation nationale et la dépression économique semblent donner raison à O. Spengler. Il faut cependant noter que O. Spengler était persuadé de la victoire de l'Allemagne quand il rédigeait son livre.
Cet ouvrage rassurait les Allemands car il présentait leur déclin comme une partie d'un processus plus large. Il connaît aussi un grand succès à l'étranger, plusieurs traductions dès 1919.
Il critique la conception traditionnelle de l'histoire vue comme une série de processus interdépendants bien que divisibles en périodes. Il estime que l'histoire du monde consiste en des cultures indépendantes les unes des autres qui suivent un cours cyclique.
Il distingue huit niveaux de culture. Il propose de penser la culture par analogie avec l'organisme vivant: elle naît, elle a une jeunesse et une maturité, elle décline et elle meurt.
O. Spengler appelle civilisation le dernier stade du développement d'une culture, celui du dépérissement. Ses caractéristiques sont la décadence et l'éclectisme dans l'expression artistique, le vide et le scepticisme. Elle se manifeste par l'existence de grandes villes. En se basant sur cette analyse, Spengler croit que la culture occidentale a atteint la phase de la civilisation et est vouée à un déclin imminent. Il ne faut pas considérer ce déclin comme une catastrophe mais comme une dissolution. Une culture durerait autour de 1000 ans, soit 30 à 40 générations.
Marc Crépon a vu dans le Déclin de l'Occident une des lectures qui aurait inspiré Samuel Huntington pour envisager le Choc des civilisations.

Dans Prussianité et Socialisme, paru en 1920, Oswald Spengler avance que le socialisme allemand est différend du marxisme et qu'il est en fait compatible avec le conservatisme allemand. Le monde est divisé entre l'argent, c'est-à-dire le capitalisme et donc les Anglo-Saxons, et l'organisation, dont le principe est socialiste et trouve son incarnation en Allemagne.

En 1921, il publie l'Homme et la technique, livre dans lequel il avertit contre les dangers de la technique et de l'industrialisation pour la culture. Il dénonce notamment la tendance de la technique occidentale à répandre aux "races de couleur" hostiles qui pourraient les utiliser contre l'Europe. Peu de succès car il s'oppose à l'industrialisation.

Les années décisives, parues en 1934, deviennent un best-seller, interdit par le régime nazi pour ses critiques du national-socialisme. Oswald Spengler et la NSDAP se rejoignaient pour critiquer le libéralisme, mais O. Spengler désapprouvait leur doctrine biologique dépourvue de caractère scientifique ainsi que leur antisémitisme. O. Spengler trouvait aussi les Nazis trop allemands et pas assez Européens pour mener le combat contre les autres civilisations.


Pour aller plus loin:
_une critique (au sens de compte-rendu) du livre de Marc Crepon, L'imposture du choc des civilisations (Pleins Feux, 2002) par René-Eric Dagorn peut être lu avec profit sur cette page de la revue en ligne EspacesTemps. Une critique d'autant plus intéressante dans l'optique de l'épreuve sur dossier au CAPES d'histoire et géographie que le quatrième paragraphe est consacré aux manuels de Terminale.

Libellés :

vendredi 10 février 2006

Biographie: Lucien Gallois.

Lucien Gallois (1857-1941) est un géographe, fondateur avec Paul Vidal de La Blache des Annales de géographie, en 1893.

Il s'est intéressé à l'histoire de la géographie et de la cartographie, comme en témoigne son étude sur les Géographes allemands de la Renaissance (1891).

Lucien Gallois est aussi l'auteur d'un ouvrage sur les Régions naturelles et Noms de pays (1908) qui fait suite à de nombreuses études de cas publiées séparément sous forme d'articles (sur la Dombes, sur le Mâconnais, le Beaujolais, etc.): il y définit les pays comme des entités homogènes identifiées soit par un cadre naturel mis en valeur par une communauté de peuplement (ainsi des vallées vosgiennes), soit par une association de traits dans un rapport homme-milieu dominé par l'organisation de la vie rurale (ainsi en Beauce).

