Paul VEYNE est né en 1930. ENS, EFR. Il soutient en 1974 sa thèse sur la pratique du don dans l'empire romain, publiée en 1976, Le pain et le cirque.
Paul VEYNE est un historien philosophe qui se revendique de NIETZSCHE et de FOUCAULT. Il s'est intéressé à l'épistémologie des sciences historiques, ce dont témoigne Comment on écrit l'histoire: essai d'épistémologie (1972). Il y défend un certain scepticisme en histoire, voire un relativisme. Selon lui, l'histoire n'est qu'un récit qui se veut véridique et qui, comme le roman, "trie, simplifie, organise, fait tenir un siècle en une page". En histoire, "l'explication n'est guère que la manière qu'a le récit de s'organiser en une intrigue compréhensible". Cette thèse a été souvent mal reçue à l'époque (Emmanuel LE ROY LADURIE l'a notamment critiquée). Raymond ARON fait partie des rares universitaires à l'avoir apprécié. Désormais, cette thèse est globalement acceptée: les historiens reconnaissent l'importance de la dimension narrative en histoire.
Dans Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes? Essai sur l'imagination constituante (1983), Paul VEYNE propose de revenir sur l'idée-reçue comme quoi les Anciens vivaient dans le mythe tandis que nous, Modernes, avons le privilège d'être dans le vrai.
Paul VEYNE montre principalement que la critique que les Grecs font de leurs mythes n'est pas celle des Modernes. Leurs critères de vérité sont différents. Il en vient à souligner la dimension historique de ce qui permet de croire à une histoire.
Paul VEYNE commence par revenir sur l'idée que les Grecs se font de l'histoire. Pour eux, la vérité historique "est une vulgate que consacre l'accord des esprits au long des siècles". En Grèce, l'histoire est une enquête qui relate ce qui est dit à propos de tel ou tel évènement.
La différence à cette époque entre histoire et mythe, c'est que le mythe est une histoire qui se rapporte à un monde "autre", l'espace et le temps y sont hétérogènes à ceux de la vie quotidienne. Le mythe se passe dans un passé et dans un endroit à la fois précis et indéfinis: "un Grec plaçait les dieux "au ciel", mais il aurait été stupéfait de les apercevoir dans le ciel".
Si les Grecs avaient tendance à croire à leurs récits historiques (comme nous croyons aux nôtres), leurs relations aux mythes ont pu parfois être conflictuelles. D'une personne à l'autre, d'une époque à l'autre, les comportements ont varié, allant de la naïveté au scepticisme. Les mythes pouvaient être perçus comme au-delà du vrai et du faux. Toute l'attitude critique des Grecs envers les mythes consiste uniquement à expurger de ceux-ci tout ce qui est invraisemblable au regard de leur monde quotidien.
Le mythe, comme le récit historique, est une source d'information sur le passé, qui peut être critiquée, mais n'est jamais jugée complètement fausse puisque tout n'y est pas invraisemblable. Si certains sceptiques vont jusqu'à remettre en cause l'existence des dieux, ils ne doutent jamais de celle des héros. Ainsi, quand un Grec critique un mythe, ce n'est pas pour en démontrer la fausseté, mais pour en retrouver le fond de vérité.
Paul VEYNE montre que le rationnalisme des Grecs n'est pas le nôtre. Il n'y voit pas pour autant un progrès de la raison. Il défend une certaine forme de relativisme: les critères de vérité ont évolué au cours des temps. Selon lui, il n'y a pas une vérité, mais plusieurs vérités. Dans l'Antiquité, un mythe pouvait être à la fois vrai (comme récit véhiculé par la tradition) et critiquable (truffé d'histoires invraisemblables). Les critères de vérité sont multiples et évoluent.
Paul VEYNE souligne que son relativisme ne consiste pas à nier la réalité de certains évènements. Exemple: l'existence des chambres à gaz durant la Seconde Guerre mondiale.
Il y a donc ambiguïté: quand il parle des Grecs, il met en avant le relativisme, quand il parle des chambres à gaz, il le dénonce.
En 1995, Paul VEYNE a participé à un livre d'entretiens avec Catherine DARBO-PESCHANSKI, dans lequel il revient sur son parcours: Le Quotidien et l'Intéressant, Paris, Les Belles Lettres, 319 pages.
Article consulté:
_Thomas LEPELTIER, Sciences humaines, mensuel n°160, mai 2005.
Thomas LEPELTIER, docteur en astrophysique, enseigne actuellement à l'Université de Newcastle. Il s'intéresse à l'histoire et écrit régulièrement des articles sur l'historiographie. Voici sa page personnelle: <http://www.lepeltier.fsnet.co.uk/>
Libellés : Biographie