A partir de 1918, suite à la disparition de Paul Vidal de la Blache, il assume la direction de la Géographie universelle.

Souvent catalogué comme "le lieutenant de Vidal", Lucien Gallois gagnerait peut-être à être rapproché d'un Friedrich Ratzel et d'un Élisée Reclus selon le sociologue Jean-Claude Chamboredon ("Cartes, désignations territoriales, sens commun géographique: les "noms de pays" selon Lucien Gallois", Etudes rurales, n°109, "Pays, paysans, campagnes", 1988).

Libellés :

Biographie: Johann von Thunen

Johann Heinrich von Thünen (1783-1850) était un propriétaire terrien allemand qui est resté célèbre pour les économistes et les géographes pour son livre l'État isolé, dans ses relations avec l'agriculture et l'économie nationale (1826 et 1851).

Le "modèle de von Thünen" est exposé dans la première partie de son ouvrage.
Il pose comme hypothèses une ville-centre isolée, entourée d'une plaine agricole homogène, desservie par un système de communication isotrope, d'où un coût de transport uniquement proportionnel à la distance euclidienne, avec un marché dont les prix sont supposés fixes.
Le résultat est une organisation des spécialisations agricoles en cercles concentriques à partir de la ville-marché. C'est pourquoi le "modèle de von Thünen" est aussi appelé la théorie des "ceintures" agricoles.
Description: les anneaux les plus proches de la ville-marché sont voués à des productions à haute valeur ajoutée ou à forte demande, dont on ne peut grever le prix par un trop long transport (comme les légumes, les fruits, ou le lait); tandis que les anneaux les plus éloignés se caractérisent par une mise en valeur de moins en moins intensive (élevage extensif, céréaliculture qui alterne avec de la jachère).
Le modèle de von Thünen a été validé à de multiples reprises et à différentes échelles, mais seulement de manière partielle et en introduisant des distorsions. Dans la réalité en effet, les villes sont rarement isolées, les espaces rarement uniformes, et les réseaux rarement isotropes.

Aujourd'hui encore, le modèle de von Thünen est toujours pertinent pour expliquer où s'implante une activité afin de maximiser ses profits et minimiser ses coûts.

Dans le domaine de la pensée économique, Johann von Thünen a été influencé par les idées d'Adam Smith et donc du libre-échange. Il était néanmoins acquis aux avancées sociales, comme en témoigne son soutien à la révolution allemande de 1848 et sa mise en place d'un système de participation aux bénéfices de son domaine pour ses employés.
Ses réflexions sur le salaire ont débouché sur la notion de "salaire naturel". Il a aussi développé la théorie du marginalisme en économie.

Références:
_Paul Claval, Histoire de la géographie, PUF, Que sais-je?, n°65, Paris, 2004 (1995), page 60;
_Jean-Louis Mathieu, article "von Thünen" in Jacques Lévy et Michel Lussault, sous la dir., Dictionnaire de la géographie et de l'espace des sociétés, Belin, Paris, 2003, pages 923 et 924;

Sites internet intéressants qui évoquent Johann von Thünen:
_ces notes du cours de géographie donné par Antoine Bailly au réputé Institut universitaire de hautes études internationales de Genève (Suisse) évoque la pensée de von Thünen en rapport avec la géographie (paragraphe 2.1 de son cours).
_le "modèle de von Thünen" est évoqué dans la thèse en sciences économiques sur Le paysage agricole: essai d'évaluation, soutenue à Limoges en décembre 2003 par Anne Siriex (première partie, section 1, I, A, 2).

Libellés :

dimanche 1 janvier 2006

Biographie: Henri Focillon

Henri Focillon (1881-1943) était un grand historien de l'art. Normalien, son doctorat d'Etat porte sur Piranèse (1918). Il a enseigné à l'Université de Lyon, à la Sorbonne, puis à Yale et au Collège de France.

En caricaturant, on peut distinguer deux époques dans l'oeuvre d'Henri Focillon.
Dans un premier temps, la période lyonnaise, il s'intéresse à l'art moderne, principalement le XVIIIe et le XIXe siècle. Il assume alors la direction du Musée des Beaux-Arts de Lyon, de 1913 à 1924. De cette époque date aussi sa fascination pour l'art oriental, dont témoigne son étude pionnière de l'artiste japonais Katsushika Hokusai (1914). Pour Henri Focillon, le XIXe est le grand siècle, ce qui apparaît nettement dans la Peinture aux XIXe et XXe siècles (2 volumes, 1927 et 1928), tandis qu'il montre peu d'intérêt pour le cubisme, le surréalisme et Picasso.

La deuxième époque est marquée par son enseignement à la Sorbonne, où il succède en 1924 à Émile Mâle. Il s'intéresse alors au Moyen Age. Avec l'Art des sculpteurs romans (1932), il renouvelle en profondeur l'étude française de l'art roman. Dans cet ouvrage qui a marqué Louis Poirier alias Julien Gracq, Henri Focillon définit notamment quelques lois de cet art roman, telle la "loi du cadre" , selon laquelle une surface ornée par un peintre ou un sculpteur se déforme suivant les exigences de ses propre limites: la basilique San Vicente d'Avila, en Espagne, offre un bon exemple de cette "loi du cadre" puisque que les personnages qui sont représentés sur le tombeau de saint Vincent apparaissent repliés sur eux-mêmes, comme torturés, afin de se conformer aux limites du cénotaphe.

Henri Focillon publie par la suite une Vie des formes (1934), qui est un essai de méthodologie selon une interprétation "formaliste" de l'art et de son histoire puisque H. Focillon considère que le caractère premier d'une oeuvre d'art est sa forme, que sa principale signification est formelle; il y rappelle en outre ce qui peut paraître une évidence, à savoir qu'une oeuvre d'art ne peut être comprise que resituée dans son contexte temporel.

Dans l'Art d'Occident (1938), il embrasse cinq siècles d'histoire de l'Occident (au Moyen Age) pour essayer de définir la cohérence de cette notion d'Occident; sans trop de surprise, il conclut que c'est l'art qui donne sa cohésion à l'Occident.


Références:
_Henri Focillon, Hokusai, éditions Fage, réédition de 2005, 185 pages;
_Henri Focillon, l'Art des sculpteurs romans, PUF, Quadrige, réédition de 1995, 336 pages;
_Henri Focillon, la Vie des formes, PUF, Quadrige, réédition de 2000, 130 pages;
_Louis Rodecki, article "Henri Focillon", Encyclopedia Universalis, version 10.

Libellés :

samedi 31 décembre 2005

Biographie: Benedict Anderson

Benedict Anderson est né en 1936. Il est désormais professeur émérite en International Studies à l'université Cornell, à New York, aux États-Unis (qui compte parmi les 15 universités les plus réputées des États-Unis, en sciences politiques notamment).

Benedict Anderson est connu principalement pour son livre Imagined Communities (1983), traduit en France en 1996 sous le titre: L'imaginaire national: réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme (Paris, La Découverte). Dans ce livre, il postule que la nation est une construction sociale et même imaginée puisque l'identification nationale suppose la référence à un groupe abstrait: "même les membres de la plus petite des nations ne connaîtront jamais la plupart de leurs concitoyens [...] bien que dans l'esprit de chacun vive l'image de leur communion". Son originalité tient dans ce qu'il relie le mot "communauté" à celui d' "imaginée", alors que jusque là prédominait une approche weberienne (Max Weber) qui distinguait Gemeinschaft et Gesellschaft, communauté et société, la première faisant appel à des liens concrets, la seconde à des liens abstraits.

Avec Ernest Gellner et Eric Hobsbawm, Benedict Anderson considère que les nations et le nationalisme sont autant de produits de la modernité, et qu'ils répondent à des fins politiques et économiques. Cette approche qualifiée d'historiciste ou de moderniste, peut être opposée à celle primordialiste défendue principalement par Anthony Smith (professeur à la London School of Economics, LSE, l'équivalente britannique de notre Sciences Po) pour lequel les nations, sinon le nationalisme, ont toujours existé. Pour B. Anderson, le nationalisme a été rendu possible par le développement de l'imprimerie puis du capitalisme, la démocratisation de l'alphabétisme, et l'abolition des idées de droit divin et de monarchie.

Le courant moderniste est représenté en France par Dominique Schnapper (par ailleurs la fille de Raymond Aron) qui a présenté une analyse particulièrement convaincante de la communauté des citoyens: sur l'idée moderne de nation (Gallimard, NRF essais, Paris, 1994).

Karl Deutsch (1912-1992), un Allemand qui a enseigné dans les plus prestigieuses universités américaines (M.I.T., Yale, Harvard, Stanfield), était un autre représentant de ce courant moderniste même s'il est plus connu pour ses essais de politique comparée et ses tentatives de modélisation.

Benedict Anderson est également considéré comme un spécialiste de l'Indonésie au vingtième siècle.

Bibliographie:
_Benedict Anderson, L'imaginaire national: Réflexions sur l'origine et le développement du capitalisme, La Découverte, Paris, 1996, 213 pages;

_Ernest Gellner, Nations et nationalisme, Bibliothèque historique Payot, Paris, 1999 (1983 pour l'édition anglaise), 208 pages;

_Eric J. Hobsbawm, Nations and Nationalisme since 1870: Programme, Myth, Reality, Cambridge University Press, Cambridge, 1997 (1990), 206 pages;

_Eric J. Hobsbawm et Terence Granger, sous la direction, The Invention of Tradition, Cambridge University Press, Cambridge, 2002 (1983), 320 pages;

_Dominique Schnapper, La communauté des citoyens: sur l'idée moderne de nation, Gallimard, Collection NRF Essais, Paris, 230 pages (le livre est désormais disponible en une édition de poche);

_Anthony D. Smith, Nationalism and Modernism: A critical survey of recent theories of nations and nationalism, Routledge, London, 1998, 270 pages.

Libellés :

vendredi 3 juin 2005

Fiche pour l'ESD: Michel Pastoureau

Michel PASTOUREAU est né en 1947. Chartiste, sa thèse de doctorat porte sur le cochon à travers les âges. Spécialiste de l'histoire des animaux, il s'est également intéressé à l'histoire symbolique, notamment pour le Moyen Age. Il est aussi un spécialiste, reconnu au niveau international, de l'histoire des couleurs. Depuis 1990, il est directeur d'études suppléant à l'EHESS en anthropologie historique.

Pendant 25 ans, Michel Pastoureau a travaillé sur ... le cochon: on peut ainsi lire de lui Le cochon: histoire, symbolique et cuisine de porc (1987).

En 1992, Michel Pastoureau a écrit L'Etoffe du diable: une histoire des rayures et des tissus rayés. Jugée impure, la rayure est longtemps restée en Occident une marque d'exclusion ou de transgression (esclaves, domestiques, bagnards). Le changement de perception commence à l'époque romantique, où la rayure est associée à la liberté, à la jeunesse, au plaisir. Aujourd'hui, les deux systèmes de valeurs coexistent. Ce livre est l'occasion pour M. PASTOUREAU de s'interroger sur les rapports entre le visuel et le social.

En 1996, M. Pastoureau a écrit Figures de l'héraldique.

En 1998, Michel Pastoureau a écrit Jésus chez le teinturier: couleurs et teintures de l'Occident médiéval.

En 2001, Michel Pastoureau a écrit Les animaux célèbres et Bleu: histoire d'une couleur. Le bleu n'est pas présent dans les grottes préhistoriques ni au néolithique. Dans l'Antiquité, il n'est pas considéré comme une couleur (sauf en Egypte pharaonique où il apporte bonheur dans l'au-delà): seuls le blanc, le rouge et le noir ont ce statut. A Rome, le bleu est la couleur des barbares. C'est au XIIe et XIIIe siècle que le bleu est promu (en grande partie suite au culte marial). Considéré à notre époque comme une couleur froide, le bleu est au Moyen Age la plus chaude des couleurs. Depuis que l'on dispose d'enquêtes d'opinion, id est depuis 1890, le bleu est la couleur préférée des Occidentaux, sans distinction de sexe ni de milieu social. Dans la culture japonaise, le rouge est plébiscité.

En 2003, Michel Pastoureau publie Les Couleurs de notre temps et un Traité d'héraldique, dans lequel il étudie l'origine et le développement des armoiries à l'époque médiévale.

En 2004, Michel Pastoureau a écrit Une histoire symbolique du Moyen Age occidental. On y apprend notamment que des procès étaient intentés aux animaux au Moyen Age: en effet, on considérait couramment que certains animaux avaient une âme, qu'ils étaient responsables de leurs actes lorsqu'ils pillaient des récoltes ou provoquaient des accidents.

Libellés : ,

lundi 16 mai 2005

Biographie: Paul Veyne

Paul VEYNE est né en 1930. ENS, EFR. Il soutient en 1974 sa thèse sur la pratique du don dans l'empire romain, publiée en 1976, Le pain et le cirque.


Paul VEYNE est un historien philosophe qui se revendique de NIETZSCHE et de FOUCAULT. Il s'est intéressé à l'épistémologie des sciences historiques, ce dont témoigne Comment on écrit l'histoire: essai d'épistémologie (1972). Il y défend un certain scepticisme en histoire, voire un relativisme. Selon lui, l'histoire n'est qu'un récit qui se veut véridique et qui, comme le roman, "trie, simplifie, organise, fait tenir un siècle en une page". En histoire, "l'explication n'est guère que la manière qu'a le récit de s'organiser en une intrigue compréhensible". Cette thèse a été souvent mal reçue à l'époque (Emmanuel LE ROY LADURIE l'a notamment critiquée). Raymond ARON fait partie des rares universitaires à l'avoir apprécié. Désormais, cette thèse est globalement acceptée: les historiens reconnaissent l'importance de la dimension narrative en histoire.


Dans Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes? Essai sur l'imagination constituante (1983), Paul VEYNE propose de revenir sur l'idée-reçue comme quoi les Anciens vivaient dans le mythe tandis que nous, Modernes, avons le privilège d'être dans le vrai.

Paul VEYNE montre principalement que la critique que les Grecs font de leurs mythes n'est pas celle des Modernes. Leurs critères de vérité sont différents. Il en vient à souligner la dimension historique de ce qui permet de croire à une histoire.


Paul VEYNE commence par revenir sur l'idée que les Grecs se font de l'histoire. Pour eux, la vérité historique "est une vulgate que consacre l'accord des esprits au long des siècles". En Grèce, l'histoire est une enquête qui relate ce qui est dit à propos de tel ou tel évènement.

La différence à cette époque entre histoire et mythe, c'est que le mythe est une histoire qui se rapporte à un monde "autre", l'espace et le temps y sont hétérogènes à ceux de la vie quotidienne. Le mythe se passe dans un passé et dans un endroit à la fois précis et indéfinis: "un Grec plaçait les dieux "au ciel", mais il aurait été stupéfait de les apercevoir dans le ciel".

Si les Grecs avaient tendance à croire à leurs récits historiques (comme nous croyons aux nôtres), leurs relations aux mythes ont pu parfois être conflictuelles. D'une personne à l'autre, d'une époque à l'autre, les comportements ont varié, allant de la naïveté au scepticisme. Les mythes pouvaient être perçus comme au-delà du vrai et du faux. Toute l'attitude critique des Grecs envers les mythes consiste uniquement à expurger de ceux-ci tout ce qui est invraisemblable au regard de leur monde quotidien.

Le mythe, comme le récit historique, est une source d'information sur le passé, qui peut être critiquée, mais n'est jamais jugée complètement fausse puisque tout n'y est pas invraisemblable. Si certains sceptiques vont jusqu'à remettre en cause l'existence des dieux, ils ne doutent jamais de celle des héros. Ainsi, quand un Grec critique un mythe, ce n'est pas pour en démontrer la fausseté, mais pour en retrouver le fond de vérité.

Paul VEYNE montre que le rationnalisme des Grecs n'est pas le nôtre. Il n'y voit pas pour autant un progrès de la raison. Il défend une certaine forme de relativisme: les critères de vérité ont évolué au cours des temps. Selon lui, il n'y a pas une vérité, mais plusieurs vérités. Dans l'Antiquité, un mythe pouvait être à la fois vrai (comme récit véhiculé par la tradition) et critiquable (truffé d'histoires invraisemblables). Les critères de vérité sont multiples et évoluent.

Paul VEYNE souligne que son relativisme ne consiste pas à nier la réalité de certains évènements. Exemple: l'existence des chambres à gaz durant la Seconde Guerre mondiale.

Il y a donc ambiguïté: quand il parle des Grecs, il met en avant le relativisme, quand il parle des chambres à gaz, il le dénonce.

En 1995, Paul VEYNE a participé à un livre d'entretiens avec Catherine DARBO-PESCHANSKI, dans lequel il revient sur son parcours: Le Quotidien et l'Intéressant, Paris, Les Belles Lettres, 319 pages.

Article consulté:

_Thomas LEPELTIER, Sciences humaines, mensuel n°160, mai 2005.

Thomas LEPELTIER, docteur en astrophysique, enseigne actuellement à l'Université de Newcastle. Il s'intéresse à l'histoire et écrit régulièrement des articles sur l'historiographie. Voici sa page personnelle: <http://www.lepeltier.fsnet.co.uk/>

Libellés :

lundi 9 mai 2005

Biographie: Madeleine Reberioux


  • Madeleine REBERIOUX

Né le 08/09/1920 à Chambéry, dans une famille savoyarde très laïque qui participe à la résistance au nazisme. Morte le 07/02/2005 à Paris.

Etudiante à l'ENS (Sèvres). Agrégée d'histoire en 1945.

Parmi ses élèves: Gérard NOIRIEL (spécialiste de l'histoire des migrations). Le seul dont je connaisse le nom et quelques ouvrages. Aussi Gilles CANDAR (spécialiste de l'histoire des gauches), Christophe PROCHASSON (historien de la France contemporaine, spécialiste d'histoire intellectuelle, culturelle et politique), Michèle RIOT-SARCEY (spécialiste du féminisme et de l'histoire politique des XIXe et XXe siècles) ...

Cofonde la Société d'études jaurésiennes (SEJ).

Elle épouse Jean Rébérioux, militant communiste. Elle entre au PC en 1945; en est exclue en février 1969 pour avoir cofondé la revue "dissidente" Politique aujourd'hui.

Parmi ses nombreux engagements: l'anticolonialisme. Contre la guerre d'Algérie, contre la guerre du Vietnam. Contre la guerre du Golfe.

Adhère à la Ligue des droits de l'homme et du citoyen en 1964, la préside de 1991 à 1995. Une association fondée notamment par des historiens dreyfusards.

A l'origine du concept de "citoyenneté sociale": l'exercice des droits civiques est déterminé par les conditions de vie et les positions dans la société.

Son directeur de thèse est Ernest LABROUSSE. Sa thèse porte sur "Jaurès, la SFIO, et la société française au tournant du siècle".

Spécialiste de Jaurès, de la République radicale. Son intérêt pour l'histoire culturelle et sociale explique sa vice-présidence au Musée d'Orsay de 1981 à 1987.


Sources:

_article de Vincent DUCLERT, Le Monde, 08/02/2005; une faute de frappe sur le nom de C. PROCHASSON.

_fiche-auteur disponible sur <http://www.bibliomonde.net/>.


Ouvrage lu:

_Madeleine REBERIOUX, La République radicale? 1899-1914, Paris, Editions du Seuil, Collection Points Histoire, 1975, 288 pages.

Libellés :


Voir mes stats